« Le Marquis de Wavrin, du Manoir à la Jungle », à Namur

Leoplod III recevant le Marquis de Wavrin

Ce mardi 13 mars, à 20h, au "Caméo", à Namur, projection d'un document assez exceptionnel, "Le Marquis de Wavrin, du Manoir à la Jungle" (Grace Winter & Luc Plantier/Bel./2017/85'), fruit du travail d'une chercheuse à la "Cinémathèque royale de Belgique", Grace Winter, qui sera présente, avec Luc Plantier, co-réalisateur de cet étonant documentaire belge.

"Quelques milliers de mètres de pellicule, quelques centaines de photos, de nombreux carnets, et des coupures de presse. Les traces laissées par Robert de Wavrin (1888-1971), cinéaste, explorateur et ethnologue des années '20-'30, font la matière prodigieuse d’un documentaire qui ne l’est pas moins" ("Les Grignoux").

Finançant ses explorations avec sa fortune personnelle, de 1913 à 1937, ce Marquis, issu d’une des plus vieilles familles de l’ancien Comté de Flandre, a exploré l'Amérique du Sud, étudiant les peuplades indiennes sauvages, principalement dans les bassins de l’Orénoque et de l’Amazone.

Cet aristocrate-aventurier explora, ainsi, ces contrées sauvages avec courage et anti-conformisme, ayant réalisé sept courts et quatre longs-métrages. Parmi ces derniers, trois  films restaurés furent projetés, en octobre-novembre 2017, au "Flagey", à Ixelles : “Au Pays du Scalp” (1931), l'un des premiers documentaires “ethnographiques”, réalisé entre 1926 et 1930, à la découverte de certaines zones inexplorées de la forêt équatorienne, évoquant, notamment, la réduction des têtes humaines chez les Shuars, plus connus sous le nom de Jivaros ; "Chez les Indiens Sorciers" (1933), réalisé lors d’un voyage en Colombie (1932-1933), de Wavrin étant allé à la rencontre de diverses ethnies d’Indiens (Arawak, Choco, Guahibo, Motilón, …), ayant pu filmer des rituels auxquels aucun étranger n’avait pu assister auparavant ; et "Venezuela, petite Venise" (1937), naît de l’ambition du Marquis de trouver les sources du fleuve Orénoque, au Venezuela.

Ainsi, le présent documentaire, co-réalisé par Grace Winter & Luc Plantier, nous ouvre les portes d’une époque et d’un monde engloutis, dressant le portrait passionnant d’un homme investi et radicalement non conventionnel, ayant rapporté, de ces expéditions, des milliers de photographies et écrit une dizaine de livres, dont l'un, "Mythologie, Rites et Sorcellerie des Indiens de l'Amazonie" ("Éditions du Rocher"/1979/392 pages) fut publié à titre posthume, avec une préface rédigée par Léopold III (1901-1983), certaines des photos du Roi, lui aussi passionée par ces ethnies amazonniennes, illustrant ce dernier ouvrage du Marquis Robert de Wavrin.

Extrait de cette préface royale : « ... Le Marquis de Wavrin a effectué de très grands et longs voyages. Il a parcouru en tous sens le vaste continent sud-américain. Toujours, il a su se concilier la sympathie et gagner la confiance des peuplades au milieu desquelles il fit des séjours de plusieurs années. Cette expérience exceptionnelle, jointe à un sens aigu de l’observation méticuleuse et scientifique, confère une valeur incontestable à son livre, où sont décrites et analysées les croyances religieuses et les pratiques magiques des Indiens.»

... Ces mots pouvant, tout autant, présenter le présent documentaire, monté par Luc Plantier, rendant hommage à ce Noble-Ecrivain-Photographe-Cinéaste, longtemps exilé au-delà de l'Atlantique, ayant approché ces peuples, aujourd'hui décimés, certains ayant disparu depuis lors, avec un regard dépourvu de préjugé, comme d’autocensure, la censure officielle, s’étant empressée, de son côté, de couper des scènes qu'elle estimait trop « osées », ces dernières se retrouvant, désormais, à l'écran, grâce aux recherches de Grace Winter.

A souligner que le Marquis de Wavrin a confié une grande partie de ses collections à divers musées, dont les "Musées Royaux d’Art et d’Histoire" et l’ "Institut royal des sciences naturelles", à Bruxelles, ainsi que le "Natural History Museum", de Londres et le "Musée de l’Homme", à Paris.

Par ailleurs, également intéressé par la faune et la flore, il découvrit plusieurs espèces jusqu'alors inconnues, comme un poisson, le "Biotodoma Wavrini", dont le nom s'inspira du sien.

Alors, ne manquons pas de suivre "ce récit passionnant d’une aventure humaine hors-norme, illustré d'une époustouflante présence d’images arrachées au passé, respirant le présent, comme si elles naissaient sous nos yeux... Un documentaire exemplaire de rigueur et au suspense digne d’un polar. Un formidable travail de restauration et de mise en forme d’archives précieuses de notre cinémathèque nationale" (Les Grignoux").

Yves Calbert.

Photos en Jungle sud-américaine : (c) Marquis de Wavrin/"Cinémathèque royale de Belgique".