Il y a 25 ans en Bosnie-Herzégovine

écrit par francois.detry
le 06/09/2016
Bienvenue en Bosnie - Herzegovine

La Bosnie-Herzégovine est l’archétype du grand chaudron yougoslave, le lieu de toutes les rencontres et de tous les conflits de l’histoire. Impossible de chasser de la mémoire les massacres de 1992-95, l’épuration ethnique, le saccage de villages entiers, les déportations.
Pourtant, la Bosnie-Herzégovine n’est plus en conflit depuis longtemps. Le pays n’est plus ce no man’s land criblé de mines antipersonnel. C’est un pays qui revit, avec des cicatrices certes, mais qui se réapproprie ce qui a depuis des siècles fait son originalité : son multiculturalisme.
La Bosnie-Herzégovine est le seul pays d’Europe où, dans une même rue, l’œil s’accroche encore successivement à un minaret, un clocher orthodoxe ou catholique, un mur de synagogue... Les confessions déclinent les diverses identités.
Conquise par les Slaves au VIIe siècle puis par les Ottomans au XIVe siècle, la région, carrefour de l’Orient et de l’Occident, s’est forgée au confluent de ces deux grands peuples. Les frontières de la Bosnie-Herzégovine n’ont eu de cesse de bouger, jusqu’à l’expansion à la fin du XIXe siècle de l’empire austro-hongrois. Malgré la guerre récente et ses destructions, malgré la création de deux entités politiques à l’intérieur même de la Bosnie-Herzégovine ( l’une serbe, l’autre croato-bosniaque ), l’héritage mêlé est partout visible. Signe positif, des mosquées ont été reconstruites en Republika Srpska, et des églises orthodoxes rénovées au sud, dans la Fédération Croato - Bosniaque.
Les conflits territoriaux anciens ont piqueté le pays de forteresses et de châteaux. Et dans les vieux centres, les mosquées des XVe et XVIe siècles, les églises, les madrasas et les vieilles maisons ottomanes déroulent une histoire aussi turbulente que surprenante.

Sarajevo : L’image grise de la ville déchirée par les bombardements doit être évacuée. Durant la dernière décennie, Sarajevo a fait peau neuve. Ses habitants ont gommé le tragique récent, en le réinventant, en le réintégrant au quotidien. Restent quelques murs criblés de tirs, comme ceux de l’interminable chantier de la Bibliothèque Nationale. Et des vendeurs d’horloges ou de stylos taillés dans des douilles d’obus ou de fusil-mitrailleur...Les contrastes sont détonants. Entre les dernières ruines et les gratte-ciel étincelants. Entre les toits de tuiles rouges du centre historique et la couronne de tristes immeubles titistes. Entre ces foulards qui couvrent les visages de certaines femmes et les minijupes des autres. Entre les minarets et les clochers, à portée de voix de muezzin les uns des autres. Malgré quatre années de guerre et le départ de presque toute la population serbe (Sarajevo est aujourd’hui à 90 % bosniaque), la ville reste le symbole de ce que la Bosnie a longtemps été et réessaye d’être : une terre multiculturelle.
Sarajevo se vit plus qu’elle ne se visite. Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a rien à voir... Au cœur de toutes choses, le vieux quartier turc de Bascarsija, remontant aux XVe–XVIe siècles, regroupe les plus grandes mosquées disséminées aux abords de l’emblématique place aux Pigeons ( Sebilj ), sa fontaine et ses maisons bosniaques en bois. À deux pas, la tour de l’Horloge ; le caravansérail de Morica Han, qui accueillait jadis jusqu’à 300 personnes et 70 chevaux, avec son café abrité sous un auguste tilleul ; l’église orthodoxe des archanges Gabriel et Michel (XVIIe), la superbe synagogue ashkénaze en pierre brute, les vieux ponts... C’est un peu Istanbul en modèle slave.

Mostar : dont le célèbre pont a été reconstruit en 2004. Il manque un peu de patine, certes, mais les eaux vert émeraude de la rivière ne manquent pas d’étonner et la vieille ville ottomane, sur la rive droite, ne manque pas de charme avec ses ruelles grossièrement pavées et ses toits de lauzes. Le tableau est très oriental avec un hammam et plusieurs mosquées du XVIe siècle - dont celle de Koski Mehmet Pacha, dressée juste au-dessus de la Neretva, avec une jolie fontaine aux ablutions. Deux vieilles maisons ottomanes sont ouvertes à la visite, dont l’attachante Kajtaz House.

Vinkovci : La ville et ses environs ont été gravement endommagés par la Guerre d'Indépendance 1991-95 croate. La ville était proche des lignes de front entre les forces de la Croatie et les Serbes rebelles, mais elle est parvenue à éviter le destin de Vukovar voisin, qui a été assiégé dans la bataille infâme de Vukovar.

Vukovar : La ville de Vukovar est assiégée au cours du mois d'août 1991 par les forces de la République fédérative socialiste de Yougoslavie (à majorité serbe) au cours de leur offensive en Croatie et subit un bombardement intensif qui confine la population dans les caves pendant trois mois, sans aucune aide humanitaire. Après 87 jours de siège, les 1500 combattants croates qui défendaient encore la ville se rendent, laissant la population en proie aux exactions des troupes serbes qui pénètrent dans une cité réduite à un champ de ruines et de cendres. La population est alors réunie dans le stade, les hommes en âge de se battre sont séparés des femmes, des enfants et des vieillards. On ne reverra jamais les premiers. Le même sort attend les 420 blessés de l'hôpital où se trouvait un volontaire français âgé de 25 ans.
Le 18 novembre, le délégué du CICR, Nicolas Borsinger, s'impose à la table des négociations de la reddition et exige d'enregistrer les noms des combattants croates qui se rendent. C'était la preuve que ces personnes étaient en vie et s'étaient rendues. Ainsi environ 200 personnes ont été sauvées.
Mais le matin du 20 novembre, 264 personnes ont été transférées depuis l'hôpital de Vukovar, au mépris total de l'accord de neutralisation de l'hôpital signé la veille par les parties s'engageant à placer l'hôpital sous protection. Ces personnes seront exécutées le jour même. Le massacre de Vukovar a ensuite été jugé par le TPI à la fin des années 2000.
Aujourd'hui encore les effets d'un des épisodes les plus sanglants du conflit yougoslave sont loin d'être effacés. Croates et Serbes cohabitent difficilement dans la ville de Vukovar reconstruite ; ils évitent de se fréquenter. Les écoliers des deux communautés continuent à suivre leurs enseignements dans des établissements séparés.
En 2010, les présidents croate et serbe ont accompli un acte de pardon et de mémoire l'un envers l'autre. Ils ont visité le centre mémorial d'Ovcara où les victimes ont été tuées et enterrées dans des fosses communes.
Plus de mille personnes sont toujours portées disparues côté croate depuis la guerre de 1991-1995, dont plus de 460 sont des habitants de Vukovar et de ses environs. Au total, le conflit a fait quelque 20.000 morts. Le massacre d'Ovcara a été l'un des pires de tous les conflits de l'ex-Yougoslavie.

A lire : http://www.lemonde.fr/europe/article/2011/12/28/les-vies-paralleles-de-v...

© François DETRY
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