Exposition Jean Dupont au Musée de Wanne

écrit par admin
le 05/11/2011
Exposition Jean Dupont

C'était il y a tout juste trente ans, en juin-juillet 81, chargé par la Fédération Touristique du Luxembourg belge d'organiser un concours de dessin dans toutes les écoles de la Province, j'avais sollicité l'artiste, entendez Jean DUPONT, qui exposait ses œuvres à Durbuy pour faire partie du jury dont j'avais confié la présidence à une grande dame des arts de Belgique, Marie HOWET de Rochehaut-Libramont, prix de Rome en 1922 devant le liégeois Auguste Mambour.

Ainsi naquit une longue et fertile amitié qui m'a fait gambader de Beaufays à Luxembourg, du Château de Beloeil à celui de Lesbiolles à Creppe-Spa, de La Roche à Bastogne, en passant par Bruxelles, que sais-je encore, toutes des villes où Jean Dupont avait posé ses pinceaux.

Et au bout de ce long parcours, qui est loin d'être fini, je crois, vu notre jeunesse persistante et réjouissante -c'est écrit dans le texte- m'est venue l'idée de présenter DUPONT, car on dit DUPONT, comme Picasso ou Dali, sous un autre jour. Un Dupont plus intime, moins connu, sorte de bricoleur ou d'artisan de l'universel, car toutes ses créations insolites, curieuses, mystérieuses quelquefois, du timbre-poste au pins, à ses cactus bleus sculptés qui ne demandent qu'à fleurir, Jean Dupont nous entraine dans une apesanteur ironique et joyeuse sur fond d'originalité – son pétillant champagne!

En fait, toutes ces créations ont de la voix, comme l'enfant qui vient au monde.
J'aime à souligner en effet que, dans sa longue création, Jean Dupont cherche à retrouver sa petite enfance, celle de la lumière bleue primitive, « celle de l'eau, de l'intérieur, remarquait le professeur Léon Schwartzenberg, cette lumière qu'il a connue quelques semaines avant sa naissance, dans le ventre de sa mère ». Celle-là vers laquelle nous tendons et qu'on retrouvera dans le ventre de la terre, « dans la paix bleutée des profondeurs océanes ».

Il va d'analogies évidentes à d'autres plus cadrées; Jean Dupont est l'homme de l'instant car c'est celui là qui construit la durée. Avec lui, c'est le retour des rêves esthétiques de nos illustres aïeux, ceux de Lascaux, d'Alatamira ou de la grotte Chauvet: la sensibilité infinie à travers l'émotion des siècles. Malraux l'a dit: « Combien de siècles de sagesse nous ont conseillé de faire de notre imagination la servante toujours nouvelle de notre sensibilité! »

Une écrivaine, comme ils disent aujourd'hui, Marie-Madeleine ARNOLD, qui consacra à Dupont une excellente critique, notait: « il y a dans le réalisme imaginaire de Dupont un univers pacifié et secret, basé sur son bleu dominant, bleu prédominant, du plus profond au plus tendre, virant au pervenche et au violet, soutenu ici d'un tracé blanc, éclairé de points lumineux aux fenêtres, du crépuscule, ou caressé de rose aux lueurs de l'aube; l'univers de Jean Dupont, conclut-elle, plonge ses racines dans un subconscient marqué du sceau des origines océanes. »

Cher Jean Dupont, je te l'ai déjà dit, quand te verrai-je, compagnon de mes voyages, et de nos rêves, prendre l'aspect du chevalier thrace, « de ce mystérieux passant qui, selon Marguerite Yourcenar, chevauche dans les halliers au clair de lune, emportant les âmes dans un pli de son manteau? »
Le chemin déclinant du crépuscule sera toujours celui d'une aurore nouvelle.

Avec Jean Dupont, mes amis, nous sommes en bonne compagnie, et avec sa fidèle Madeleine.
En bonne compagnie aussi avec Michel et Mylène Meurice qui ont un jour été séduits par l'artiste. Ce qui nous vaut, au Musée de Wanne, un généreux parrainage qui nous permet de diffuser l'œuvre créée, -nous la découvrirons dans un instant- dans toutes les communes de Wallonie, et ce n'est pas peu dire!
Merci Michel et très chère Mylène.

En vérité, Mesdames, Messieurs, sous la surface apparente des choses, tableaux ou affiches, ou encore objets divers de consommation, les créations de Jean Dupont, relèvent de la liberté caracolante qu'il pratique avec sa modestie flamboyante et toujours avec talent.
Poète de notre temps, il est un homme de tous les temps car il y a du permanent dans ce qu'il a de changeant, comme sa splendide maison du temps qui passe et dont il nous fait cadeau.

Avec Jean Dupont, l'ordinaire devient extraordinaire, le singulier l'universel, à la manière du grand poète suédois, honoré prix Nobel le 6 octobre dernier, Tomas Transtrome qui sait si bien se livrer à des irruptions de métaphores aux héritages surréalistes, de béances métaphysiques ou encore de vides éclatants.

J'en termine, chers amis, en évoquant un des mes poètes préférés, René CHAR, qui dit à sa douce Hélène

« Mais que te veulent les saisons
Qui t'aiment de quatre manières?
Que ta beauté, celle lumière,
entre et passe en chaque maison?
Ou, que la lune à jamais grande
Te tienne en t'enfonce la main
Jusqu'à l'amour que tu demandes? »

Soyons toujours attentifs à l'amour!
Ainsi comprendrons nous l'immense aventure qui nous rassemble quand tous les ruisseaux de l'Ardenne profonde alimentent l'Escaut tout aussi profond, comme dans cette belle affiche consacrée au mariage de la Province d'Anvers et celle du Luxembourg voisin.

Discours du 29 octobre 2011 à l'occasion du vernissage de l'exposition de Jean Dupont par Bruno Drouguet, président de l'asbl « Musée de Wanne »

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