Ce samedi 15 décembre, jour de la fête aux noix, avait lieu à Bastogne la marche du périmètre. Organisé d’Anvers par un vénérable vétéran toujours vert, Maurice Spérandieu, ce pèlerinage annuel rassemble des milliers de marcheurs conviés à effectuer des itinéraires plus ou moins longs (7, 13 et 20 km au choix), et à visiter ainsi des lignes de front de la célèbre bataille de Bastogne. Une organisation, et une animation, qui font de cette marche "le" rendez-vous des randonneurs du solstice d'hiver.
Cette année, c’est le secteur de Longchamps-Champs-Rolley-Hemroulle qui était mis à l’honneur.
Pour partir à l’heure du centre sportif de la Porte de Trèves, il faut se lever tôt : le rassemblement se fait dans une obscurité encore régnante.
On y côtoie des groupes venus de toute l’Europe, mais particulièrement d’Allemagne et des Pays-Bas, dont les fidèles passionnés par l’histoire de la dernière guerre ont sorti de leur réserve habits d’époque, matériel et tous les ustensiles qui se puissent encore trouver.
L’anglais est la langue universelle, mais après quelques mots de conversation on se rend parfois compte que l’interlocuteur est plus à l’aise dans la langue de Goethe ou de Vondel.
Des colonnes se mettent en branle à 8 heures, réveillant les riverains de leurs chants martiaux de GI’s.
Bien malin qui peut dire d’où vient ce nom de GI’s donné aux soldats américains durant la deuxième guerre mondiale. Des meilleures sources consultées, il s’agirait de l’acronyme de « Government Issue » : ce qui vient du gouvernement, le matériel de guerre et par extension les soldats. Mais si cet acronyme a fait florès, c’est qu’il est aussi celui de "Galvanizet Iron" : un soldat américain ne se doit-il pas d’être aussi fort et aussi résistant que l’acier galvanisé ?
Les illustrations photographiques indiquent à souhait tout le soin et toute la méticulosité avec lesquels les organisateurs ont parsemé l’itinéraire de reconstitutions très fidèles.
Ce sont en général des groupes, provenant de partout en Belgique et des pays voisins, qui s’affairent pour mettre en vitrine ce que leur hobby leur permet de rassembler comme reliques de la bataille du saillant. Avec la complicité, faut-il le souligner, de la population, qui se sent toujours très concernée par tout ce qui commémore la bataille.
En agrandissant les photos d’un clic, refaites avec nous cette marche que l’anticyclone du solstice d’hiver gratifia à la fois d’un soleil radieux et d’un sol gelé.
Et comme la résistance des Américains à Bastogne est associée à la Noël 1944, voici une petite histoire.
A Hemroulle.
Le 22 décembre 1944, la neige s’est mise à tomber. Aucun camouflage n’était « prévu pour ».
Les Américains présents dans le village devaient impérativement se procurer des pans de tissu blanc pour en couvrir les hommes et l’équipement.
Tous les civils vivaient confinés dans les caves : il aurait été facile de prélever sans rien dire tous les draps de lits et les nappes présents dans les garde-robes et commodes de chaque maison. Le Major Hanlon se refusa de recourir à une telle méthode : il allait faire appel aux villageois.
Il fit donc sonner la cloche de l’église pour faire sa demande aux habitants rassemblés dans la nef : mais aucun ne sortit de sa cave !
Le major Hanlon résolut donc de faire le tour de toutes les maisons, accompagné du conseiller communal de l’endroit.
Et la générosité des gens fut telle qu’un camouflage parfait put se réaliser, qui contribua au succès de la défense de Bastogne à Hemroulle.
Plusieurs années après la guerre, le major Hanlon revint à Hemroulle. Il se rendit à l’église et fit longuement tinter la cloche.
Cette fois, les villageois accoururent. Et Hanlon leur distribua une cargaison de draps de lit qu’il avait récoltés dans sa propre ville aux USA…
René Dislaire.