Média 10-10 : Carte blanche à Nicolas Provost

écrit par jeanphilippe
le 13/11/2009

Média 10-10 : Carte blanche à Nicolas Provost

Génial court métragiste belge, Nicolas Provost propose un cinéma expérimental de très grande qualité. Lors de la carte blanche que lui a octroyée le Festival Média 10-10, il a choisi de présenter au public namurois huit films dont six qu’il a lui-même réalisés.

Suspension
Suspension dans l’air de volutes de fumée ? Plongée de poudre dans l’eau ? Mouvements d’accélération ou de ralenti. Retours en arrière. Effets de symétrie... On est ici dans l’anti-gravité. Il y a bien un effet de miroir dans « Suspension » mais on ne peut que se demander comment Nicolas Provost est parvenu à obtenir un tel résultat. On se pose également la question de savoir à quelle échelle les choses ont été réalisées. Des questions auxquelles il est peut-être inutile de répondre. Laisser opérer la magie, ils disaient… Une magie graphique, c’est certain.

Induction
Comme toujours, Nicolas Provost est présent à quasi tous les postes dans ce court. Mais voilà, ici, on accroche moins. Par contre, la musique nous a vraiment séduits. Très présente et stridente dès le début du court métrage, elle s’avère quelque part difficile à supporter, tant elle est oppressante. Mais c’est aussi ça qui fait son charme. La musique, toujours elle, rappelle l’atmosphère sonore de « Shining » et contribue à l’ambiance visuelle du film. Très abstrait, « Induction » est une suite de scènes, d’images non reliées entre elles, d’émotions.

Papillons d’amour
Composé de scènes tirées d’un film de Akira Kurosawa, « Papillons d’amour » est tout à la fois poétique, émouvant et tragique. Il s’agit indéniablement d’un court métrage d’exception à voir une fois dans sa vie si possibilité vous en est donnée. Nous n’en dirons pas plus car c’est un film qu’il faut voir et non décrire.

Exoticore
« Exoticore » raconte l’histoire d’un Africain tentant vaille que vaille de s’intégrer dans un pays qui n’est pas le sien et ne le sera peut-être jamais. Il relate l’échange bien souvent impossible entre deux cultures éloignées. En proie aux moqueries des autochtones, il finira par chercher à échapper au regard des autres. Une série de flash backs, parfois tirés tout droit de l’imaginaire du personnage principal, viennent rythmer le film.

Gravity
Le moins que l’on puisse écrire est que ce film en met plein la vue, dans le bon comme dans le mauvais sens. On commence par lequel ? Le mauvais ? OK. Nicolas Provost omet de mentionner que le film est à déconseiller fortement aux épileptiques. Succession d’images superposées à un rythme effréné, on a du mal à regarder jusqu’à la fin ce court super intéressant au demeurant. Et là, on en arrive donc au bon sens. « Gravity », c’est un superbe hommage au cinéma hollywoodien lors de ses années fastes. Témoignant d’un vrai amour du cinéma, il s’agit du fruit d’un montage incroyable à l’effet stroboscopique. Le film est à cent lieues du pseudo-hommage complètement foireux soi-disant dédié au septième art par notre ami (faut le dire vite) Yann Moix dans son « Cinéman ».

Plot Point
Peut-être un peu long, cette sorte de « no-comment » cinématographique crée une incroyable tension chez le spectateur. Provost a ainsi l’art de s’attacher à filmer, à Times Square, des gens qui passeraient quasiment inaperçus s’ils ne tombaient pas sous l’œil de sa caméra. Tout indique que la bande son est empruntée à certains moments de celle du « Mulholland Drive » de David Lynch. De façon hachée, il s’entend, les extraits étant bien sûr samplés et réarrangés à la sauce provostienne.

Nous avons ensuite visionné les deux courts qu’il n’a pas réalisés : « Calling 911 », de Jan De Bruin, et « Transaction », de Jacques Thelemaque. Pas évident de passer d’une partie de l’œuvre de Nicolas Provost à ces deux films de moindre qualité. On y retrouve néanmoins cette faculté de faire ressortir simplement les choses dures de la vie. Le premier fait d’ailleurs un peu penser à « Plot Point », le second nous rappelant l’univers des « Strip-tease ».

Bons films !

Marjorie Le Bars, Pierre Bertens et Jean-Philippe Thiriart

GD

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