Houffalize - Le Spar à drame abracadabrant

Houffalize - Le pont de la route de Liege (avant l'Offensive) Houffalize - Le pont Lanham (apres la guerre)

Houffalize - Le Spar à drame abracadabrant
Le projet de Spar devait-il devenir « l’affaire du Spar », d’un Spar indésirable, une nouvelle polémique d’aménagement qui met Houffalize, en tout cas le Houffalize des facebookeurs intra et extramuros, plus qu’en émoi ?
On peut se demander si Ol Fosse d’Oûth, le Centre de l’Adeps à Engreux, le complexe d’Houtopia et son toboggan se seraient réalisés avec un groupe local facebook soupe au lait comme il peut l’être.
Pensons au toboggan d’Houtopia. L’horreur, la défiguration de la vallée face à l’église, le summum de la mégalomanie ! Aujourd’hui, son intégration paysagère ne pose plus problème.

Oublier l’opportunité
Pour ce qui est du Spar, l’opportunité ne devrait plus faire l’objet de discussion. L’opportunité, c’est : était-il bon de de faire un nouveau Spar, d’une telle dimension, cela répond-il à un besoin commercial, sera-ce bénéfique à l’emploi, au bien-être ?
Nous l’avons écrit déjà : le secret est l’âme des affaires (ça, c’est le cardinal de Retz qui l’a écrit -rires ) et nul au café du commerce ne connaît le pourquoi et le montage de cet investissement. Bref, ce qui a amené le chef de l’entreprise à prendre une décision…

Le droit à bâtir
Oublions l’opportunité, puisque nous nous trouvons devant un fait juridique : une société commerciale a obtenu un droit, le permis de bâtir. Et elle l’exécute ainsi que la loi l’y oblige.
Qu’on ne se tracasse surtout pas, les administrations sont là qui contrôlent, avec un arsenal comprenant l’arrêt des travaux, la mise sous scellés, et toutes sortes de contraintes et astreintes en cas de dérapage.
Quand une décision est prise, que l’on ait été pour, ou contre, il faut s’en accommoder. Se dire que c'est le meilleur: ce qui était légitime est devenu légal.
Nous avons connu le cas avec l’autoroute : devait-elle passer sur le plateau des Tailles (ce qui a été fait) ou au fond, près du village de Fraiture ? Discussion homérique, mais une fois la décision politique prise, tout le monde, comme un seul homme, s’est employé à ce que l’on tire le meilleur parti du tracé sur la crête.

Cinq millions de morceaux de sucre indissoluble
Personnellement, nous avons également été percuté par le choc d'une photo publiée dans le groupe facebook local : un monstrueux pavé blanc grand comme cinq millions de morceaux de sucre indissoluble implanté en bordure de l’Ourthe de l'autre côté de l'église, coup de poing dans l’œil à partir du point de vue du pont de la route de Liège. Oui, il y avait de quoi être percuté.
Mais il s’agit là d’une étape du projet: le gros œuvre.
Salvador Dali n’a jamais peint des chrysalides ; des papillons, oui.

La procédure
Qui a délivré le permis ?
Nous avons pu lire les choses les plus fausses. Y compris : c’est l’Urbanisme, contre l’avis de la commune.
Non, c’est le collège communal qui a décidé après avoir recueilli les avis de multiples garde-fous, et en s’y conformant sauf conditions spéciales strictement réglées par la loi.

Les garde-fous
* D’abord les plans d’aménagement à divers niveaux (régional, communal). Un plan, c'est aussi des dizaines de pages de règlement.
* Les résultats d’une enquête publique, ouverte non seulement aux voisins mais aussi bien à un habitant de Couillet que de Fays-les-Veneurs.
* L’avis de la commission communale d’aménagement du territoire, composée de 23 membres désignés par le conseil communal, des volontaires représentant le mieux que ce soit la population : critères politiques mais surtout géographiques (les villages), les syndicats, strates d’âge, vie associative (autant un syndicat d’initiative qu’un club de football ou que la Ligue des familles…), la sensibilité écologique et environnementale.
Les noms de ces Houffalois sont publics : quelqu’un a-t-il été lancer à la figure de l’un d’eux qu’il n’a aucun bon goût, qu’il n’a aucun respect des valeurs paysagères ni de l’intérêt public ? Bref, pour être direct : « tu n’y connais rien, et moi je sais tout » ?
* Parmi les émetteurs d’avis, il devait ou il pouvait y avoir également des spécialistes de toutes disciplines. Nous employons des mots peut-être obsolètes comme les francs belges : les Monuments et sites, les Eaux et forêts, l’hydraulique, la Commission diocésaine d’art sacré, la Fabrique d’église, les Ponts et Chaussées et le Service technique, le Commissariat général au tourisme, le Génie rural… (1)
* Un mot quand même sur l’auteur de projet : il est à parier que ce n’est pas un architecte frais émoulu. Que c’est un homme ou un groupe expérimenté, qui, ne fût-ce que par sens de l'honneur et pour sa publicité, a pris plus de soin à établir le projet du Spar qu’une véranda au diable vauvert.

Un défaut de communication ?
Professionnellement, nous avons eu à suivre pas mal de projets privés sensibles, privés, donc du ressort du collège communal (échevinal, disait-on).
Du Cora de Messancy en 1972 au Ikea d’Arlon.
Nous pensons qu’avec le Spar, on se trouve face à un problème récurrent à Houffalize : un défaut de communication. Un manque d'anticipation. De vista.
Comparons.
La mosquée de Bastogne.
Le bourgmestre avait fait part au demandeur (la communauté musulmane) de ce qu’il était enclin à approuver.
Il fut d’avis au terme d’une communication et de prises de position parfois âpres, de consultations et concertations, et le demandeur avec lui, que le projet n’était pas bienvenu. Et le combat cessa.
Pour Ikea, un projet diablement controversé, le bourgmestre convainquit. Et sa réalisation, sans empoignades en cours de chantier, a entraîné des retombées positives dépassant de loin le magasin lui-même.

La vue du pont de la route de Liège
Un peu d’humour ? À la sauce surréaliste ?
Nous n’allons pas épiloguer sur : comment va être « camouflé » le pavé droit cinq millions de fois plus gros qu’un morceau de sucre : c’est prévu dans le projet sur lequel tous les Houffalois ont pu faire des propositions d'amélioration.
Mais pourquoi donc les sages, ces Houffalois âgés et éloignés de Houffalize, se sont-ils à ce point déchaînés ?
Peut-être parce qu’eux, ils savent ce que c’est, une vue sur l’église, non pas à partir du pont Lanham, mais à partir du pont de la route de Liège.
La différence ? L’un est le pont de leur enfance, l’autre celui qui a été reconstruit après la guerre.

Un mammouth de pont
Eux ont eu l’expérience d’un contact visuel immédiat, quasi physique, avec la rivière.
Un contact que plus aucun enfant n’a la chance d’avoir, aucun automobiliste, aucun piéton sauf s’il fait une acrobatie.
On a reconstruit un pont qui est un obstacle à une pleine émotion esthétique.
Les deux seules images que nous plaçons en illustration en témoignent.
Le pont Lanham, c’est plus un mur de cimetière qu’une rambarde.
C’est l’âge de la pierre qui est venue après l’âge du fer.

René Dislaire © Houffalize, le 4 novembre 2017

(1) Qu'on sache que l’agent du Service technique par exemple n’est pas qu’un technicien compétent pour dire à quelle profondeur il faut enfouir une conduite d’eau. Les Vital Brouet et Armand Gillardin ont prouvé bien d’autres facettes d’une personnalité forte, cultivée, indépendante et altruiste.
Addendum. Dans le débat, nous croyons qu’il y a une chose qui a échappé : si l’implantation a été repoussée vers la rivière, cela peut donner ce qu’on appelle « un effet de porte » à la ville. Un « plus » dont l’occasion se présentait, et qui ne devait pas être ratée. Toutes les villes en rêvent.