Rénovation du Square du Petit Sablon

Face a l'eglise Notre-Dame du Sablon (c) Laszlo Arany  Le haut du Square (c) "Trip Advisor" Celine Fremault et Didier Reynders (c) Laszlo Arany Square du Petit Sablon Square du Petit Sablon Square du Petit Sablon Square du Petit Sablon Square du Petit Sablon L'une des 48 Corporations (c) Laszlo Arany Les Comtes d'Egmont et de Hornes (c) Laszlo Arany Deux différents Motifs de Ferronneries (c) Laszlo Arany Gérard Mercator (1512-1594) (c) Laszlo Arany Au bas du Square, face à l’eglise N.-D. du Sablon (c) Laszlo Arany Henri de Bréderode (1531-1568) (c) Laszlo Arany Square du Petit Sablon Square du Petit Sablon Jacques Ralet (c) Laszlo Arany

Ce mardi 04 juillet, Céline Fremault, Ministre régionale bruxelloise de l'Environnement, et Didier Reynders, Ministre fédéral, en charge de "Beliris", présidaient à la réouverture officielle du Square du Petit-Sablon, sis entre l'église Notre-Dame du Sablon (15ème siècle) et le Palais d'Egmont (16ème siècle), où résida Lamoral, Comte d'Egmont (°1522), qui fut décapité, sur la Grand' Place, en compagnie de Philippe de Montmorency (°1524), Comte de Hornes, deux farouches résistants à la tyranie espagnole, leur exécution étant à l'origine de la guerre de quatre-vingts ans, qui permit aux Provinces du Nord (actuels Pays-Bas) d’accéder à leur indépendance.

Sculptée par Charles-Auguste Fraikin (1817-1893), en 1864, leur statue et la fontaine furent initialement placées devant la Maison du Roi, sur la Grand' Place, à l'endroit même de leur exécution, furent déplacées en 1879, au Square du Petit Sablon. Au pied de la statue, sur une plaque, figure cette mention: "Aux Comtes d'Egmont et de Hornes, condamnés par sentence inique du Duc d'Albe et décapités à Bruxelles, le 5 juin 1568."

Leur "crime" était d'avoir été accusés de haute trahison, pour avoir osé demander au Roi d’Espagne, Philippe II, le fils de Charles Quint, de respecter les anciennes coutumes et la liberté de culte... Pour réprimer ce qu'il appela la révolte des « gueux » - ceux-ci étant, en fait de bons bourgeois bruxellois -, ce souverain envoya dix-sept mille soldats, placés sous la conduite du Duc D'Albe.

Lors de leur exécution, l'on raconte que la foule était tellement émue de la mort de ces deux personnalités aimées et respectées que nombreux sont ceux qui trempèrent leurs mouchoirs dans le sang des victimes, afin de conserver un souvenir du courage de ces hommes.

Comme nous le confie, à quelques mois de sa mise à la retraite, Jacques Ralet, gardien attitré du lieu depuis 3 ans, cette fontaine fut l'objet de soins particulièrement attentifs, le rideau d'eau refonctionnant comme auparavant. A son sujet, il nous raconte une anecdote: "Un jour, arrivant, en shorts, par l'arrière du bassin d'eau, deux jeunes se mirent à nager dans cette eau, ... bien loin d'être limpide." Autre anecdote: "les touristes japonais qui aiment se faire photographier en différents endroits, passant, en courant, du rôle de personne photographiée à celui de photographe."

Autrefois zone marécageuse, Jacques Ralet nous informe que ce Square-Jardin, superbement restauré, fut, de 1289 à 1706, le cimetière de l'ancien Hôpital St.-Jean. Pour preuve, nous entretenant sur le sous-sol, il nous signale: "Lors des récents travaux, un ouvrier découvrit un cadavre, devant, ainsi, en référé au Service communal concerné."

C'est Charles Buls (1837-1914), Bourgmestre de Bruxelles, de 1881 à 1914, qui ordonna la transformation de ce cimetière en un séduisant Square-Jardin, en 1880, demandant que le monument édifié à la mémoire des Comtes d'Egmont et de Horn, y soit transféré, "dégageant, de ce fait, la vue dont Charles Buls bénéficiait sur la Grand'Place", selon Jacques Ralet. qui refuse qu'on le considère comme un guide - n'étant pas diplômé pour cette fonction -, même si, passionné par son métier, il ajoute, entre deux coups de son sifflet destinés à éloigner les passants des surfaces vertes, "Je possède des dépliants à distribuer aux visiteurs me posant des questions sur l'historique de ce lieu, prenant plaisir à répondre, de vive voix, à toute question relative monument ou à l'ensemble de cet accueillant jardin", réalisé, sous la conduite de l'architecte Henry Beyart (1823-1894), responsable de la rénovation de l'ensemble du quartier du Sablon et conseiller communal de la Ville de Bruxelles, de 1867 à 1881.

Réalisée en concertation avec "Bruxelles Environnement", gestionnaire de ce parc, la "Direction Monuments et Sites" et la "Commission royale des Monuments et Sites", cette importante restauration se déroula de la fin de l'année 2014 au printemps 2017.

Outre la fontaine, déjà citée, dont le bassin fut repeint, ses bords intermédiaires ayant été polis et l'éclairage revu, la présente restauration inclut le nettoyage des 58 statues, en bronze (48) et en marbre (10), la suppression de plusieurs lierres grimpants et d'arbres malades, risquant, à moyen terme, de s'effondrer, le ressoudage des 220m de grillages, aux motifs différents, ..., le dessin originel du parc, tel qu'imaginé par Henry Beyart ayant été respecté.

A noter que ce dernier, qui suivi les cours de l' "Académie royale des Beau-Arts" de Bruxelles, de 1842 à 1846, fut, également, entre autres, l'architecte, en Province de Namur, du Château du "Domaine de Chevetogne", de l'église St.-Joseph des Tombes, à Faulx-les-Tombes, et de l' "Hôtel de Mr. Kegeljan-Godin", à Namur, ainsi que, à Tournai, de la gare ferroviaire, à Bruxelles, de plusieurs maisons bourgeoises privées, des salles du "Concert Noble", du "Musée de la Porte de Hall", de la fontaine de la Place de Brouckère (aujourd'hui transférée à Laeken) et du siège de la "Caisse Générale d'Epargne et de Retraite", sans oublier les "Hôtels de la Banque Nationale de Belgique", à Anvers et à Bruxelles.

Mais revenons au Square du Petit-Sablon, réalisé entre 1879 et 1899, où nous observons deux monticules fleuris, l'un, du côté de la Gare ferroviaire du Midi, représentant le sud de notre pays, la Wallonie, et l'autre, le nord, les Flandres. Entre ces deux monticules, les neuf Provinces (à l'époque, la dixième n'étant apparue qu'au 20ème siècle), représentées par neufs massifs de buis taillé, alors que Bruxelles se retrouve en forme de coeur horticole, représenté par un massif en forme de couronne, symbolisant le Royaume de Belgique.

Disposées en hémicycle, à l'arrière du monument dédié à la mémoire des Comtes d'Egmont et de Hornes, nous trouvons 10 statues en marbre, chacune logée dans une niche de lierre grimpant, représentant des personnalités qui, au 16ème siècle, s'illustrèrent dans nos contrées, à savoir Guillaume de Nassau (1533-1584), Louis Van Bodeghem (1470-1540), Henri de Bréderode (1531-1568), Corneille de Vriendt (1518-1578), Rombaud Dodonée (1518-1585), Gérard De Cremer, dit Mercator (1512-1594), Jean de Locquenghien (1518-1574), Bernard Van Orley (1491-1542), Abraham Ortelius (1527-1598) et Philippe de Marnix de Ste.-Alegonde (1538-1598).

Alentour de ce Square du Petit Sablon, nous trouvons, sur 220m de longueur: 55 panneaux de clôture, en fer forgé, battu et repoussé, de 26 motifs différents, ornés de 53 fleurons (ornements à motif végétal), ainsi que 48 petites statues en bronze, réalisées par 27 sculpteurs et posées sur autant de colonnes gothiques en pierre de taille, différemment décorées.

Ces jolies statuettes - représentant 48 corporations bruxelloises du 16ème siècle, du chapelier à l'armurier, en passant par les tanneurs, les fruitiers, ... -, qui présentaient divers degrés de patine et de corosion, furent nettoyées par des bronziers, qui durent remplacer des éléments disparus, chaque personnage étant pourvu d'objets propres à sa profession, tels ancre, rame et cordage pour les bateliers.

Pour la présente restauration, les ferronneries furent démantelées, décapées et dérouillées, recevant un traitement préventif contre la rouille et une peinture ancienne à l'huile de lin, ceci afin de soigner l'aspect décoratif.

Par ailleurs, l'ensemble de cette restauration se devait être réalisée, des études de stabilité ayant démontré que les murs de fondation de la clôture, s'était affaissés par endroits, causant l'instabilité des colonnes, la création des fissures et le glissement du socle de la clôture.
A noter que pour notre confort, "Bruxelles Environnement" a tenu à doter ce parc de nouveaux bancs en chêne européen, sur base de photos et gravures d'époque.

Evoquant le bois de chêne, signalons que le seul chêne de ce parc doit, malheureusement, être abattu, pour une raison de sécurité. Sous nos yeux, ce 02 juillet, le permis d'abattage fut d'ailleurs remis par le Directeur de la "Direction Monuments et Sites" à Pierre Koziel, un représentant de "Bruxelles Environnement", un tel document étant indispensable avant toute transformation au sein de ce parc, une réalisation néo-classique, à l'italienne, celui-ci ayant été classé en 1972.

C'est l'occasion, ici, de souligner la qualité du travail des six jardiniers de "Bruxelles Environnement" - dont une femme ayant rejoint ses collègues masculins, ce jour même du 02 juillet 2017 - qui assurent l'entretien de six parcs bruxellois, sachant qu'au Square du Petit Sablon, où tout est symétrique, les plantes sont changées deux fois par an, la taille des broderies de buis ou des massifs de houx restant une caractéristique de ce jardin.

Austère dans ses formes, le Square du Petit-Sablon, montant, en pente très légère, de la rue de la Régence - à l'angle de laquelle se trouve toujours une maison, qui fut une auberge, où Jean Cocteau (1889-1963) aimait s'attarder lorsqu'il était de passage à Bruxelles - et de la rue aux Laines, à hauteur du Palais d'Egmont, édifié pour le Comte d'Egmont, sous le nom de "Grand Hôtel d'Egmont", sur un terrain, acheté en 1532, par sa mère, Françoise de Luxembourg, Princesse de Gavre.

Saluant ce Square du Petit Sablon, comme étant l' "un des plus beaux parcs de Bruxelles", Didier Reynders tint à remercier ses huit gardiens, empoyés, en tournante, dans cinq autres parcs bruxellois, ajoutant: "Je reste convaincu que si ce parc n'était pas gardé, et fermé à certaines heures de la nuit, nous ne pourrions pas en profiter dans de telles conditions."

Notons, enfin, que, pour cette superbe restauration, "Beliris" - importante collaboration entre l'État fédéral et la Région de Bruxelles-Capitale, dont l'objectif est de promouvoir le rayonnement de Bruxelles en tant que capitale de la Belgique et de l'Europe - a investi 2,6 millions d'euros.

Et comme Céline Fremault le disait, n'oublions pas que "Ce petit joyau bruxellois participe à la qualité de vie des habitants du quartier et de ceux qui souhaitent trouver ici un havre de paix pour quelques instants".

Ouverture 7 jours sur 7, à partir de 10h. Fermeture, du 1er mai jusqu'au 31 août, à 20h40; en septembre, à 19h40; en octobre, à 17h; du 1er octobre jusq'au 31 mars, à 17h40; et en avril, à 18h40. Entrée libre, mais interdiction d'y picniquer et de marcher sur les gazons.
Site web: www.environnement.brussels/fiche/square-du-petit-sablon.

Yves Calbert / Photos (sauf deux mentions contraires): (c) Laszlo Arany.