Discours du 21 juillet : le roi hausse le thon

Qu’on serve ! avait coutume de dire Marie Thumas qui en connaissait un rayon.
Pourquoi le Roi se serait-il fatigué à de la belle ouvrage, puisqu’il savait que Demotte avait promis de ne pas écouter ?
« En cette Fête Nationale… », si c’est pas pour narguer Rudy, que d’avoir placé, comme le terme premier du discours, cette notion de nation qu’on avait oubliée depuis le XIXe siècle !

Conserve ! Mais on n'a servi que du ton.
Et on nous repasse douze lignes du discours de l’an passé pour meubler le garni.
Et on déclare préalablement célèbre, puisqu’il était inconnu, autrement il n’aurait pas fallu le qualifier de célèbre, « un célèbre constitutionnaliste anglais, Walter Bagehot ».
Et de se référer, pour soutenir la légitimité des propos, à une réflexion de ce sujet de la Reine d’Angleterre et Impératrice des Indes Victoria, un parangon de transparence.
Une réflexion sur la monarchie, deuxième notion du XIXe siècle qui doit être chère à Demotte autant qu’à De Wever réunis: nous avons un roi qui ne divise pas pour régner !

Des mots chocs quand même
Pour prouver que la Belgique n’est pas le néant où aucun corps ne résonne , il y a quand même eu des mots symbales retentissants: populiste, poujadisme. De quoi donner au texte un peu de cor constitué. Des mots qui se prononcent les mêmes dans les trois langues nationales mais des notions qu’il faut au moins être tétraglotte pour comprendre ce que les deux veulent dire puisque c’est, sauve la syntaxe, caïman la même chose.

Vous avez dit caïman?
Malheur à qui lirait le discours en lecture rapide: « J’appelle notre pays à travailler efficacement avec les autorités du Congo pour mettre fin à ce drame ».
Quoi ? On avait promis de ne faire aucune allusion ni au prince Laurent, ni à la République Démocratique du Congo, ce binôme du second degré qui rend la Cour insomniaque, et l’expéditeur des affaires courantes vous a, Sire, enduit où il ne fallait pas enduire Votre Majesté.

L'art du non-dit
Pour finir, l’essentiel de ce discours aura été, tout bien ouï, le non-dit.
Du grand art. Tout le monde savait ce que le Roi devait dire : pourquoi l’aurait-il dit en des termes qui forcément auraient imparfaitement traduit la pensée que le peuple attendait qu’il exprimât ?
Le Roi a visé dans le mille.
Ce fut une leçon de tir à l’arbalète.
Pas du Copernic.
Du Newton, popomme, popomme, la si do, si do mi sol…
En clé de Fa bio la.

René Dislaire

Post scriptum: la rédaction présente ses excuses aux nombreux lecteurs de notre article à qui a été imposé, pendant 24 heures, le mot "constitutionnaliste" avec un seul "n". C'est la faute au texte communiqué par le Palais royal. Mais qui donc a écrit le discours du roi?

Liens:
Le roi, le lion, et le thon con
Le roi, le nègre, et la constitution

Le discours du Roi, 21 juillet 2011

"Mesdames et Messieurs, chers compatriotes,

En cette Fête Nationale, j’aurais aimé me réjouir avec vous de la prestation de serment d’un nouveau gouvernement fédéral de plein exercice. Nous n’en sommes hélas pas là, et je le déplore.

Entre-temps, pendant cette longue négociation, le gouvernement en affaires courantes a su prendre efficacement les mesures nécessaires pour préserver dans l’avenir proche le bien-être des citoyens.

Toutefois, cela ne diminue en rien l’urgence et la nécessité de former un gouvernement investi de pleines responsabilités et qui devra réaliser les réformes structurelles nécessaires dans les domaines institutionnel et socioéconomique. De là mon nouvel appel à tous les citoyens et en premier lieu aux responsables politiques.

Un célèbre constitutionaliste anglais, Walter Bagehot, précisait les prérogatives de la monarchie constitutionnelle comme suit : le droit d’être informé, le droit d’encourager et le droit de mettre en garde.

Ces derniers mois, dans mes audiences, j’ai beaucoup utilisé les deux premières prérogatives : être informé et encourager. Avec vous, je voudrais à présent faire usage publiquement, en toute transparence, de la troisième prérogative : le droit de mettre en garde.

Je le fais fortement et avec conviction pour les raisons suivantes :

Premièrement.
Comme un très grand nombre de Belges, je suis affligé par la plus longue durée, de mémoire d’homme, de formation d’un gouvernement. Cela crée chez beaucoup d’entre vous un sentiment d’inquiétude quant à l’avenir. J’ai pu m’en rendre compte lors de mes visites dans les différentes régions.

Deuxièmement.
La durée de cette crise suscite aussi, dans une grande partie de la population, de l’incompréhension vis-à-vis du monde politique qui n’apporte pas de solution aux problèmes. Cela risque de développer une forme de poujadisme qui est dangereuse et néfaste pour la démocratie.

Troisièmement.
Si cette situation perdure longtemps encore elle pourrait affecter de façon négative et très concrète le bien-être économique et social de tous les Belges. Il faut en être bien conscient.

Quatrièmement.
Un des atouts importants de la Belgique, depuis la seconde guerre mondiale, est son rôle au sein de l’Europe. Cela nous a valu de devenir de fait, comme pays, la capitale de l’Europe et de jouer un rôle moteur dans cette formidable aventure qu’est la construction européenne. Notre pays, avec sa diversité culturelle, était considéré d’une certaine manière comme un modèle pour l’Union européenne. Notre situation actuelle crée de l’inquiétude auprès de nos partenaires, et pourrait endommager notre position au sein de l’Europe, voire l’élan même de la construction européenne déjà mis à mal par les eurosceptiques et les populistes.

Je ne serais donc pas fidèle à mon rôle, si je ne rappelais pas solennellement les risques qu’une longue crise fait courir à tous les Belges, et si je n’exhortais pas à nouveau tous les hommes et toutes les femmes politiques, et ceux qui peuvent les aider, à se montrer constructifs et à trouver rapidement une solution équilibrée à nos problèmes.

Comme je le rappelais à l’occasion de la Noël, et je cite :

« Dans la recherche de cet accord raisonnable il est évident que chaque partie devra faire des concessions. Chacun aura donc l’obligation de prendre ses responsabilités. Le moment est venu où le vrai courage consiste à chercher fermement le compromis qui rassemble, et non à exacerber les oppositions.

Si un tel accord se réalise, un nouveau gouvernement fédéral pourrait être constitué. Avec les entités fédérées, il sera à même de prendre des mesures nécessaires pour sauvegarder le bien- être de la population, et pour rétablir la confiance au sein du pays. C’est cela que tous nos concitoyens attendent ». Fin de citation.

Mais les citoyens ne doivent pas seulement exhorter leurs représentants à prendre les décisions courageuses qui s’imposent. Ils doivent aussi s’efforcer de favoriser une meilleure entente entre nos communautés en faisant des pas concrets vers l’autre, en parlant sa langue, en s’intéressant à sa culture, en essayant de mieux le comprendre. C’est là une forme importante de la citoyenneté moderne.

Par ailleurs, nos problèmes internes ne doivent pas nous conduire vers un repli égoïste sur nous-mêmes et nous faire oublier le monde qui nous entoure. A ce propos, je voudrais partager avec vous l’émotion que j’ai ressentie lors de la remise du prix Roi Baudouin pour le développement au médecin congolais Denis Mukwege. Dans des conditions très difficiles, il soigne et vient en aide aux femmes qui sont victimes de terribles violences dans l’Est du Congo. J’appelle notre pays, l’Union européenne et les Nations Unies à travailler efficacement avec les autorités du Congo, et des pays voisins, pour mettre fin à ce drame. Nous ne pouvons pas rester indifférents à de telles situations.

Mesdames, Messieurs, chers concitoyens,

C’est avec le ferme espoir de voir bientôt prendre fin cette trop longue période d’instabilité politique que la Reine et moi, et notre famille, nous vous adressons nos meilleurs vœux pour une vraie Fête Nationale qui rapproche tous les citoyens."