Couleurs des années '20: les maillots du club de football de Houffalize

Maillot blanc et noir? Nous n'avons plus de photo des origines. Choisissez. Maillot orange? Nous n'avons plus de photo des origines. Choisissez. Maillot bleu et blanc? Nous n'avons plus de photo des origines. Choisissez.

"In illo tempore"… Ainsi commençait la lecture des évangiles.
"De coloribus non disputandum est", disait aussi un proverbe latin: à propos des couleurs, que l'on ne se dispute pas!
La relation de faits du temps jadis rapporte toujours à la fois de la vérité historique, et de la légende, voire du mythe. L’historien le plus impartial et le plus rigoureux ne pourra jamais être totalement sûr de lui, ni objectif.

Dans la mémoire de certains anciens, la Sérana fut fondée vers 1916. Peut-être avant, peut-être après. Plutôt même 8 ans après : nous y reviendrons.

Quelle était la couleur des maillots ?

Une information intéressante a été transmise par un des pionniers.
Il y aurait eu trois maillots différents. Deux étaient rayés verticalement : l’un noir et blanc, l’autre noir et bleu. Le troisième aurait été orange unicolore. Le témoin dit avoir vu son père, un des joueurs de la Sérana, conserver religieusement ces reliques jusqu’à sa mort, à l’offensive.
Qu’il soit permis de jeter un regard critique sur cette information.

Premièrement, il est peu coutumier que les joueurs disposent de trois maillots. Pour des questions de coût. N’oublions pas que bien après la guerre encore, chaque joueur de football de l’Entente Houffaloise était « adopté » par une femme ou une jeune fille. Cette marraine s’occupait de son maillot : le rajuster, le broder, etc.

Deuxièmement, pour des raisons techniques. Depuis la guerre de 1914 furent mis sur le marché des petits sachets de teinture (glissés d’ailleurs dans les achats de tissus). Ces sachets se virent remplacés un peu plus tard par des boules.
La coloration des tissus, même noirs, s’effaçait à la lumière du soleil. Que dire alors des effets du lessivage, avec des savons très mordants pour les couleurs, comme l’eau de javel. Hors du blanc, hors des blancs disait-on, on lavait les couleurs le moins souvent possible. Et après deux ou trois lavages, on reteignait les étoffes noires.
Il nous paraît difficile d’admettre que des maillots orange, d’une imprégnation difficile au stade industriel, très sensibles à des lavages hebdomadaires, et difficiles à reteindre, fussent les casaques de nos sportifs.
Nous avons par ailleurs vérifié qu’aucun des plus grands clubs d’Europe de l’avant-guerre n’arborait l’orange, à moins que ne le démente l’organisateur du grand quiz annuel , Daniel Rob. A l’exclusion des Pays-Bas, bien sûr, en oranje depuis au moins en 1905.

Enfin, il y a le contexte socio-culturel.
L’après guerre de 14-18 fut le temps des veuvages, des familles amputées d’un père, d’un fils. Le noir s’imposait à ces survivants des années noires, directement endeuillées ou non.

Pour terminer notre excursus historique, disons que les couleurs vives ont gagné du terrain
durant la seconde guerre, considérées comme des années sombres, et non pas noires. Le multicolore, les motifs à fleurs, traduisent alors une certaine coquetterie quand il était indispensable de garder le moral pour survivre.
Après guerre explosa l’industrie des tissus disant adieu à la grisaille, en raison des progrès techniques de la teinturerie, et par effet de mode. Si on avait inventé le cinéma et la télévision en couleur, il fallait bien que l’on filme des gens gens vêtus de polychrome.
Que ceux qui ont l’âge de se souvenir témoignent. A l’école, les livres, qui nous venaient de Ninove, ne comportaient que de des images en noir et blanc. Mais les chocolats Jacques et Côte d’or se disputaient déjà les parts de marché avec des chromos instructives, bien plus alléchantes.

Comme quoi, la réflexion sur la couleur du maillot d’une équipe dans les années ’20 peut amener à batifoler dans l’histoire.

Pour en revenir aux couleurs de la Sérana, le zébrage noir et blanc, pour autant qu’il existât à l’époque (c’est fort vraisemblable), a été maintenu par l’Entente Sportive qui lui succéda bien plus tard.
Le noir et bleu fut-il un habile compromis entre ce qu’imposait le souvenir de la guerre, et ce qu’aurait imposé le bleu d’un parti libéral relativement bien implanté à l’époque ?
En tout cas, ne voyez pas dans l’orange, s’il fut réellement de rigueur, une influence des calotins : le Parti Catholique ne battait pas encore pavillon orange, un fruit, sinon défendu, dont personne ne connaissait le goût, chez nous, il y a cent ans.

René Dislaire

Lien vers la suite du reportage:
Couleurs des années '20: les maillots du club de football de Houffalize

En 1924, Joseph Lesage gardait les buts du club de fotball de Houffalize

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Photo de 1916: la fondationL du club de football de Houffalize