« Shakespeare romantique », à Namur, jusqu’au 25 Février

écrit par YvesCalbert
le 14/02/2018
« Shakespeare romantique », à Namur, jusqu’au 25 Février

Grâce à la collaboration du « Musée du Louvre », du « Musée d’Orsay » et du « Musée National Eugène Delacroix », une soixantaine de peintures, gravures, affiches et sculptures sont rassemblées au « Musée Félicien Rops », jusqu’au dimanche 25 février, afin de nous donner toute la mesure de l’impact du théâtre de William Shakespeare (1564-1616) sur les arts plastiques, au 19éme siècle, dont les représentations continuent à inspirer les metteurs en scène et les comédiens du 21ème siècle.

Présentée à Saint-Omer, au « Musée de l’Hôtel Sandelin », du 24 mai au 31 août 2017, l’exposition temporaire « Shakespeare romantique » est présente à Namur depuis le 21 octobre et ce pour quelques jours encore.

« Ah, la vie a des moments drôles et imprévus & sublimes à la fois comme dans Shakespeare ! », écrivait Félicien Rops (1833-1898), dans sa lettre, non datée, à Edmond Lambrichs, Eugène Delacroix (1798-1863), quant à lui, écrivant : « William Shakespeare, un sauvage contemplateur de la nature humaine ».

Quant à Véronique Carpiaux, Conservatrice, depuis 2006, du « Musée Félicien Rops », elle écrit au sein d’un catalogue fort bien illustré, d’un format pratique à consulter : « Du théâtre aux crânes de « Hamlet », en passant par la musique, Shakespeare pénètre l’oeuvre de Rops, bien au-delà d’une représentation stricto-sensu des héros des tragédies. BIen présente en Belgique et en France, durant le 19ème siècle, l’influence du dramaturge anglais pénètre le champ icoographique d’autres artistes belges, comme Constantin Meunier, Charles Samuel ou Alfred Stevens, pour ne citer qu’eux. »

… Les crânes de « Hamlet », évoqués par Véronique Carpiaux, nous les retrouvons dans la première salle de l’exposition, Félicien Rops en dessinant un, placé sur la paume de la main d’une femme, sa gravure « Les Oeuvres inutiles et nuisibles » (1878-1880), frontispice publié dans l’ouvrage monographique qui lui est consacré (parue dans « Erastene », 1887). Pour notre artiste namurois, ce crâne sert de récipient d’où surgissent des plantes et des fleurs.

Dominique de Font-Réaulx, Directrice du « Musée National Eugène Delacroix » et co-commissaire de la présente exposition, de son côté, écrit : « Shakespeare demeure une énigme pour les historiens, ses textes sont un défi aux adaptateurs, mais l’oeuvre complexe du dramaturge a réussi le prodige d’être universelle, dans le temps et dans l’espace, appréciée de nos contemporains, comme elle le fut de son temps; l’exposition « Shakespeare romantique », la première consacrée à ce sujet, est dédiée à la manière dont les artistes français (et belges, ndlr) romantiques – peintres, sculpteurs, graveurs, acteurs et pètes – ont vu dans le dramaturge anglais de la fin du 16ème siècle et du début du 17ème siècle une source d’inspiration pour leurs propres oeuvres. Ils ont observés dans ses oeuvres la possibilité d’un renouvellement de l’art du théâtre et de la peinture. Shakespeare est, ainsi, devenu une icône romantique. »

… Ainsi, Eugène Delacroix (1798-1863), grand représentant du mouvement romantique français, n’hésite pas, en 1821, de peindre son autoportrait en « Hamlet » (oeuvre de Shakespeare, publiée en 1603), quatre ans avant de se rendre sur l’île britannique, écrivant, dans son « Journal », en 1847 : « L’exécution dans la peinture doit toujours tenir compte de l’improvisation, et c’est en ceci qu’est la différence capitale avec celle du comédien… Les Anglais sont tous Shakespeare. Il les a presque faits pour ce qu’ils sont en tout. »

Dans la grande salle du rez-de-chaussée, nous retrouvons plusieurs représentations d’ « Ophélie », l’amoureuse d’ « Hamlet », qui, « sous des airs de femme fatale, synthétise le discours médical sur la vision d’auteurs aux propos mysogines … En Angleterre, les peintres préraphaélites s’inspirent de son Ophélie (d’Eugène Delacroix, avec « La Mort d’Ophélie« , en 1853, ndlr) pour peindre ce drame où féminité, jeunesse, folie, nature et mort s’associent en une figure poétique unique » (Dominique de Font-Réaulx).

Après avoir assisté à une représentation théâtrale, à l’ « Odéon », à Paris, un critique du « Figaro » écrivait, le 13 septembre 1827 : « Ces cris de miss Smithson (1800-1854, l’actrice irlandaise qui incarnait « Ophélie », ndlr), ses larmes arrêtées ce chant monotone, ce voile noir qu’elle croit jeter sur une tombe, cette pose gracieuse et si noble, quans elle est à genoux, ses derniers adieux à Hamlet, sa sortie sublime, tout cela met bien loin les talents tragiques qui nous restent. »

… Quant aux circonstances du décès d’ « Ophélie », elles sont laissées « à l’imagination des artistes romantiques (dont et symbolistes, sa folie et son suicide supposé devenant emblématiques de l »hystérie féminine, incarnant, dorénavent la pulsion de mort, au moment où la fin de siècle bascule dans la décadence » (Dominique de Font-Réaulx).

A l’étage du « Musée Félicien Rops », nous retrouvons Eugène Delacroix, dont l’oeuvre « Roméo et Juliette au Tombeau des Capulet » (vers 1850) a été choisie pour illustrer l’affiche de la présente exposition, un petit écran vidéo nous montrant des extraits de films d’ adaptations cinématographiques datant des grands débuts du « 7ème Art »… Mais revenons à la peinture à l’huile d’Eugène Delacroix, qui a choisi de représenter ces deux adolescents « dans un décor dépouillé, les corps enlacés étant observés dans l’ombre, cultivant l’image de ‘Roméo et Juliette’ que leur histoire rend fascinante » (Dominique de Font-Réaulx).

« Dans la continuité du romantisme, les artistes symbolistes ont, à leur tour, représenté les héros shakespeariens, tels des archétypes des passions humaines. Constantin Meunier (1831-1905), Alfred Stevens (1823-1906), Eugène Smits (1826-1912) et d’autres artistes belges subissent l’influence du théâtre anglais pour laisser transparaître leurs doutes et interrogations face à cette fin-de-siècle qu’ils tentent d’apprivoiser » (Dominique de Font-Réaulx).

Artistes exposés : Jules-Robert Auguste, Louis Boulanger, Jules Bastien-Lepage, Léopold Burthe, Leonetto Cappiello, Albert Ciamberlani, Thomas Couture, Théodore Chassériau, Eugène Delacroix, François-Emile Ehrmann, Ernest Hébert, Amédée-Ernest Lynen, Constantin Meunier, Luc Olivier Merson, Gustave Moreau, Alfons Mucha, Tony Robert-Fleury, Félicien Rops, Charles Samuel, Eugène Smits, Paul Steck, Alfred Stevens.

A souligner les trois intéressantes initiatives prises par le « Musée Félicien Rops » et sa dynamique conservatrice, Véronique Carpiaux, à l’occasion de cette très intéressante exposition. Tout d’abord, l’organisation d’ateliers de gravure, à destination d’associations du champ social. Ensuite, destinées aux étudiants du secondaire, une animation théâtrale, proposée par le « Théâtre Jardin Passion », d’une part, et, d’autre part, une visite immersive en anglais, prise en charge par un professeur britannique du « CLL » (« Centre des Langues de Louvain-la-Neuve »).

Ouverture : jusqu’au 25 février, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Prix d’Entrée : 3€ (prix réduit : 1€50 / membre d’un groupe scolaire : 1€ / moins de 12 ans et « article 27 » : 0€. Prix combiné avec la Collection permanente : 5€ (prix réduit : 2€50 / moins de 12 ans et « article 27 » : 0€). Prix de l’Audio-Guide : 2€. Catalogue : « Shakespeare romantique – Füssli, Delacroix, Chassériau » (Dominique de Font-Réaulx et Marie-Lys Marguerite / Ed. « Musée de l’Hôtel Sandelin » / broché / 2017 / 90 p. / 6€) . Site web : www.museerops.be (dossier pédagogique disponible).

Yves Calbert. Illustrations : (c) « Musée Félicien Rops ».

  • « Shakespeare romantique », à Namur, jusqu’au 25 Février
  • "Ophelie", Paul Steck, 1894
  • "Les Oeuvres inutiles et nuisibles", Felicien Rops
  • "Autoportait en Hamlet", Eugene Delacroix, 1821
  • "La Mort d'Ophelie", Eugene Delacroix, 1853
  • "Ophelie", Leopold Burthe, 1852
  • "La Mort d'Ophelie", Jules Bastien-Lepage, 1881
  • "Roméo et Juliette au Tombeau des Capulet", Eugene de Delacroix, 1850
  • "Lady Macbeth", Alfred Stevens,
  • "Hamlet", Gustave Moreau, 1850
  • Atelier de Gravures
  • Atelier theatral
  • « Shakespeare romantique », à Namur, jusqu’au 25 Février
369 lectures
Portrait de YvesCalbert
YvesCalbert