Bein quoi, qu’est-ce qu’il a, mon derrière ?

Bein quoi

Si les belges ont énormément d’humour et pratiquent même l’autodérision, les congolais n’ont rien à leur envier à ce sujet !

J’avais une douzaine d’années, et intriguée par les rires et le brouhaha venant de chez Djems - qui travaillait chez nous -, j’y étais allée et m’étais jointe à sa famille et au groupe d’amis qu’ils recevaient…

Ils étaient en train de se raconter des histoires sur certains européens de Likasi/Jadotville, et riaient bien de certaines de leurs bourdes et façons de vivre. Je savais depuis longtemps que les congolais avaient attribué des surnoms et sobriquets à beaucoup de « wazungus (blancs) », et naturellement, ne les divulguaient pas aux intéressés !

J’avais la chance d’être considérée comme faisant partie de la communauté africaine. La meilleure preuve que je faisais partie des leurs, me disaient-ils, c’est qu’en sus de ma façon d’être d’agir et de penser comme eux, j’étais plus noire que blanche… Bein oui, à force de vivre au soleil, j’étais très bronzée, ce qui faisait ressortir la tache dépigmentée qui serpentait de mon épaule jusqu’à mon poignet ! « Tu vois, tu es plus comme nous que comme eux ! », me disaient-ils… Ils n’hésitaient donc pas à utiliser les surnoms des gens en ma présence.

Les surnoms… tiens, je me demande s’ils m’en ont aussi attribué ! Et de poser la question à Djems. Lui, sa femme et leurs copains semblent ennuyés, et Marie le supplie de se taire pour ne pas me vexer.

Naturellement, leurs attitudes avivent ma curiosité, et j’insiste tant que Djems me dit : hé bien toi, tu es « Matako yulu » (Matako : derrière, fessier. Yulu : au-dessus, en haut, en l’air)… J’ouvre des yeux comme des soucoupes ! « Derrière en l’air » ! Je me tords le cou pour essayer de voir mes fesses qui je pense n’ont rien d’assez particulier que pour me qualifier ! Ils éclatent de rire et me précisent : « Mais non, ce n’est pas cela ! Tu sais très bien que tu ris et nous fais rire tout le temps, cela tu le sais ! Hé bien, quand tu ris de bon cœur, tes joues deviennent comme de belles grosses fesses bien rebondies ! Donc tes fesses sont en haut, sur ton visage ! ».

Je réfléchis un peu et leur demande « si pour vous mes joues sont des fesses, ma bouche est alors un anus ? » Horrifiés par cette réflexion, ils me certifient qu’il n’est question que de fesses, uniquement de fesses…

Quand je sais que dans les canons de beauté africaine, les fesses ont une très grande importance, me voilà donc avec une bouille canon !

Tsss ! Je t’en donnerai, du « Matako yulu » !!!

Héhé ! Je l’ai connu, moi, mon sobriquet !
:D :D :D

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Jeanne-Françoise Kreutz (Voir mon site)

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