Houffalize. Wallon. Pâkî è ratata, buis et crécelle

Ratata. On voit la lame de bois qui va faire du bruit sur la roue crantee. Pose du buis benit derriere un crucifix.

Houffalize. Wallon. Pâkî è ratata, buis et crécelle. Mots et expressions de Pâques et leurs usages.

Ratata (nom masc.). En français : crécelle. Petit instrument en bois faisant ratata lorsque sa lame craque sur la partie crantée du manche.
C’est avec un ratata que enfants de chœur faisaient le tour des rues pour annoncer les offices durant le triduum pascal (les trois derniers jours de la semaine sainte), en remplacement des cloches « parties à Rome pour en revenir avec les œufs ».
Cet usage a pris fin au concile Vatican II, vers 1960.
La petite chansonnette « Ratata carème è va, ratata carème èst foû » (le carême s’en va, le carême est dehors) se chantait le dernier jour, et les gens sortaient de leurs maisons pour donner leurs œufs de Pâques aux enfants de chœur. Cette coutume avait toutefois disparu avec l’interdiction, pour les enfants, de parler wallon.
Au figuré, on appelle encore on ratata, ou one calpète, une personne qui parle beaucoup.

Pâkî. Le buis. Le buis est béni le dimanche des rameaux. C’est en relation avec Pâques qu’il porte ce nom.
il y avait du buis dans bien des jardins, près des églises, dans les cimetières.
Comme il est toujours vert, c’est un symbole évident de l’éternité.
Le buis bénit, donc qui a été béni en petites branches coupées, on en mettait à beaucoup d’endroits.
Notamment derrière le crucifix au mur de chaque pièce d’une maison et dans certains endroits publics (écoles, cafés…)
On voit encore sur d’anciens monuments funéraires un bénitier creusé, où une petite branche de buis bénit était en permanence à la disposition de la famille qui, avant de se recueillir, s’en servait pour « signer » la tombe.
Dj’a stou pâker lès fosses. J’ai été renouveler le buis sur les tombes. Usage encore bien respecté au Grand-Duché.
Si on avait planté un buis dans le parterre d’une tombe (on peut le tailler facilement pour le maintenir en petite boule) et qu’il fleurisse, c’était considéré portant malheur.
Dans les villages, on faisait une grande consommation de buis bénit. Dans les étables, au harnais des chevaux…
Une coutume singulière : planter du buis à trois angles de son jardin ou de ses champs pour attirer la bénédiction du Ciel, mais laisser sans buis le quatrième angle, par lequel sortiront les bébêtes nuisibles : limaces, taupes…
Jusque bien après le concile, les vielles personnes, à Houffalize, brûlaient encore du buis par gros orage, pour éviter la foudre. Avec la formule : sègne tu pére, il aloume (il y a des éclairs).
De toute façon, le buis bénit ne peut finir que dans du feu, sous forme de cendres.
Pour savoir si aujourd’hui on peut le mettre dans son compost, s’adresser au clergé.

René Dislaire © Houffalize, le 31 mars 2018

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Grammaire wallonne et française. Béni ou bénite ?
Le participe passé conjugué est toujours béni ( bèni en wallon).
Mais s’il est adjectif, et qu’il s’agit de l’effet d’une bénédiction rituelle, il y a un « t » final à l’a : de l’eau bénite, di l’bènite èwe. Voici du buis bénit, je vous assure qu’il a été béni.
On parlera du commerce des chapelets bénits et des médailles bénites à Lourdes.
Mais l’usage du « t » final en dehors de ces rituels liturgiques se perd. Le pain bénit fait place au pain béni en bien des circonstances (donc pas uniquement dans le sens d’aubaine). Nous n’avons jamais entendu parler de voitures bénites à propos de celles qui ont été bénies à St-Antoine (Manhay) ni chattes bénites celles qui ont été bénies par le curé, à Houffalize, à la St-Hubert.
Et on revient de Rome avec une médaille bénie plutôt que bénite, même si elle a été bénie par le pape.
Houffalze, cité hôte du Balfroid, le 31 mars 2018
R. D.

Présentation. Le buis et la crécelle, li pâki èst l’ratata, on n’en parle plus pour ainsi dire qu’à Pâques. Ces mots n’ont guère engendré d’expressions en wallon, mais ils évoquent tant d’usages disparus !