"Camera d'0r", à Cannes, pour un Film belge: "Girl"

écrit par YvesCalbert
le 27/05/2018
"Camera d'0r", à Cannes, pour un Film belge: "Girl"

Le Cinéma belge vient d’être, à nouveau, reconnu, à l’occasion du 71ème « Festival de Cannes », grâce à « Girl » (Lukas Dhont/Bel./2018/105′), le film le plus primé cette année, toutes Sections confondues, alors qu’il n’était pas en compétition pas dans la « Sélection officielle », mais bien dans la Section
« Un cetain Regard », qui vise à mettre à l’honneur des oeuvres audacieuses et originales de cinéastes encore peu connus :

- « Caméra d’Or », toutes Sections confondues ;
- « Prix d’Interprétation », dans la Section « Un certain Regard », pour Victor Polster ;
- « Prix Fipresci des Critiques de Cinéma », dans la section « Un Certain Regard » ;
- « Queer Palm », Prix Indépendant, toutes Sections condues.

Présidé, cette année, par la productrice française Sylvie Pialat, ce dernier Prix récompense le meilleur film traitant des thématiques altersexuelles (bisexuelles, homosexuelles et transgenres).

Ainsi, à l’ « AFP », Lukas Dhont – dont les thèmes favoris sont l’identité, l’adolescence,la masculinité, la féminité – déclara : « Ce qui m’intéresse, c’est montrer des personnes qui ne sont pas dans les normes classiques du masculin et du féminin… Le Cinéma est un moyen intéressant d’en parler ».

Pour le créateur, en 2010, du « Queer Palm », le critique Franck Finance-Madureira, il estima : « ‘Girl’ a emballé le Jury. Ce film marque aussi la naissance d’un grand cinéaste avec un traitement si particulier pour son sujet permettant à chacun de s’identifier ».

Lors de la remise de la Caméra d’Or, ce samedi 19 mai, au réalisateur belge Lukas Dhont, la Suissesse Ursula Meier, présidente du Jury Officiel, déclara :
« ce film allie délicatesse et puissance ».

Quant au réalisateur, signant, ici, son premier long-métrage, monté sur la scène en compagnie de son acteur principal, Victor Polster, il tint à s’adresser au public en ses mots : « Je dédie ce film à deux personnes exceptionnelles. Celle sans qui le film n’existerait pas (évoquant la personne qui, dans sa vraie vie, inspira ce film, ndlr), ainsi que celui qui, à 16 ans, a tenu ce rôle sans se soucier du qu’en dira-t-on« … Ceci est d’autant plus vrai que notre jeune compatriote, dont c’est le premier film, va retrouver ses condisciples de classe, afin de passer, avec eux, dans les tous prochains jours, ses examens de fin d’année scolaire…

Quelques instants plus tard, particulièrement ému, les yeux humides, Luka Dhont, qui, pour assurer la justesse du sujet à l’écran, avait pris soin de s’entretenir avec plusieurs personnes transgenres, ajouta : « C’était un moment émotionnel énorme. Mes larmes parlent d’elles-mêmes ».

Ajoutons que Luka Dhont a fait le choix dramaturgique, pour tourner « Girl », de ne donner qu’un seul parent à son héroïne. Ainsi, explique-t-il, « Lara prend la place de la femme dans la famille et le lien entre le père et sa fille est, de ce fait, d’autant plus renforcé ».

Synopsis de « Girl » : « Lara (Victor Polster), rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline que lui impose Lara, car celle-ci est née dans le corps d’un garçon. »

Se mettant à imiter un certain Donald Trump, Alda Greoli, Ministre de la Culture et de l’Enfance de la Fédération Wallonie-Bruxelles, a « tweeté » ce message, ce dimanche 20 mai, à 10h13 :

#CameradOr #Girl (1/2) Ce prix salue l’audace d’un très jeune créateur cinéaste qui a osé porter à l’écran avec finesse la thématique du transsexualisme. Je me réjouis d’autant+ en cette semaine de lutte internationale contre l’homophobie et les discriminations liées au genre.

Soulignons le choix fait par Lukas Dhont (26 ans) de tourner son film à la fois, avec des acteurs intervenant dans leur langue, en français ou en néerlandais, n’hésitant pas à déclarer : « Je veux me ‘profiler’ comme un réalisateur belge et pas flamand« , précisant avoir déjà eu recours à ces mêmes deux langues dans ses courts-métrages…

… Une preuve de plus, pour nous, Belges, qu’à l’image du « Kunstenfestivaldesarts », que dans le monde des Arts et de la Culture, il n’existe pas de frontières entre nos différentes Communautés et Régions.

Notons que Victor Polster, dont l’apparence à l’écran ressemble à s’y méprendre à celle d’une fille, s’est notamment entraîné à poser sa voix de manière à ce qu’elle paraisse la plus féminine possible. Etudiant à l’ « Ecole Royale de Ballet d’Anvers », se destinant à devenir un danseur professionnel, il a dû, par ailleurs, réaliser des pointes, une fois dans la peau de Lara, alors que ce n’est pas habituel pour un homme en danse classique.

Pour ce qui est de la « Palme d’Or », elle est revenue à « Une Affaire de Famille », du Japonais Hirokazu Kore-eda (2018/121′), le « Prix du Jury » revenant à « Capharnaüm », de la Libanaise Nadine Labaki (2017/123′), deux films évocant des « enfances saccagées », notre collègue Jacques Mandelbaum, soulignant dans le quotidien français « Le Monde » : « Tout dans ce palmarès atteste d’une volonté d’ouverture aux maux du monde et d’une intention fortement revendicative… »

Yves Calbert.

  • "Camera d'0r", à Cannes, pour un Film belge: "Girl"
  • Luka Dhont et Victor Polster (c) Alberto Pizzoli/"AFP"
  • Luka Dhont et Victor Polster (c) Alberto Pizzoli/"AFP"
  • Luka Dhont
  • Le Grand Ecart de Victor Polster (c) Stephane Mahe/"Reuter"
  • Lara (Victor Polster) (c) "Diaphana Productions"
  •  "Lara" (Victor Polster) et deux aures Danseuses (c) "Diaphana Productions"
  • Lara (Victor Polster) (c) "Diaphana Productions"
  • Alda Greoli (c) Thierry Rogge/"Belga"i
  • Hirokazu Kore-Eda et sa "Palme d Or" (c) Loic Venance/"AFP"
  • "Une Affaire de Famille"(c) "Fuji Television  Netwokgaga Corporation"
  • Nadinae Labaki sur le Tournage de "Capharnaum"
  • "Capharnaum" (Nadinae Labaki)
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