“Archipel, Les Royaumes de la Mer”, à Liège, jusqu’au 21 Janvier

écrit par YvesCalbert
le 17/01/2018
“Archipel, Les Royaumes de la Mer”, à Liège, jusqu’au 21 Janvier

Plus que quelques jours pour (re)voir la superbe exposition “Archipel, les Royaumes de la Mer”, au “Musée La Boverie”, à Liège, à 300m de la Gare des Guillemins, au-delà de la passerrelle enjambant la Meuse, en notant qu’une ultime nocturne, jusqu’à 22h, est programmée, ce jeudi 18 janvier.

Constitué de quelques 17.508 îles (quoique d’autres chiffres sont avancés, allant jusqu’à 18.307 îles), 8.844 ayant un nom et 992 étant habitées, l’archipel indonésien couvre une superficie égale à celle de l’Europe, d’où tout l’intérêt de cette exposition sur les “Royaumes de la Mer”, … où, grâce aux relations soutenues que l’Indonésie développa, via des transports maritimes, avec, entre autres, la Chine, l’Inde et le monde musulman, l’émergence et le développement des sultanats, les premiers contacts avec les Européens, le développement de l’Islam, l’indépendance et le développement du pays sont autant de chapitres d’une narration à laquelle nous sommes conviés à “La Boverie”.

Commençant avec la Culture Dong Son,originaire du Vietnam, qui se serait développée en Indonésie, vers 500 avant notre ère, un premier objet imposant est exposé, un, tambour rituel en bronze (92 x 117 cm/157,5 kg) de l’époque paléo-metallique, qui était réputé pouvoir attirer la pluie – d’où la représentation de grenouilles sur le bord supérieur -, mais servait, aussi en cas de guerre, voire comme monaie d’échange ou urne funéraire.

Sur l’ensemble de l’archipel, pas moins de 726 langues et dialectes sont toujours utilisés (recensés en 2009), alors que plus de 300 groupes ethniques peuplent le plus grand pays musulman au monde, où cinq autres religions sont officiellement reconnues, dont l’hindouisme, pratiqué par 80% des Balinais (l’ “agama hindou dharma”, intègrant des éléments bouddhiques, animistes et relevant du culte des ancêtres).

Ainsi, nous découvrons, issus la période pré-moderne, du 1er au 15ème siécle, différentes statues du Bouddha, en provenance de Lombok, Sulawesi, …, et d’un impressionant (150 x 114 x 90 cm) Ganesh, fils de Shiva, en pierre, en position assise, dite utkutikasana, du 9ème siècle, nous venant de Java. De cette même île, nous admirons différents objets en or, dont une amusante scène du Ramayana (14 x 12 x 1,5 cm), avec deux singes de l’armée d’Hanuman évitant les pinces d’un crabe, ce dernier nous proposant une nouvelle référence à la mer. De Java, encore, un “pekinangan”, récipient (60 x 63 x 26 cm) destiné à recevoir les ingédients de base pour la préparation d’un produit à mâcher, aux propriétés psychostimulantes et tonifiantes, ayant comme base des feuilles de betel…

De cette même période, nous observons, enfin, plusieurs porcelaines émanant de différentes dynasties chinoises et d’autres aux motifs musulmans, avant de passer à la première période moderne, des 17ème et 18ème siècle, avec d’autres porcelaines venues de la Chine, et à la période moderne, du 19ème au 21ème siècle, avec la figure de proue (98 x 68 x 30 cm) d’un bateau du Roi, nous venant du Kalimantan, cette pièce colorée, sculptée en bois, combinant deux têtes, celle d’un éléphant, en hommage à Ganesh, et celle d’un dragon, associé à la terre et à l’eau, compagnon d’une déesse devant assurer la protection, la vitalité et la fertilité.

Ensuite, nous admirons différentes étoffes ayant bénéficié d’une technique particulière d’impression, le batik, ce mot étant javanais, un batik indonésien qui est repris, depuis 2009, sur la liste du “Patrimoine culturel immatériel de l’humanité. De la Ville de Yogyakarta (Java), un héros du récit du “Dewaruci” s’offre à nos yeux, réalisé en cuir et corne, puisqu’il s’agit d’une marionnette (21,5 x 47 cm) utilisée pour le “wayang kulit” (théâtre traditionnel d’ombres javanaises)., figurant, depuis 2008, sur la liste du “Patrimoine mondial immatériel de l’UNESCO“. Forgés à partir de fer doux et d’acier au carbone, nous admirons des objets rituels, considérés comme ayant des pouvoirs magiques, plusieurs “kriss”, des armes blanches courtes, présentant des motifs décoratifs forgés. L’un de ceux présentés, recouvert d’or (50 x 38 x 9 cm), était la propriété exclusive d’un noble de heut rang de l’ethnie des Bugis, présents sur l’île de Sulawesi.

Avant de voir une installation contemporaine, “L’Histoire se répète”, due à l’artiste indonésienne “Titarubi”, nous admirons un autre objet de grande valeur, en or, argent, pierres précieuses et bambou, nous venant de Bali, une couronne (27,5 x 21,5 cm), qui a du être portée par une danseuse du Palais Royal de Klugkhung. Témoin de la longue colonisation (1816-1942) de l’Indonésie, une statuette en bois (45,3 x 19,6 x 17,6 cm) d’Anak Agung Gde Ngurah Karankasem, Roi de Lombok, qui mourut en prison, l’armée occupante néerlandaise ayant, en 1894, mis le feu et piller son Palais. A ses côtés, outre divers objets de cette période, nous regardons un court métrage en noir-et-blanc, tourné à cette époque. Egalement présentes, diverses maquettes, dont celle d’une “rumah gadang” (91 x 122 x 125 cm), maison d’un chef local de Padang (Sumatra), possédant un toit à la forme particulière, réalise en bois, fibre de palmier et rotin. A proximité immédiate, nous trouvons la maquette d’une mosquée de style hindou-bouddhiste (145 x 82 x 122 cm), édifiée sur l’île de Java, au 19ème siècle, en bois et en bambou. A noter que la représentation d’un tel bateau se retrouve sur un bas relief du temple bouddhiste de Borobudur (Java), édifié du 8ème au 9ème siècle (2.520 m2/72 stuppas possédant chacun une statue du Bouddha), il figure sur la liste du “Patrimoine mondial de l’ UNESCO“).

Autres maquettes, celles de deux bateaux, mais aussi un autre bateau, pièce maîtresse de l’exposition, un authentique “Padewakang”, reconstruit, sous la nouvelle verrière du Musée, en exclusivité pour “Europalia-Indonesia” et “La Boverie”, long de 14 m et large de large de 6 m, une réalisation monumentale pesant entre trois et quatre tonnes, qui fut construite, une première fois, à Makassar, capitale de l’île de Sulawesi. A souligner que lors du vernissage d’ “Archipel, les Royaumes de la Mer“, le 24 octobre 2017, un rituel d’inauguration de ce bateau en bois fut offert par quelques Indonésiens, revétus de leurs vêtements traditionnels, une vidéo nous montrant des extraits de cette cérémonie, une seconde vidéo dévoilant, en accéléré, bien sûr, la reconstruction, à Liège, de ce bateau, la coque ne possédant aucun élément fondamental dans l’histoire des populations austronésiennes. Tournées vers la mer, celles-ci ont appris à construire des embarcations en fonction, non seulement de leurs besoins, mais aussi des mers pratiquées…

Pour nous, il s’agit, ici, à Liège, de l’exposition la mieux scénographiée, la mieux mise en lumière d’ “Europalia Indonesia”, une expo présentée sur 2.500 m2, nous présentant quelques 250 oeuvres majeures, du néolithique à l’art contemporain, la plupart quittant pour la première fois l’Indonésie, grâce aux prêts exceptionnels du “Musée National d’Indonésie”, quelques pièces nous provenant de six autres musées d’Indonésie, du “Musée de la Marine” de Paris, du “Maritiem Museum” de Rotterdam, de l’Université d’Utrecht, des Musées belges “de la Vie Wallonne” et “Royal de Mariemont.”

Ouverture : jusqu’au dimanche 21 janvier, de10h à 18h, ce jeudi 18, jusqu’à 22h. Prix d’Entrée : 12€ (9€, de 14 à 25 ans, seniors et membres d’un groupe // 1€25, pour les “Article 27” // 0€ jusqu’à 13 ans inclus. A souligner : ce jeudi 18, visites guidées à 19h et à 19h30, pour 15€ par personne, incluant le prix d’entrée (14€, pour les étudiants et les seniors). Catalogue : Ed. “Snoeck”/208 p./209 photos/couverture cartonnée. Site web : www.europalia.eu.

A découvrir, également, jusqu’au 11 mars : “Dieux de cuir, Héros de Bois”, au “Musée international du Carnaval et du Masque”, à Binche. Notre pays étant reconnu pour son importante production de bandes dessinées, notons encore, jusqu’au 21 janvier : “Comics in Indonesia (1929-2017) – Equatorial Imagination”, à la “Bibliotheca Wittockiana”, à Woluwe St.-Pierre, une occasion de découvrir la BD indonésienne, appelée “Cergam”, dès 1929, l’année où “Hergé”(Georges Remi/1907-1983) créa “Tintin”… Soulignons que la “Cergam” se veut être une représentation visuelle d’une imagination populaire de l’Indonésie, … un véritable voyage à la découverte d’un art qui se veut être l’expression d’un peuple uni dans sa diversité…

Et pour les passionnés du “7ème Art”, notons enfin, que, jusqu’au 23 janvier, 51 films indonésiens sont au programme du “Vendôme“ (www.cinema-vendome.be/les_films/a_l_affiche/europalia_2018_indonesian_ film_festival), certains longs-métrages défiant la domination patriarcale, d’autres questionnant le rôle des femmes dans l’Indonésie contemporaine, critiquant l’ordre social, réfléchissant sur les complexités de la religion, célèbrant des rêves d‘enfants ou se penchant sur la vie d’individus uniques.

Yves Calbert.

  • “Archipel, Les Royaumes de la Mer”, à Liège, jusqu’au 21 Janvier
  • Figure de Proue (c) "Musee National d Indonesie"
  • Un "nekara" (c) "Musee National d Indonesie"
  • Ganesh (c) "Musee National d Indonesie"
  • "Ramayana" (c) "Musee National d Indonesie"
  • "Wayang Kulit" (c) "Musee National d Indonesie"
  • Un "Kriss", a Yogyakarta (c) "Mackoo"
  • "L Histoire se repete" (c) "Titarubi"
  • Roi de Lombok (c) "Musee National d Indonesie"
  • Le "Padewakan" (c) "Europalia Indonesia"/"La Boverie"
  • Bas-Relief du Temple bouddhiste de Borobudur  "Musee National d Indonesie"
  • Une "rumah gadang" (c) "Musee National d Indonesie"
  • Un Batisseur du "Padewakang" au Vernissage (c) "Proxi-Liege"
  • “Archipel, Les Royaumes de la Mer”, à Liège, jusqu’au 21 Janvier
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