François Pirette en spectacle à l'Espace 23

Francois Pirette. Credit photo: Serge LEPERE Francois Pirette. Credit photo: Serge LEPERE Francois Pirette. Credit photo: Serge LEPERE

Ce vendredi 14 novembre, François Pirette, de son vrai nom Thierry Van Cauberg, nous revenait dans la région avec son spectacle "C'était trop 30 ans", qui affichait d'ailleurs complet depuis plusieurs jours.

Pour l'occasion, nous nous sommes entretenus avec cet humoriste de talent quelques minutes avant sa montée sur scène.

Trente ans à exercer le même métier, n'est-ce pas synonyme d'une certaine lassitude?

Le même métier oui, ce qui est déjà un luxe… En fait, la lassitude m'angoisse plus lorsque je l'envisage du côté du public que du mien. De mon côté, il n'y en a pas, car monter sur scène ce soir serait presque une escroquerie si jamais je n'en étais plus autant convaincu qu'à une époque. Je suis toujours aussi surpris de pouvoir faire ce même métier depuis trente-deux ans. On est à une époque où conserver le même métier pendant plus de dix ans est déjà héroïque. Je ne dis pas que ce que j'ai fait est héroïque, mais je pense être conscient de la chance que j'ai eue jusqu'à présent. Mon angoisse vient plutôt du fait que je suis tellement convaincu que le rire et l'amusement reposent beaucoup sur la mécanique de la surprise, que si je n'arrive plus à surprendre les gens, que ce plaisir risque de s'émousser au fil du temps. Même si je balade certains personnages depuis des années, je leur fais raconter des choses très différentes. Malheureusement, je n'ai pas le génie comique de Jim Carrey, qui n'a besoin de rien d'autre que de lui-même pour faire rire. Moi, je suis obligé de raconter des choses…

Votre humour a-t-il certaines limites?

Les limites de mon humour, c'est mon talent. Je ne m'en impose pas, mais les seuls "contours" de ce que je fais sont délimités par ma sensibilité. Forte heureusement, je pense que notre manière de rire des choses a évolué. Je me rappelle qu'il y a trente ans, je présentais mes textes en disant "Je ne pensais pas à mal", ce qui n'est plus le cas à présent.

Après trente ans, les salles sont toujours pleines. J'imagine donc que vous savez comment faire pour que votre public ne se lasse pas?

Si je le savais, je vivrais plus sereinement. Je ne dis pas que je ne suis pas heureux… Je suis très heureux de ma condition et surtout de vivre ma vie de famille, mais si je savais comment on fait, si j'étais sûr de moi, je vivrais ça avec beaucoup plus de sérénité, et donc ma famille en souffrirait moins, car elle me voit dans l'angoisse. Je suis toujours dans une espèce de tension en me demandant si les gens vont encore m'aimer.

Que pensez-vous des réseaux sociaux? Êtes-vous à l'origine de votre page Facebook?

Je ne devrais pas aller scruter les réseaux sociaux, car il y a des choses qui sont d'une violence hallucinante, d'une bêtise à pleurer… C'est moi qui suis à l'initiative de ce Facebook, c'est finalement assez récent. Ne pas faire l'unanimité, c'est inhérent à notre métier, d'autant que même si je ne suis pas un grand pourfendeur d'idées reçues, je ne vais pas toujours dans le sens du poil commun, donc c'est normal que j'en agace certains. Que je ne fédère grande partie du public potentiel francophone belge, ça ne me dérange pas, ça fait partie du jeu. Ce qui m'attriste, c'est quand les gens se trompent sur les raisons pour lesquelles ils n'adhèrent pas. Et lorsqu'ils fantasment sur des réalités qui n'en sont pas, parfois même de la pure calomnie, ça c'est très dérangeant. Mais quand je lis sur Facebook que je suis un escroc, que j'ai été taper dans la caisse du CPAS, que c'est le PS qui m'arrose, … Les gens sont fous.

Vous êtes de retour à Bastogne… Avez-vous été surpris par l'accueil, par la nouvelle salle?

C'est génial! Ca fait quelques temps que je ne suis pas venu, et j'ai été très surpris par la vitalité de la ville en la traversant tout à l'heure. C'est extraordinaire. Tout est ouvert, il y a du monde partout, alors que n'est quand même pas une mégapole… C'est rassurant de voir que finalement, les choses se passent beaucoup dans les régions, et moins dans les grandes villes.

Après tant d'années, vos sources d'inspiration se renouvellent-elles? Ou sont-elles toujours les mêmes?

Oui, ça se renouvelle! En ce moment, je ne sais pas si je le ferai, mais j'ai très envie d'écrire sur cette ineptie numéro INAMI… Là, je vais très certainement écrire sur le contrôle des chômeurs au travers de la consommation électrique et de gaz. C'est hallucinant que l'on fasse ça aujourd'hui. On se croirait en 1936 ou à la Stasi… J'entends déjà les bruits de bottes dans les couloirs… J'ai envie d'écrire là-dessus, mais ces sujets, ils sautent d'eux-mêmes de l'actualité, c'est extraordinaire. A part les grands sujets burlesques, qui ne le sont finalement pas tant que ça, je crois que ce qui me poussera toujours à l'inspiration, c'est très paradoxal, mais c'est ce qui me rend triste, plus encore que ce qui me révolte. Et quand je suis triste, je compense avec ma dérision à moi, et qu'elle soit partagée par d'autres en fait mon métier. On verra pour la suite…

© Amandine Raths
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