Le 1er avril prochain Houffalize vernira les mèmes à mémé 

Marie-Josee Martin Exemple de meme:  60 ans separent  cette catherinette et celle de la derniere image Le corbillard Spectacle au profit  des prisonniers de guerre Les diplomes secouristes, au debut de la guerre Procession: Saint-Sacrement ou Assomption? Procession: Saint-Sacrement ou Assomption? Le tram vicinal Houffalize - Bourcy Louis Jacqmin et sa famille Une catherinette d'aujourd'hui:en couleur, ecologiste, qui ne croit plus tellement a St-Nicolas. Statu quo?

La mémoire collective prête à transporter
Un opuscule bonhomme, humaniste sans être docte.
Voilà le livre que le club des 3x20 de Houffalize présentera à ses invités le 1er avril prochain (Grange des artistes, à Houtopia, en face de l’église).
Une centaine de pages en grand format dans lesquelles les seniors de Houffalize ont voulu arrimer leurs souvenirs. Par des textes simples en phase avec le quotidien d’autrefois, et des photos d’amateurs souvent bien naïves.
Une cargaison inépuisable, qui nourrira les générations futures en quête de connaissance du temps révolu.
Inépuisable parce qu’avec le temps qui passe et les cultures qui se succéderont, le sens des mots aura évolué et les photos diront toujours autre chose que ce qu’a voulu montrer l’instantané.

La méthode assimile
Marie-Josée Martin l’a voulu, elle y a cru. Elle a tenu : 16 mois de gestation.
Réunir des gens souvent, mais encore plus souvent se réunir seule.
Elle a fait parler, provoqué, aguiché, harcelé, écouté, noté, rassemblé.
Souvent sélectionné ; l’âge apprend qu’à vouloir trop étreindre, on embrasse mal.
Parfois arbitré, car des personnes peuvent de bonne foi entrer en guerre de religion. A propos des reposoirs de la procession, par exemple !
Elle a recueilli les témoignages, les a soupesés, évalués. Elle se fit collecte de vieux papiers, même les jours chômés.
Elle a chapardé des photos. Carrément chipé des albums de famille. Dérobé des reliques. Elle a dépouillé, déshabillé. On l’a vue à la traque même hors saison. Elle a pratiqué la chine à la lampe de poche. Perquisitionné sans mandat. Pour avoir la paix, saint Pierre lui a craché ses deniers.
Reste à brocher les pages. La connaissant, si la brocheuse tombe en panne, elles les boulonnera.

La vie quotidienne à Houffalize au milieu du XXe siècle
C’est l’histoire des gens racontée par les natifs de l’entre-deux-guerres. Les souvenirs d’une enfance sans inquiétude, de la tourmente de l'Offensive, de la vie dans la Ville en bois, les baraquements bitumés où logèrent les survivants à la reconstruction.
La vie d’un yesterday en noir et blanc qui dura ce que dura l’INR. Qui finira quand le tram arrêtera de rouler jusqu’à Bourcy. Quand les spoutniks commenceront à tourner autour de la Terre. Quand s’ouvrira dans la chambre de chaque maison une fenêtre sur le monde : les mariages des têtes couronnées ravirent la vedette aux nôtres et l’orchestre de Fernand Baptême céda la sienne aux Beatles.

C’est l’époque qui verra disparaître les bals enfumés chez Lolo, les catherinettes demeurées chastes, les rogations dans la fraîche pénombre de l’aurore.
Comme spectacles, il y avait le fotballe, le cinéma paroissial et celui du Casino. la dramatique en hiver.
A la Musique, les mécréants jouaient Lauda Sion Jerusalem du même coeur que les anciens prisonniers Vieux camarade.
Renée Cornet s’appelait Renée du Spar, pendant que Léon Jacqmin travaillait chez Jeanne Baltus. Entre les deux, le cordon sanitaire de Madame Petit, Louis Collette, René Bibi, et Madeleine Thonus.
Chaque rue comptait deux cafés, mais seulement un cordonnier.
Le quartier du Midi, le plus éloigné de l’église, alignait commerce sur commerce.
A la Cheravoie, dans un décor de western, Georges Dubé faisait le barbier, ce qui n’était du luxe pour personne.
Et Auguste Rinchard, dans son confessionnal ambulant, vendait aux femmes des sous-vêtements blancs pour leurs hommes, qu’elles mettraient dans les bleus tous les lundis.

Les parents parlaient wallon, les maîtres d’école en faisaient rougir les enfants.
Les seuls accents étrangers étaient ceux de Poldine qui claironnait et d’Agnès qui évoquait Chopin.
Les mères recevaient chaque semaine une lettre de leur fils soldat.
On achetait des enveloppes du Congo chez Pesesse et des timbres du Congo à la Poste en risquant cent sous à la loterie coloniale.
Les factures entre Houffalois s’envoyaient par courrier avec un E/V comme toute destination (En Ville).
Les numéros de téléphone étaient à 2 chiffres.

De nombreux rituels étaient imprégnés d’eau bénite.
Les processions avec l’élite des bourgeois honnêtes qui portaient le dais, prêts à donner leur vie pour le Saint-Sacrement serti dans l’ostensoir en or.
Les longs cortèges vêtus couleur des ténèbres derrière le corbillard tiré par le cheval du vieux maïeur. Son coche, Alphonse Desset, soupirait d’aise chaque fois franchi le pont branlant de la Promenade.
La chalbotte sans vergogne aucune aux Houffalois saignés par la reconstruction, pour la construction de la basilique de Koekelberg.
Les confirmations, tous les trois ans, avec les foires un peu plus souvent, les seules occasions où étaient tolérés à Houffalize les attroupements de paysans, les niktamères d’en ces temps-là.

Voilà la tranche de l’histoire qui sera racontée, évoquée, relayée, transmise, pour perpétuer la réalité et l’imaginaire de la mémoire collective houffaloise.

Les gestes qui sauvent
Les anciens rappellent, sait-on jamais qu’on raurait une guerre, de quoi survivre en autarcie.
L’emmaillotement des bébés, ça n’a l’air de rien, ma ça exigeait tout un doigté.
Faute de café, on torréfiait l’orge. En se servant d’une manivelle qui parfois tournait sot.
Pas besoin d’électricité non plus, pour qu’un fer à repasser marche. Ni de mazout pour chauffer une chambre à coucher quand une brique sous les couvertures peut faire tout aussi bien (ou presque…).
Avec de la graisse de boeuf et un peu de cendres, on fabriquait du savon : deux cuillerées suffisaient pour une lessive. Bien sûr, y a un truc.
On conservait les oeufs dans de l’eau de chaux ou du silicate de potasse. Et Toto explique même les relations entre les époques de la Sainte Vierge, la ponte des oeufs, et les dates de péremption.

Les talk shows des guest stars
Si les témoignages des Houffalois sont parfois anonymes, partagés, ou rassemblés, Marie-Josée Martin a misé sur un quatre kraks.
Louis Crins, descendant d’un père aussi habile qu’utile dans bien des domaines. Dont la tannerie artisanale, la dernière en activité.
Louis junior raconte comment son père a fait plus comme fossoyeur pour l’égalité sociale à Houffalize qu’André Renard pour la Wallonie.
Nestor Jacoby, facteur des postes et champion cycliste houffalois au temps Luc Varenne et de Louison Bobet, ce qui n’arrivera plus jamais.
Léon Jacqmin, le boucher héritier de la tradition et de secrets d’une charcuterie de premier ordre, le goût le plus ancien dont nos palais peuvent encore bénéficier aujourd’hui. L’eau oligo-métallique de la Source des Moines n’est en effet plus dans le commerce.
Albert Bauvir, médecin de la ville et des champs, qui aura particulièrement apprécié le sous-titre du paragraphe qu’il clôt. Quand vous flirtiez en ce temps-la, vous vous touchiez du bout des doigts, la pilule n’existait pas. Nous ne révélons rien de ses importantes contributions, nous citons simplement Nicolas Peyrac.
René Dislaire

Le samedi 2 avril, exposition de photos inédites
Le club des 3x20 de Houffalize exposera les photos encore inédites qui seront reprises dans son livre, ainsi que bien d’autres.
Travail de bénédictine, brillant exploit, tous les figurants sont identifiés.
Ainsi, par exemple, vous pourrez juger qui de Marie Schmitz ou de Josette Goerens était la mieux habillée en 1938 dans la cour de l’école.
Rendez-vous au grenier des artistes à Houtopia.
De 10 heures à 18 heures. Entrée libre.
Le livre sera bien entendu en vente à cette occasion.

Les mèmes à mémé, c’est kwè ?
Marie-Josée Martin garde deux secrets jusqu’à la sortie de son livre.
Combien ça coûte. C’est comme les obligations d’Etat, on fait beaucoup de pub avant, et puis on donne le prix le dernier jour.
Le titre du livre.
Nous avons intitulé notre article
« les mèmes à mémé ».

Un titre beaucoup plus savant qu’il y paraît.
Mémé, ça va. C’est le féminin de pépé.
Mèmes? Notez bien l’accent grave. Ce n’est pas l’abréviation de mémoires.
Mème est un néologisme, un mot qui n’existe que depuis quelques années.
Le mème est un élément culturel reconnaissable répliqué et transmis par l’imitation des comportements.
L’hypothèse est que les cultures évolueraient comme les êtres vivants, par variations et sélection naturelle. À l'instar du gène, le mème serait l'unité de base dans cette évolution.
C’est la définition de Wikipédia, l’encyclopédie du pauvre.
Autrement dit, le mème est tout ce qui évolue par des moyens non génétiques.
Exemple : le signe de croix reste le même qu’il y a 70 ans. Mais quand le fait-on encore, qui le fait encore, et que signifie-t-il ?
Idem pour nos habitudes, nos attitudes, nos concepts : le mariage, les relations intergénérationnelles, l’écologie, l’intégration sociale.
Le mot mème vient du grec mimesis (imitation), tout en étant un jeu de mot avec « même ». Mais on lui a mis l’accent grave de gène, pour rappeler qu’il en est le pendant.
Les mèmes à mémé, c’est donc ce que grand-mère croyait et faisait, qui a évolué, et dont nous nous souvenons encore.
C’est une application à la société de la théorie de Darwin sur l’évolution des êtres vivants.

Pour le dire en chanson
Dans la grande chaîne de la vie,
Où il fallait que nous soyons,
Où il fallait que nous passions,
Qu’avons-nous eu comme partie ?
Quand les hommes vivront d’amour,
Qu’il n’y aura plus de misère,
Peut-être songeront-ils encore
A nous qui serons morts, mon frère ?

(d’après Raymond Lévesque, 1956
chantée notamment par Félix Leclerc)

Lien vers la chanson par Raymond Lévesque

Lien vers la chanson par Félix Leclerc

Liens: du même auteur, sur le club des seniors de Houffalize
* sur les marches (balades) mensuelles:
Les seniors de Houffalize reçus au home Louis Palange
Houffalize: la balade mensuelle des seniors
A Houffalize, la balade des seniors d'octobre...
Le club des seniors de Houffalize reçu au home Louis Palange
*sur le livre: Mémoires de Houffalize
Houffalize: le 1er avril 2011, Houffalize vernira les mèmes à mémé
Houffalize: un portait de femmes, le 1er avril

Commentaires

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Chapeau bas!

"Majo", je vous tire mon chapeau!
Longue vie à vous!

Bravo Marie-Josée

Je suis extrêmement fière de toi et de tout le travail que tu as réalisé.
Bravo et continue

Ton professeur
Sophie