“Jean-François Millet Rétrospective”, jusqu’au 22 Janvier, aux “Beaux-Arts”, à Lille

écrit par YvesCalbert
le 20/01/2018
“Jean-François Millet Rétrospective”, jusqu’au 22 Janvier, aux “Beaux-Arts”, à Lille

Doublée d’une exposition “Millet USA”, l’expo “Jean-François Millet Rétrospective”, proposée jusqu’à ce lundi 22 janvier inclus, au “Palais des Beaux-Arts”, à Lille, a le grand mérite de présenter un peintre davantage estimé aux Etats-Unis qu’en Europe.

C’est ainsi qu’avant d’entrer dans la salle d’exposition, dans le hall faisant face aux quinze plans-relief de villes fortifiées par Vauban, sous l’Ancien Régime français, réalisés au 18ème siècle, dont celui de la Ville belge de Namur, nous découvrons des extraits de films et des photographies nous révélant à quel point les peintures de Jean-François Millet (1814-1875) ont influencé des photographes américains, tels Walker Evans, Lewis Wickes Hine, Edward Hopper, Dorothea Lange et Arthur Rothstein.

“Floyd Burroughs, Shacropper”/Walker Evans (c) “Library of Congress, Prints & Photographs Division, Washington DC”
Au niveau du cinéma, plusieurs réalisateurs, de Terrence Malick à Gus Van Sant, en passant par Michael Cimino, ont puisé dans l’œuvre de Jean-François Millet , explorant la comédie et la tragédie humaine, pour mettre en images et en mouvements ses peintures, dans des films de far-west ou des road movies, faisant la démonstration de la puissance et de l’universalité du peintre normand.

Sur le plan de l’art contemporain, à la gauche de l’entrée de la salle consacrée à cette fort intéressante rétrospective de l’oeuvre de Jean-François Millet, nous sommes interpellés par une oeuvre contemporaine du “street artist” britannique “Banksy” (Robin Gunningham/°1974), qui n’hésite pas à détourner “L’Eté, les Glaneuses” (une oeuvre de Jean-François Millet, peinte en 1853, en faisant sortir de ce tableau original l’un des personnages, une ouvrière noire qu’il peint fumant une cigarette, regardant vers l’extérieur, l’asseyant à l’avant plan, à même le cadre de la toile, souhaitant, ainsi, dénoncer l’exclusion des populations noires aux Etats-Unis. Notons encore que “L’Eté, les Glaneuses” a, aussi, inspiré le photographe-sociologue américain Lewis Wickes Hine (1874-1940), pour la composition de sa photographie originale, réalisée, quant à elle, en 1910.

Evoquant cette photographie, ainsi que les autres clichés américains exposés au “Palais des Beaux-Arts” lillois, Louis Gevart écrit : “Le travail de la terre, la solitude d’un paysage rural, l’Homme et la religion : autant de thèmes qui ont su trouver une résonance particulière aux Etats-Unis, où la peinture de Millet est devenue, dès le début du 20ème siècle, une référence pour les peintres et les photographes, mais aussi les cinéastes ert la culture pop. Hommages explicites ou simples allusions, “Millet USA” prolonge la rétrospective consacrée au peintre, dans une perspective actuelle”.

Aussi, la peinture choisie pour l’affiche de la présente rétrospective, “L’Homme à la Houe (1860-1862) constitue l’archétype du paysan normand du 19ème siècle, mais aussi du pionnier ayant raversé l’Atlantique pour s’établir en territoire inconnu, aux Etats-Unis, alors même que la photo (1935) due à l’Américaine Dorothea Lange (1895-1965), retenue pour celle de l’expo “Millet USA”, nous présente une paysane, probablement émmigrée, avec deux de ses sept enfants.

Une fois à l’intérieur de la salle consacrée aux expositions temporaires, lisons ce que Jean-François Millet, lui-même, écrivait : “Mes commencement de peinture … c’est un peu comme de montrer à quelqu”un ses premières pages d’écriture” (lettre à M. Leduc, 8 mai 1865), “C’est le Côté humain, franchement humain, qui me touche le plus en art” (lettre à Alfred Sensier, 1er février 1851). “Vous avez bien fait d’appuyer sur le rustique, car, en somme, si ce côté ne marque pas un peu dans ce que j’ai fait, c’est que je n’ai rien fait du tout” (lettre à Alfred Sensier, 22 avril 1867).

“L’art de Millet est un art de l’observation et de la mémoire. Millet regarde, observe, observe encore et laisse les images s’imprégner en lui avant de les traduire par le crayon, sur le papier, ou par le pinceau, sur la toile. Dans ce travail, le quotidien tient une place privilégiée. Millet observe, sans les déranger et comme à distance, les jeunes-filles qu’il voit se baigner, sommeiller, tricoter, innocentes, belles, naturelles. Il aime, aussi, peindre les femmes, mères et épouses, occupées aux tâches traditionnelles de la maison. Elles filent, font le pain, nourrissent l’enfant, les enfants. Ces peintures, très éloignées des grandes figures héroïques du monde paysan, sont pour le peintre Millet l’occasion de s’exercer à ce qu’il appelle sa ‘manière hollandaise’, une manière de transposer, dans le monde rural du 19ème siècle, la peinture de genre hollandais du 17ème siècle, que l’on redécouvre alors en France” (extrait du catalogue).

Autres appréciations de son travail : “Il cherchait l’essentiel, il l’a trouvé” (Paul Mantz, historien de l’art, 2 mars 1875), “M. Millet traite la Bible en réaliste” (Félix Tournachon, dit “Nadar”, photographe, 22 juin 1861). Notons, de fait, que la Bible a inspiré Jean-François Millet dans certaines de ses créations : “La profonde innutrition de sa pensée par la religion se lit, par ailleurs, dans nombre de ses oeuvres, dont la série des femmes apprenant à coudre, ou tricoter, ou lire à leur petite fille, dans des postures qui rappellent Ste. Anne éduquant la Vierge, et celles des mères et maternités si proches des Vierges à l’enfant des églises de son enfance” (extrait du catalogue).

Ainsi, son travail inspiré par la Bible est exposé dans la quatrième des cinq sections scénographiées, avec goût, par le “Palais des Beaux Arts”, à Lille, les autres sections étant : 1. “Millet avant Millet”, 2. “Rustique”, 3. “Intime”, 5. “Infini(s)”. En écho à cette dernière section, lisons le vers extrait du “Paradis perdu“, du poète britannique John Milton (1608-1674) : “Il chante, l’air répond, et le silence répond.”

Bien sûr, nous nous devons d’évoquer “L’Angélus” (1857-1859), que Léon Gambetta analysait ainsi, en 1881 : “La peinture ainsi comprise cesse d’etre un pur spectacle; elle s’élève et prend un rôle moralisateur, éducateur”. Par ailleurs, dans sa lettre, du 16 mars 1865, adressée à Siméon Luce, Jean-François Millet décrivait son tableau en ses quelques mots : “L’Angélus dont on vous a parlé est un tableau de deux figures, je ne puis vous en dire autre chose, sinon que je l’ai fait en pensant comment, en travaillant autrefois dans les champs, ma grand mère ne manquait pas, en entendant sonner la cloche, de nous faire arrêternotre besogne pour dire l’Angélus pour ces pauvres morts, bien pieusement et le chapeau en main.”

Ouverture : ces samedi 20 et dimanche 21 janvier, de 10h à 18h, ainsi que ce lundi 22, de 14h à 18h. Prix d’Entrée : 10€ (8€, en tarif réduit // 7€, ce lundi 22, à partir de 16h30 // 0€, jusqu’à 11 ans inclus // 11€ (9€ et 8€), incluant l’accès à la collection permanente.

Site Web : www.pba-lille.fr.

Egalement à voir, à Lille, au “Musée de l’Hospice Comtesse”, jusqu’au 15 avril : “Héros de Fil et de Bois, Marionnettes de Lille et de Roubaix”, une exposition qui se doit d’intéresser le public belge attaché au “Tchantchès” liégeois ou aux marionnettes bruxelloises de “Toone”.

Yves Calbert.

  • “Jean-François Millet Rétrospective”, jusqu’au 22 Janvier, aux “Beaux-Arts”, à Lille
  • “Jean-François Millet Rétrospective”, jusqu’au 22 Janvier, aux “Beaux-Arts”, à Lille
  • “Jean-François Millet Rétrospective”, jusqu’au 22 Janvier, aux “Beaux-Arts”, à Lille
  • Jean-François Millet (c) "Nadar" (Felix Tournachon)
  • "Floyd Burroughs, Shacropper"/Walker Evans (c) "Library of Congress, Prints & Photographs Division, Washington DC"
  • "Banski" revisite Jean-François Millet
  • "L'Ete, les Glaneuses" (c) "Yamanashi Prefectural Museum of Art" & "Tenjeta Calone, Philadelphia, 10 years old" (c) "Library of Congress, Prints & Photographs Division, Washington DC"
  • "L Homme a la Houe" (c) "The J. Paul Getty Museum" & "Destitute Pea Pickers in California" (c) "Library of Congress, Prints & Photographs Division Washington DC"
  • "Paysane adossee contre une Meule" (c) (c) "Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais" /Sophie Boegly
  • "La Becquee" (c) "RMN Grand-Palais"/Jacques Quecq d'Henripret
  • "Bergere avec son Troupeau" (c) "RMN Grand-Palais"/Michel Urtado
  • "L'Automne : les Meules" (c) "The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMN-Grand Palais"
  • "L'Angelus" (c) "Musee d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais" /Pierre Schmidt
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