Drogue dans les fêtes et festivals de la province de Luxembourg

écrit par admin
le 21/09/2013

Bilan des interventions de réduction de risques dans la consommation de drogues dans les fêtes et festivals de la province de Luxembourg saison 2013

Drugs’Care Infos-Services, service de réduction des risques pour les consommateurs de drogues
Le service Drugs’care est intervenu dans 14 festivals cet été avec des informations « santé » en relation avec les drogues et l’alcool. Ces informations sont destinées principalement aux consommateurs de drogues illégales dans un esprit de réduction de risques. La réduction des risques est une stratégie de santé qui a montré ses preuves puisque elle a, par exemple, enrayé l’épidémie de sida chez les injecteurs d’héroïne dans les années ‘80. En effet, mieux informé, le consommateur pourra éviter les risques associés à la prise de drogues : surdosage, déshydratation, mélange dangereux, etc. Le service Drugs’care rencontre les consommateurs en toute confidentialité et peut donc mieux conseiller les usagers de drogues dans un rapport de confiance.
En festival, Drugs’care travaille selon la méthode « peer to peer » (de pair à pair), des jeunes du milieu festif informant d’autres jeunes après avoir reçu une formation à cet effet. Ces jeunes plantent leur tente dans les campings des festivals ou installent un stand sur l’esplanade des concerts. Ils fonctionnent aussi par équipe mobile, se promenant parmi les festivaliers avec l’information dans leur sac à dos.

L’information donnée

Alcool
En matière d’alcool, il est difficile de donner des informations sur festival. Les festivaliers alcoolisés sont peu réceptifs aux informations. Ils pensent les connaître s’ils ont bu et sont souvent peu respectueux. Drugs’care s’adresse donc peu à ce public lors des fêtes, privilégiant l’information de réduction des risques dans des opérations dans les écoles, les clubs de jeunes ou auprès de jeunes par des animations collectives (Boule de neige alcool, voir ci-dessous).

Drogues illégales
En matière de drogues illégales, l’information concerne les effets du produit, pas toujours connus du consommateur. Il arrive ainsi qu’il se trompe. Mieux informer sur les effets réels et les effets non-désirés, peut faire renoncer une personne à l’envie de consommer.
Sinon, l’information ne diffère pas quelle que soit la sorte de drogues. Ne jamais consommer seul-e, toujours prévenir ses copains de ce que l’on prend comme produit, prendre par petite quantité car on ne sait jamais ce que contient le produit consommé, s’il n’y a pas d’effet immédiat, ne pas reconsommer, l’effet peut être retardé. Autre information clé : en cas d’usage par « sniff » ou par injection, toujours utiliser du matériel stérile, nettoyer les cloisons nasales, ne pas partager ni les pailles, ni les seringues.
L’information concerne aussi les mélanges qui ne font jamais bon ménage, surtout avec l’alcool. L’alcool est tellement ancré dans les mœurs que les festivaliers oublient de le mentionner quand on les interroge sur ce qu’ils ont pris. L’alcool peut pourtant augmenter les effets, accroître la déshydratation, etc.

Autres informations : sexe, risques auditifs
Drugs’care informe également sur les prises de risques en matière sexuelle, notamment sous influence de drogues. La drogue désinhibe et peut faire oublier le réflexe de se protéger. Des préservatifs sont offerts. Autres risques pris en compte : les risques auditifs qui peuvent être diminués par des bouchons d’oreille. Des petits « trucs » sont conseillés : alterner l’oreille protégée et ainsi ne rien perdre des concerts ou faire des pauses de 10 à 15 minutes toutes les heures en s’éloignant le plus possible de l’origine du son.

Les grandes tendances de cette saison
L’alcool reste le produit le plus consommé mais le moins connu au niveau des risques liés à sa surconsommation

L’alcool est le produit majoritairement consommé, quelques fois accompagné de cannabis. Il est présent partout, pour toutes les tranches d’âge, sauf pour les enfants dans les festivals plus familiaux. Il est aussi présent à toute heure. L’usage du cannabis est lui entré dans la norme des participants, qu’ils le consomment ou qu’ils soient copains avec des consommateurs. Consommateurs et non-consommateurs se mélangent, la consommation se faisant par choix.
A noter que les problèmes de surconsommation et d’agressivité rencontrés le sont très majoritairement avec des consommateurs d’alcool. Cependant, à titre d’exemple, sur un festival qui a drainé 10000 personnes, seulement une dizaine a été emmenée à l’hôpital pour surconsommation. C’est le même nombre de personnes qu’un service d’urgence peut recevoir le week-end pour une surconsommation d’alcool sans qu’un festival soit organisé.

La consommation d’autres drogues est limitée
Quelle que soit la manifestation, on retrouve des consommations de drogues stimulantes comme la cocaïne, le speed et souvent l’ecstasy. Dans certaines manifestations, on constate une consommation de drogues hallucinogènes ou de nouveaux produits de synthèse. L’usage en est anecdotique si la manifestation festive est courte, sans camping. Par contre, en cas de manifestation de plusieurs jours, avec camping, l’usage peut être plus répandu tout en restant limité. Ceci s’explique par l’acquisition de réflexes liés à la reprise de la vie active et à la conduite automobile : les consommateurs ne veulent pas être sous influence en repartant du lieu de fête.
Les problèmes liés à ces consommations sont le fait de surdosage : il résulte des dosages inconnus des matières actives contenues dans les produits vendus au marché noir.

Le consommateur s’intéresse à l’information liée au produit qu’il compte consommer
Quand une personne aborde le stand, soit elle est déjà informée et vient chercher du matériel stérile, un préservatif ou une brochure d’information pour un ami, soit elle découvre l’action de réduction des risques et s’informe pour elle et pour les autres, soit encore, elle a décidé d’essayer un nouveau produit et vient poser la question des risques liés à cette consommation.

La rencontre commence par une information complète sur la question posée. Si la personne n’est pas pressée, il lui sera proposé un questionnaire qui permet de découvrir sa consommation (annexe). Il arrive régulièrement qu’une question posée par un festivalier et entendue par d’autres amène un débat sur la question de la légalité des drogues, la liberté, la répression (particulièrement la circulaire cannabis, souvent mal comprise), la réduction des risques…
Le service récolte également des informations sur les drogues présentes sur le lieu et sur leur dosage. En effet, avec l’émergence des nouveaux produits de synthèse, il arrive de plus en plus que le point info Drugs’care reçoive des informations inédites sur leurs effets. En émergence permanente, ces drogues sont mal connues du public, même averti. Cette information en direct permet une réduction des risques plus efficace.
A remarquer que les consommateurs de produits hallucinogènes, de stimulants ou encore de nouveaux produits de synthèse (difficilement catégorisables, mais essentiellement formés à base d’amphétamines) font la démarche de s’informer sur le produit qu’ils vont consommer, soit préalablement au festival (sur INTERNET, auprès de leur médecin traitant, d’autres consommateurs), soit sur festival.

Quelques chiffres
Drugs’care infos-service, sous le label Fêt’ta vie, a fait 14 sorties d’avril jusque septembre (22 jours) et a rencontré environ 2000 festivaliers. Cela représente en moyenne entre 2 et 10% des personnes présentes à l’évènement.
En fonction de l’emplacement du stand, décentralisé ou au cœur de l’événement, le service rencontre les festivaliers avertis qui recherchent des conseils ou le tout public. Les équipes mobiles permettent la rencontre d’un public plus large, hors des moments de concerts.
Le profil du consommateur qui fait une démarche de réduction de risques est une personne majeure, active dans la société, pour laquelle la consommation ne semble pas poser de problème et qu’il souhaite garder comme plaisir.
Par contre, et cela est dommage, le service rencontre peu de mineurs, encore aux études, pour qui la consommation semble être un plaisir, mais qui n’a que peu conscience des risques liés à une surconsommation y compris d’alcool.

Une réduction de risques pour l’alcool ?
Un constat : la réduction des risques pour l’alcool en festival ne sert à rien si elle n’est pas portée par toute l’équipe d’organisation et les bénévoles de l’évènement. Dans ces manifestations, l’idéal est la formation des organisateurs, des bénévoles au bar et dans tous les autres services proposés par l’organisation afin de les sensibiliser notamment au respect de la loi sur la vente d’alcool aux mineurs ou au fait de ne plus servir des personnes déjà fortement alcoolisées.

D’autres services sont déjà proposés par les organisateurs dans la province : l’eau gratuite, la création de zones plus calmes mais des mesures importantes comme un camping pas trop éloigné du site des concerts (sans quoi les festivaliers qui y vont rechercher à boire ne reviennent plus sur le site et s’y enivrent) peuvent être imaginées.

Un marché préoccupant : les nouveaux produits de synthèse
Ils portent des noms de formules chimiques (2C-B, 2C-E, 3C-Bromo-Dragonfly, methoxétamine ou 3-MeO-2-Oxo-PCE , etc), sont depuis peu illégaux ou ne le sont pas encore, sont achetés sur INTERNET, sont difficiles à doser. Si les nouveaux produits de synthèses occupent peu l’actualité, ils sont pourtant bien présents dans nos festivals.
Le CAL/Luxembourg avec des partenaires européens a décidé de mieux informer les consommateurs et les équipes médicales sur ces drogues très modes (projet MAG-Net 2). L’équipe mobile de Drugs’Care infos-services recueille ainsi des informations en festival sur ces nouvelles drogues consommées et sur les effets désirés et non-désirés qu’elles apportent au consommateur. Ces données, recueillies dans la Grande Région (France, Grand-duché et Allemagne), seront compilées et transformées en informations utiles pour les médecins traitants et les médecins spécialisés (urgentistes, gynécologues, spécialistes en médecine interne, etc.). Car, réduire les risques, prévenir les dépendances, cela passe aussi et avant tout par un dialogue avec son médecin.
Seront également éditées des cartes d’information qui seront distribuées dans les salles d’attente des hôpitaux à destination du tout public. De quoi débusquer les consommateurs trop timides pour rendre visite aux services spécialisés en province de Luxembourg.

Prochainement
Des actions Quality Night au Métropolis et au Black-out le week-end du 1er décembre en raison de la journée de lutte contre le sida. Préservatifs, conseils et gadgets seront au rendez-vous !
En matière de réduction de risques pour les consommations d’alcool, une opération Boule de neige alcool (des jeunes formés à la réduction des risques informent d’autres jeunes) est toujours en cours. Elle s’adresse aux groupes de jeunes et peut se faire en milieu scolaire. Les jeunes formateurs « jobistes » sont défrayés.
Enfin, pour la prochaine saison des festivals et évènements en milieux festifs en 2014, nous invitons les organisateurs à contacter Drugs’care Infos-services, soit pour une sensibilisation des bénévoles, soit pour une intervention le jour de l’événement.

Contacts
Drugs’care Infos-services, un service du CAL/Luxembourg
Par e-mail : courrier@cal-luxembourg.be

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