Li Tchand'leûr ou Fièsse des tchandèles ( La Chandeleur ou Fête de des chandelles ). ( Li calendriyer walon )

La Cathedrale St Lambert e Liege

"Al Tchand'leûr lès djoûs sont ralondjîs d'ine eûre". (A la Chandeleur, les jours sont rallongés d'une heure) ou encore comme avec de nombreux Saints.
."Al Tchand'leûr, l'ivièr passe ou r'prind vigueûr". (A la Chandeleur, l'hiver passe ou reprend vigueur), ou, plus champêtre :
"Qwand l' lurson veût si ombe al Tchand'leuse, i r'mousse è s'trô po six saminnes" (Quand le hérisson voit son ombre - quand les nuits sont claires à cause du gel - à la Chandeleur, il rentre dans son trou pour 6 semaines).ou
"Qwand l'solo lût al Tchand'leûr, i-n'a co po sî saminnes a djaler". (Quand le soleil luit à la chandeleur, il y a encore pour 6 semaines de gel)

Aujourd'hui c''est donc la Fête de la "Lumière"substituée par le pape Gèlase en 472 aux anciennes fêtes païennes de "Proserpine et Cérès" durant lesquelles les participants se promenaient avec des flambeaux dans les champs afin d'avoir une récolte importante, méthode aléatoire mais plus écologique que les pesticides actuels.

C'était la période propice pour la purification de la terre et à Liège, sous les Princes-évêques, un grand feu était allumé sur la place du marché et pour lequel trois jours étaient nécessaires pour en charrier le combustible, ce qui faisait que le feu ne s'éteignait pas la semaine durant, et dans de nombreux villages, le enfants quêtaient du bois et allumaient des feux devant les églises..
Il ne faisait pas bon d'être le dernier marié de l'année à Morialmé, car celui-ci était chargé de transporter le bois nécessaire au feu local. Donc deux fardeaux pour un seul homme.
Ce jour-là, on purifiait également les écuries en faisant brûler des baies de genévrier.

Dans le namurois, les gens sautaient par - dessus les feux afin d'être préservés de la colique et les jeunes filles agissaient de même pour trouver un mari, cela s'appelait "zoubler".
Peut-être aussi à l'origine de l'expression "avoir le feu au derrière" pour celles qui ne sautaient pas assez haut ?
"I fåt quéque fèye mète 'ne tchandèle å diâle". (Il faut parfois mettre une chandelle au diable, flatter pour obtenir).
Les curés distribuaient des chandelles et les maîtres en donnaient à leurs serviteurs et, à Liège, dans la cathédrale Saint Lambert on allumait le grand lustre aux 1000 chandelles, appelé "la Couronne de Lumière".
"èt c'djoû la, li s^ze valéve lès tchandèles). (et ce jour - là, la soirée valait les chandelles, valait la peine).
Les gouttelettes de cire fondue étaient collées - comme "lès nûles" - au-dessus des portes et des fenêtres pour empêcher les "macrales" - système peu efficace contre les belles - mères - et les maladies de pénétrer dans la maison.
A Tilleur et Saint Nicolas, les apiculteurs faisaient le tour de leurs ruches avec un cierge allumé pour que les "mohes à lâme" (abeilles) ne s'écartent pas.

Mais soyez très attentifs aujourd'hui:
- Si le temps est clair, l'année sera belle,
- s'il y a des grands vents : troubles politiques,
- s'il y a du soleil : récoltes plantureuses.
- s'il y a du brouillard : épidémies.

"Mins on n'veut måy pus lon qui l'tchandèle ni lome". (Mais on ne voit jamais plus loin que la chandelle n'éclaire).

Et surtout, n'oubliez pas les "boukètes" qui représentent le disque solaire, le "Dieu Soleil" qui, vu que l'on utilise de la farine de sarrasin, devait être musulman, même si elles ont une origine flamande.

Les "boukètes" ont été importées au 17ème siècle à la Cour des Princes - évêques , qui étaient à cette date originaires de, Looz (Tongres) ), alors dans la Principauté de Liège et rapidement adoptées par les liégeois.
Po l'walon, ine boukète ou 'ne vôte c'è-st-ine "crêpe" è francès, minme si l'boûkète c'èst fè avou dèl neûre farène. (Pour le wallon, une bouquette ou une vaute, c'est une crêpe, même si la bouquette est faite avec de la farine de sarrasin).
L'boûkète c'èst todi avou dè souke, mins l'vôte pout s'fé avou dès rapèyes di crompîres po fé dès vôtes ås crompîres ou avou dès rècènes. (La bouquette c'est toujours avec du sucre, mais la vaute peut se faire avec des râpures de pommes de terre pour faire des vautes aux pommes de terre ou avec des carottes).
"Po fé dès vôtes, i fåt-st-ine påsse on pô pus spèce èt èles sont todi pus spèces qui lès boukètes. (Pour faire des vautes il faut une pâte un peu plus épaisse et elles sont toujours plus épaisses que les bouquettes).
C'est donc une espèce de crêpe faite de farine de lait et - quand il y en avait - d'œufs.
Målureûs'mint l'mot vôte a-stu sovint èployî po dîre dès boukètes par dès grands vantrins sins cowète qui pinsît qui c'èsteut mîs di djåzer come lès françès, come avou "li p'tit did'juner" po dîre "li ût eûres". (Malheureusement le mot vaute a souvent été employé pour désigner des bouquettes par des "grands tabliers sans cordon" qui pensaient que c'était mieux de parler comme les français, comme avec "le petit déjeuner" pour dire le "huit heures"

Qui fât-i po fé dès boukètes ? (Que faut-il pour faire des bouquettes ?) (Vous remarquerez que dans cette recette du début du XIXème siècle il n'y a pas d'oeuf(s) car en cette saison les poules pondent moins et les oeufs étaient réservés principalement pour les repas).
- 1 kg dèl neûre farène di sarazin, (1 kg de farine de sarrasin (blé noir), -
- 1 l. ½ d’èwe, (1 1/2l. d’eau)
- 30 gr di lèveûre di bol'djî , (30 gr de levure de boulanger=fraîche)
- On pô d'sé, (un peu de sel), on p...ô d’némoscåde (un peu de noix de muscade),
- di l'ôle ou, èco mî, dè sayin (de l’huile ou encore mieux, du saindoux),
- dès corîntènes ( des raisins secs)
- dè blanc souke ou dè souke di pot (cassonâde) (du sucre blanc ou du "sucre du pot" = de la cassonade), èt po bin fé, ine pêle, (et pour bien faire, une poêle).

L'ovrèdje (La préparation)
- Mète li léveûre d'vins ine platène avoû â pô d’tchôde èwe , dè souke èt on pô d'némoscåde. (Mettre la levure dans un plat avec de l’eau chaude, du sucre, un peu de noix de muscade).
- Dilèyi .(délayer)
- Mète li neûre farène d'vins ine grande marmite èt fé 'ne fontin-ne å mitân; mète tot douçemint l' lèveûre èt l’èwe : adon, on mahe li tot po-z-aveûr ine pâsse lèdjîre èt nin grumelêye. (mettre la farine de sarrasin dans une grande marmite et faire une fontaine au milieu; mettre tout doucement la levure et l’eau: puis on mélange le tout pour avoir une pâte légère et sans grumeaux).
-On lèye lèver à l’tchåleûr. (on laisse lever la pâte au chaud)
- I fåt asteûre ècråhî l' pêle avou l'sayin, èt on-z-î mète ine bone losse di pâsse èt on parsin-me avoû des corîntènes. (Il faut maintenant graisser la poêle avec le saindoux, et on y met une bonne louche de pâte et on parsème de raisins de corinthe). - On l'fèt cûre d'ôn costé, on fêt potchî l'boukète et on fêt cûre l'ôte costé. (On fait cuire d'un côté, on fait sauter la bouquette et on fait cuire l'autre côté).

I-n'a pus qu'a l'magnî avou on pô d'souke. (Il n'a plus qu'à la manger avec un peu de sucre).
Qwand on fèt potchî l'boukête èt qu'èle ritoume è l'pêle, l'annèye sèrèt ine "cråsse annêye". (Quand on fait sauter la bouquette, et qu'elle retombe dans la poêle, ce sera une année grasse (= prospère).
"Mins, s'èle toume a costé, li djâle èst tot près èt c'èst ine "boukète emmacralêye", èt èle fåt taper foû ! (Mais si elle tombe à côté, le diable n'est pas loin, et c'est une bouquette ensorcelée, et il faut s'en débarrasser.
"Si on-z-a brâmint sôgne, on-l'va taper è l'èwe. (Si on a vraiment peur, on va la jeter dans l'eau).

José-Louis Thomsin W

© François DETRY
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