Le wallon : tutoiement et je t’aime

"merci facteur"

Le tutoiement : mal vu
En wallon on ne dit jamais « ti » (tu, deuxième personne), même pas pour commander du rôti, a-t-on coutume de dire à Bastogne. Parce que « ti », c’est grossier. Ça ne se discute pas ! Un dogme en quelque sorte.
Le tutoiement n’est admis qu’entre personnes du même âge et du même sexe dans des conditions bien familières de travail ou de festivités par exemple. Ou entre frères et sœurs, encore que... Un homme ne tutoie jamais une femme, sauf sa ou ses sœurs. Rarement sa ou ses filles. Si les parents tutoient leurs enfants (ce qui n’est pas toujours le cas) la réciproque n’est jamais vraie.
Dans un village, tous les cultivateurs se vouvoient. Ce n’est qu’un exemple de relation entre « confrères ». Les corps de métiers également : sur un chantier, maçons, charpentiers, carreleurs, plafonneurs se vouvoient.
On vouvoie même les bêtes : son cheval, son chien…
Bien des époux sont arrivés à leurs noces d’or sans jamais s’être tutoyés. Sauf, bien mal à l’aise, tenus de parler français dans des circonstances officielles : à la mairie et à l’église pour se marier, devant le notaire...
Un mot sur la première personne : le "moi" est, en wallon aussi, haïssable. On entendra, lorsque l'on se cite soi-même : « mi, disti l’ l’fou » (moi, comme dit le fou).
Les sales mots
Perplexité d’un médecin de la ville devenu médecin des champs : Docteur, je ne vais plus à la porte. « Aller à l’uch », à la porte, c’est l’euphémisme wallon qui désigne les toilettes. Le wallon est la langue des euphémismes de des litotes.
On ne parle pas des organes sexuels, ces parties « honteuses » (qualification toujours en usage en allemand, dans bien des mots composés se rapportant au sexe : schamhaar, shambehaarung : poils pubiens = chevelure, pilosité de la honte).
Il y a des insultes inadmissibles : « niche troy'e » : sale truie.
On peine à dire des gros mots, des grossièretés. Alors, on va jusqu’à en faire endosser la responsabilité à celui qu’on invective : « maudite bièsse, qui m’ fait dire ci mot-là ! » : maudite bête, qui me fait dire ce (sale) mot-là !
Je t’aime
Surprise, un jour que la reine Fabiola demanda à quelqu’un de lui dire comment on dit « je t’aime » en wallon.
« Dji v’veu vol’tî ». Et ça veut dire quoi, reprend la reine ? « Je vous vois volontiers ».
On est loin de l’expression espagnole : « te quiero », qui est à y bien regarder une demande hardie de possession charnelle (je te veux).
Loin aussi des « I love you, ich liebe dich, ti amo », ou « je t’aime », qui relèvent d’une abstraction cérébrale.

Concret le Wallon, mais peut-être tout autant réservé.

René Dislaire © Houffalize, le 27 novembre 2013

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