A Roubaix, "L'Algérie de Gustave Guillaumet", jusqu'au 02 Juin

"Tisseuses a Bou-Saada" (c) de l Affiche : Rene-Gabriel Ojeda/"Musee d Orsay" "La Famine en Algerie" (1868/309 x 234 cm/"Musee Public National Circa", a Contantine) A droite, "La Famine en Algerie" (c) Baziz Chibane/"La Voix du Nord" "Le Labour" (n.d./116 x 165 cm/"Musee des Beaux-Arts"/Limoges) "Priere du Soir au Sahara" (1863/137 x 285 cm/"Musee d Orsay"/Paris) "Marche arabe dans la Plaine de Tocria" (1877/211 x 342 cm/"Palais des Beaux-Arts"/Lille) "Bivouac des Chameliers" (1875/173,5 x 285 cm/Mairie/Brantome) "Laghouat" (1879/122 x181 cm/"Musee d Orsay"/Paris) "La Seguia, pres de Biskra" (1885/100 x 155,5 cm/"Musee d Orsay"/Paris) Gustave Guillaumet, photographie en Bedouin Ceramiques collectionnees par Claude Vicente Naime Merabet, devant sa photographie de sa grand-mere (c) Baziz Chibane/"La Voix du Nord" A Medea, en argentique (c) Naime Merabet Portrait d Aicha (1866/Constant Joseph Brochard) Oeuvre de Diego Rivera, exposee au "Musee de l Hospice Comtesse"

Figure essentielle de la peinture orientaliste du XIXe siècle, Gustave Guillaumet (1840-1887) reçoit un bel hommage en voyant une centaine de ses oeuvres exposées, dont, davantage méconnus, quelques travaux graphiques, juqu’au dimanche 02 juin, au« Musée d’Art et d’Industrie André Diligent »
(« Musée de la Piscine »), récemment rénové, à Roubaix.

« Tisseuses à Bou-Saâda », choisie pour illustrer l’affiche, nous révèle, parmi d’autres oeuvres, que ce peintre peut entrer dans les maisons villageoises, occasion pour lui de montrer la pauvreté certes, mais surtout la dignité des femmes qui travaillent, ces dernières, peintes par lui, n’ayant rien à voir avec celles de d’Eugène Delacroix (1798-1863), qui sont telles que les imaginent les Occidentaux, plus proches de courtisanes que de paysannes.

Cette superbe exposition – qui fut à l’affiche des « Musées des Beaux-Arts », à La Rochelle, en 2018, et à Limoges, en 2018-2019 – révèle de nombreuses œuvres méconnues, notamment de grands et ambitieux tableaux de « Salons » qui marquèrent leur époque, des toiles inconnues empruntées au riche fonds familial préservé et un bel ensemble de dessins, qui dévoile un véritable maître du trait. Entre fascination et lucidité, elle évoque, dans le contexte historique de la colonisation, l’attrait du désert abyssal et l’observation scrupuleuse de la vie quotidienne. Dans cette dualité, l’artiste révèle un regard singulier sur l’Algérie, qui renouvelle profondément, à travers une vision très personnelle et empathique, les thèmes et les clichés de la peinture orientaliste.

Parmi ses toutes grandes peintures à l’huile notons la présence d’une oeuvre historique fraîchement restaurée (pour un montant estimé à 24.000 €, largement assuré par un financement participatif), « La Famine en Algérie » (1868/ 309 x 234 cm/« Musée Public National Circa », à Contantine), qui fut retrouvée roulée, sans châssis, telle un simple poster. Peu appréciée durant le Salon de 1869, à cause de l’horreur de son motif et la franchise de son exécution, elle témoigne fort bien de cette famine aggravée par des épidémies, sans doute liées à l’arrivée des occidentaux et par le manque de réserves de céréales, qui décima un tiers de la population algérienne.

Dans « Propos d’Art à l’Occasion du Salon de 1869 »(Ed.« Michel Levy »/Paris/1869), Paul Casimir Pérrier écrivait :« Ce sont aussi de ces sujets plus que laids, affreux et d’ailleurs inutiles, que le souffle d’un grand génie pourrait seul embellir… », commentant cette ambitieuse composition « delacroissienne », aujourd’hui unanimement appréciée, Gustave Guillaumet ayant prouvé, à cette occasion, son écoute attentive des drames de la population algérienne d’origine, ce tableau représentant un ensemble esthétique et physique cohérent, où l’amour et la sensibilité y côtoient la force et la hargne contre la pauvreté, la lâcheté et la misère humaine…

Les visiteurs de ce Salon lui préfèrent « Le Labour » (n.d./116 x165 cm), dans lequel le peintre évoque le sort des paysans pauvres, une femme conduisant l’attelage, un bébé sur le dos, dans un langage plastique naturaliste, où l’accent porte sur l’archaïsme de la tâche et sa pénibilité, en harmonie avec un paysage sauvage et grandiose.

Soulignons que Gustave Guillaumet découvre l’Algérie par hasard, alors qu’il devait embarquer pour l’Italie, après avoir été second du Grand-Prix de Rome, en 1861. Fasciné par le pays qu’il parcourt passionnément, il lui consacre sa courte vie, allant jusqu’à y vivre comme et avec les Algériens. Au fil de ses séjours prolongés, il en apprivoise les espaces et la lumière si particuliers. Cet artiste – ethnologue, chroniqueur sensible d’une période d’intenses et douloureux bouleversements – s’attache au quotidien d’une population en souffrance et souvent miséreuse.

Grâce à des prêts importants consentis par de grandes collections publiques (des « Musées des Beaux-Arts », à La Rochelle et à Limoges, et« d’Orsay », à Paris), ainsi que privées, françaises et internationales, cette rétrospective inédite et prestigieuse étant la première dédiée à l’artiste depuis 1899, nous proposant une véritable révélation de ce peintre naturaliste, éperdument épris des grands espaces et des habitants de l’Algérie, aux premiers temps du joug colonial.

Reconnue d’intérêt national, par le Ministère de la Culture et de la Communication, Direction générale des Patrimoines, Service des musées de France, cette expo bénéficie d’un soutien exceptionnel de l’Etat français. et du « Musée d’Orsay ».

Notons que, comme tous les voyageurs de son temps, Gustave Guillaumet ne parcourt ces régions, que grâce à la protection de l’armée et des Affaires indigènes qui lui fournissent d’indispensables guides, voire, parfois, un logement, un atelier ou des modèles. En outre, ses amitiés avec des officiers de haut rang, bons connaisseurs des cultures locales, mais aussi bras armé de la domination coloniale.

La femme algérienne, dans des scènes de genre très réalistes, trouve dans son œuvre un statut social central que l’orientalisme avait gommé au bénéfice d’un exotisme de pacotille. Observateur ébloui du désert, il en donne une vision quasi mystique, d’une force étonnante et d’une présence inégalée.

« Laghouat » (1879/122 x181 cm) est, sans aucun doute, l’une des plus belles peintures de l’exposition, l’artiste nous rendant au mieux la lumière du sud, si difficile à saisir. Ici hommes et paysages sont liés, comme embarqués sur le pont d’un immense navire qui naviguerait sur les sables, avec, à la proue, un minaret, les habitants étant paisibles, dans le soir qui tombe…

« La scène de ‘La Séguia, près de Biskra’ (1885/100 x 155,5/peinte deux ans avant son décès, ndlr) témoigne de la connaissance intime d’un village des Ziban (montagnes de l’Algérie méridionale, ndlr), de la description si précise des canaux à la gestuelle des figures ou à la luminosité particulière de ce milieu humide, tôt le matin… Quant au groupe des porteuses d’eau, ilinterprète, de façon inédite, le motif antique de la femme à l’amphore que Gustave Guillaumet n’avait jamais »cessé d’éudier, la figure principale (étant) dépeinte dans un doux contrejour… » (catalogue, p. 190)

Juliette Adam, l’amie de Léon Gambetta, l’amène à joindre une carrière d’écrivain à celle de peintre, son livre « Tableaux algériens », étant publiés, à partir de 1879, dans « La Nouvelle Revue ».

A noter que quelques œuvres d’autres artistes, contemporains de Gustave Guillaumet, proposent une mise en perspective avec l’orientalisme de cette génération et le naturalisme, triomphant à la même époque.Résultat de recherche d'images pour "gustave guillaumet oeuvre graphique photos"

Ouverture : de mardi à jeudi, de 11h à 18h, le vendredi, jusqu’à 20h, les samedi et dimanche, de 13h à 18h. Prix d’Entrées (incluant les collections permanentes et toutes les expositions temporaires) : 11€ / 9€, en tarif réduit / 0€, pour les moins de 18 ans, les étudiants en histoire de l’art, les demandeurs d’emploi, les PMR et leur accompagnateur / 13,50€, en combiné avec la « Manufacture de Roubaix » et son expo temporaire « Métamorphose d’une Ville textile ». Audio-Guide : 3€. Catalogue (Ed.« Gourcuff-Gradenigo »/2018/248 p.) : 39€) : Site web : http://www.roubaix-lapiscine.com.

Egalement à découvrir jusqu’au dimanche 02 juin : « Hommage à Claude Vicente » (1929-2017), qui né en Algérie, à Oran, enseigna à Tourcoing, quelques-unes de ses peintures figuratives et abstraites étant exposées aux côtés de différentes céramiques berbères et cabyles qu’il tint à collectionner. Catalogue (Ed. « Snoeck ») : 15€.

Exposant 90 photographies argentiques, en noir et blanc, dans et près des anciennes cabines de bains de « La Piscine », Naime Merabet (°1978), Roubaisien depuis 1981, retourne régulièrement là où il est né, Médéa, dans l’Algérois, là où son grand père tient toujours un café, le « Tout va bien ». Il nous offre, avec son exposition « Fenêtre sur l’Algérie », sa vision emphatique contemporaine de sa ville algérienne natale. Catalogue : 15€.

Complétant ce « Printemps algérien » de « La Piscine », nous découvrons, également, le portrait d’Aîcha (1866), une femme d’ « Abd-el-Kader, l’Emir de la Résistance » (1808-1883), titre de cette exposition-dossier, ce pastel, très fragile, étant l’oeuvre du Lillois Constant Joseph Brochard (1816-1899), d’autres portraits ayant été prêtés par le « Château de Versailles » et le « Musée de l’Armée ». Catalogue (Ed. « Snoeck ») : 15€.

Enfin, mettant en valeur les collections peu connues du Musée, un certain Orientalisme nous est offert par l’accrochage « Belles Feuilles et Petits Papiers », présentant une sélection de gravures orientalistes, d’Aurore Jannon, ainsi que de dessins algériens, d’Henry Vergé-Sarrat et Rolande Déchorain, issus de la donation Valia Boulay.

Et si nous nous rendons à Roubaix, pourquoi ne pas passer un demi journée à Lille, où nous attendent de nombreuses expositions de l’événement culturel 2019, intitulé « Eldorado », avec le Mexique comme invité d’honneur. Entre autres, « Eldorama » nous attend sur les trois étages du « Tri Postal ». Au
« Musée de l’Hospice Comtesse », nous sommes conviés par « Intenso Mexicano » et ses peintures, entre autres, de Frida Kahlo (1907-1954) et Diego Rivera (1886-1957), sans oublier, à l’extérieur, à 100 m de là, sur l’ « Ilot Comtesse », « Mexicraneos, Calaveras » et ses crânes géants, customisés et colorés par différents artistes. Plus problématique, « The U.S.-Mexico Border : Place, Imagination, and Possibility », à la « Maison Folie Wazemmes ». A découvrir, assurément, notamment par nous tous qui n’apprécient guère certaines décisions de Monsieur Trump…

Pour les prix d’entrées des expos d’ « Eldorado » et la présentation détaillée du programme, de nombreuses autres expositions, n’hésitons pas à consultez le site web : http://www.eldorado-lille3000.com.

Yves Calbert.