"Salazar, 40 Ans de Peinture", à "La Boverie", à Liège, jusqu'au 20 octobre

Luis Salazar a "La Boverie" (c) Ville de Liege/Communication/Emilie Denis 1ere Oeuvre exposee/Sans titre/1979/Acrylique sur Toile/190 x 140 cm (c) Luis Salazar Les deux premieres Oeuvres exposees, devoilant 40 ans d evolution stylistique de (c) Luis Salazar "Corps a Couleurs" (c) Ville de Liege/Communication/Emilie Denis Sans titre/2013/Acrylique sur Toile/190 x 140 cm (c) Luis Salazar Sans titre/2010/Acrylique sur Toile/95 x 120 cm (c) Luis Salazar Sans titre/Une explosion de couleurs (c) Ville de Liege/Communication/Emilie Denis Une cravatte en soie peinte par (c) Luis Salazar La carassorie d'une "PT Cruiser" signée (c) Luis Salazar Une "Porsche 911" (non exposee), decoree, en 1997, par (c) Luis Salazar En hommage a Georges Simenon, une pipe geante (non exposee) decoree par (c) Luis Salazar Avenue des Tilleuls (600 m²/Liege) (c) Luis Salazar "Grand Hopital" (15 x 28 m/Charleroi)  (c) Luis Salazar "CHU" (150m²/Liege) (c) Luis Salazar (c) Ville de Liege – Communication – Emilie Denis Luis Salazar, en 20I2, au "Grand Curtius", ... un artiste dont la soif de vivre est insatiable (c) "L Avenir" Luis Salazar, en 20I2, au "Grand Curtius", ... un artiste dont la soif de vivre est insatiable (c) "L Avenir"

« … Dans ses grands formats récents, éclatants de jaunes, de bleus, de verts et plus dynamiques que jamais, Luis Salazar concentre son répertoire de formes en certaines zones ou le distend à l’excès, accentuant un baroquisme nerveux et jouissif. Tonique ! », écrivait l’un de nos plus connus critiques d’art, Claude Lorent, le 28 mai 2008, pour « La Libre Belgique ».

« Chaos et entrechas. Vertige planté au coeur du coeur. Sous les couleurs, d’autres couleurs plus vives, où l’on invente cent ou mille proverbes à dormir debout. Le bleu a besoin du bleu. le rouge a besoin du rouge, et le jaune enfreint la loi du jaune, pour notre pur plaisir », un texte écrit à la main, par le poète liégeois Jacques Izoard (né Jacques Delmotte/1936-2008/inspirateur de l’ « Ecole de Liège », dont l’enjeu était de publier de la poésie contemporaine), sur la page gauche d’un livre géant, « Corps à Couleurs », réalisé en douze exemplaires, en 1998, avec, sur la page droite, une oeuvre peinte à la main par Luis Salazar, … qui accorde une grande importance à ce travail, qu’il désigne comme étant « pré Gutenberg » (né Johannes Gensfleisch zur Laden zum Gutenberg/1400-1468/inventeur de l’imprimerie), cinq peintures originales figurant au sein de chaque ouvrage, devant inspirer le poète pour la création de son texte.

Ce travail à la main, à une époque où l’on commençait à rédiger ses textes avec l’appui de l’informatique, fit dire à Jacques Izoard : « Vous faites écrire les écrivains », les deux artistes poursuivant leur oeuvre commune dans deux locaux disctincts, comme nous le confie Luis Salazar, se retrouvant pour partager, de temps à autre du foie gras arrosé d’un bon « Sauterne », quand le peintre ne retrouvait pas l’écrivain, regardant un dessin animé à la télévision, assis entre deux enfants, Pablo et Hugo, les deux fils de Luis et Geneviève…

Né en 1956, à San Sebastian, Luis Salazar (Luis Enrique Salazar-Bea), Liégeois d’adoption, est un bon exemple d’une émigration parfaitement réussie, à l’heure d’aujourd’hui, où certains montrent du doigt les réfugiés venus de Syrie ou d’ailleurs…

Agé de dix ans, emmené par ses parents, il fuyait la dictature de Francisco Franco (ˈ1892-1975), qui avait élu domicile là où vivait la famille Salazar… « On torturait pendant que j’étais à l’école, on le savait, on en parlait entre nous, … des Basques disparaissaient… », écrit-il en page 44 du catalogue de la présente exposition…

Arrivés à Liège, sa famille dut vivre dans la clandestinité durant huit mois, son père, Victor Salazar Lopez de Armentia, décédant, à 59 ans, des suites de pénibles conditions de travail, dans une mine, pouvant atteindre des journées de… vingt heures sur vingt-quatre…

« Les parents, c’était l’eau et le feu (sa mère, Adelaida, était une fervente catholique et son père, un âthée qui jurait sur les prêtres, la vierge et l’ostie, ndlr) et on s’étonne que ma peinture ait deux pôles ! Elle n’est pas expressive, mais ce n’est pas, non plus, une géométrie froide », écrit-il.

Arlette Lecocq, pychanalyste freudienne liégeoise, écrit, quant à elle : « Ainsi donc les identifications aux deux pôles parentaux se sont-elles entremêlées chez Luis, pour contribuer à nourrir sa propre sensibilité, son expression créative, mais aussi son avidité de vivre, sa soif de liberté, sa course effrénée pour éloigner le chaos ou pour tenter de le contenir, sa capacité démesurée de travail et son rythme frénétique. »

… Mais, pour lui, comme il nous le dit, lors de la visite de presse, sa vie ne commence que lorsqu’aux abords de « La Boverie », il rencontra Geneviève Baillieux, il y a 40 ans… « 40 ans de Peinture », titre de l’exposition, s’est aussi, assurément, 40 ans d’amour… Il était alors âgé de 22 ans...

« Geneviève est un autre moi-même, je suis une autre Geneviève. On est androgyne, on a les deux sexes ; on a été enceints, on a accouché », écrivait-il. Aussi, pour lui, sa première peinture est celle qu’il réalisa en 1979, suite à leur rencontre, une huile sur toile, qui est la première oeuvre exposée, dans son exposition à « La Boverie »…

… Et « Salazar 40 Ans de Peinture » de commencer, comme l’exposition précédente,« Liège. Chefs d’Oeuvre » par la mise en valeur de deux peintures se contrastant, « Bonaparte, premier Consul », de Jean-Dominique Ingres, et « Le Vieux Jardinier », d’Emile Claus, cédant leurs places à deux huiles sur toile de Luis Salazar, l’une, sans titre, réalisée en 1979 (190 x140 cm) et l’autre, sans titre, en 2019 (200 x 50 cm), … 40 ans plus tard, avec toute l’évolution du style de l’artiste… « Regardez, cela n’a rien à voir, c’est un ‘choc’ », nous disait-il, se plaçant entre ses deux oeuvres…

Comme nous le constatons, les grands champs de couleurs des débuts (« traduisant une force et un équilibre solides », pour Arlette Lecocq), ces« formes flottantes » (sic) ont céder leur place à une fragmentation (« une prise de risques toujours plus grande, une tentative de créer un déséquilibre, presque un vacillement ») qui augmenta au fil des ans, ce que Luis Salazar définit comme étant un « chaos organisé », où se rejoignent les pulsions de mort et de vie…

... « Organisé », nous crie-t-il, avec passion, joignant le geste à la parole,« car on ne peut pas faire ‘splash’, sans réfléchir, mes constructions étant réfléchies »…

« Au début, je peignais avec de la matière, je peignais à l’huile. Il y avait du relief. C’était des grands champs colorés et on arrive, après, avec de toutes petites formes mises en aplats et sans aucun relief ».

« Je suis un peintre abstrait, c’est évident que je n’ai pas voulu signifier une anecdote au premier degré, mais on n’est pas aveugle, on voit des choses, on observe le monde. Ce qui m’intéresse c’est de transcender les sensations que j’éprouve, les formes que je vois et c’est ça qui va donner, petit à petit, le style de ma peinture. Le thème de ma peinture, c’est ma peinture. Ça veut dire que c’est au sein de ma peinture que je trouve les éléments pour évoluer et continuer le travail. »

« Ce qui est important, ce n’est pas de dire ‘j’aime’ ou ‘je n’aime pas’, mais de dire ‘j’aime parce que…’ ou ‘je n’aime pas parce que…’, ce qui nous permet d’évoluer, comme je l’ai fait pendant 40 ans, en échangeant avec mon épouse… »

« J’aime l’art des autres. Je vois la force avec les pigments. L’art nous appartient, il est toute l’histoire de l’humanité. Quant aux grafitis érotiques, on en a retrouvés sur les murs des maisons de Pompéi, avec des phrases semblables à celles que l’on trouve de nos jours… » Et de nous montrer l’érruption d’un volcan telle qu’il la peignit, … sous son appellation habituelle : « sans titre »…

… Par contre, sous sa conduite, nous découvrons une oeuvre toute en hauteur, de 300 x 100 cm, titrée « Bonjour Pablo », car réalisée, avec une « force structurée » (sic), en 1990, à la naissance de son fils aîné, Pablo, un événement qui le transcenda ! A quelques mètres de là, une peinture aux dimensions plus raisonables,« Bonjour Hugo », créée à la naissance de son fils cadet, Hugo.

Viennent deux toiles travaillées dans les gris, noir et blanc… « Depuis 1983, l’idée me poursuivait… J’ai mis vingt ans à la faire aboutir… Plusieurs personnes m’ont demandé d’en créer une de ce style pour eux… Je pourrais en vendre plusieurs,… mais je ne travaille pas à la demande… »

… Et Luis Salazar de souligner les difficultés de douanes qui lui furent imposées, afin de pouvoir rassembler, parmi plus de 800 oeuvres vendues, cette centaine de toiles exposées à « La Boverie », 80% de celles-ci étant prêtées par des collectioneurs privés, dont beaucoup résident à l’étranger, ce difficile choix des oeuvres ayant été effectué avec son épouse.

De même pour ce qui est exposé dans des vitrines, qu’il pourrait réaliser en série, ce dont il se refuse, malgré une réelle demande, réservant ces objets à ses proches. Ainsi, nous pouvons admirer bagues, boucles d’oreilles, coffrets à bijoux, ces derniers réservés à son épouse, masques, oeufs d’autruche, de même qu’une cravatte et un foulard, sans oublier des noeuds papillons, qu’il n’a réalisé, dit-il, qu’en cinq exemplaires, pour ses deux fils, Hugo, Pablo, deux amis et lui-même…

… Des noeuds papillons, cravattes, foulards, …, que nous avond retrouvés, bien portés par plusieurs admirateurs de l’artiste, le jeudi 05 septembre, lors du vernissage, en présence de l’Attaché culturel de l’Ambassade d’Espagne, « Salazar, 40 Ans de Peinture », une voiture « PT Cruiser » d’un collectioneur particulier, peinte par Luis Salazar, étant exposée à cette occasion…

Parmi les autres objets décorés par le passé, et non exposés, notons une pipe géante (0,8 x 2 m), peinte, en 2002, à l’occasion de l’année que la Ville de Liège consacra, en 2003, à Georges Simenon (1903-1989)…

Par ailleurs, plusieurs photographies attestent de quelques-unes de ses réalisations murales :
- sur la façade d’un building (600 m²), de l’avenue des Tilleuls, à Liège, visible du tain, en provenance de Namur, avant son arrivée dans la gare ferroviaire des « Guillemins » ;
- dans le hall d’entrée de l’« Institut Royal des Sourds et Aveugles », à Bruxelles , une autre fresque monumentale, « Composition » (110m²/1995), avec intégration de reliefs codés, afin de permettre aux aveugles de bien ressentir cette oeuvre murale ;
- au « Foyer Culturel » (1997) et au restaurant (2000) de l’ « Université de Liège » ;
- pour l' "Opéra Royal de Wallonie", à Liège, une intégration de 13 peintures monumentales ;
- dans l’atrium du « Grand Hôpital de Charleroi », une fresque monumentale (28 x 15 m/2007).

Avec une grande originalité, Luis Salazar, peint, aussi, à la demande d’un couple de collectionneurs privés, les marches d’un escalier menant au premier étage de leur maison, alors qu’il réalisa une oeuvre murale (150m²/1989), pour le Service de Radiothérapie du « CHU », à Liège, un travail artistique qu’il dût recommencer, un responsable, de type « Gaston Lagaffe », de cet hôpital, ayant crû bon de repeindre en blanc la superficie du mur décoré…

Notons que cet artiste lyrique, au caractère bien trempé, fut fait, en 2010, « Chevalier des Arts et Lettres », par le Ministre français de la Culture, Frédéric Mitterrand, après avoir été honoré à deux autres reprises, par la Province de Liège, qui le désigna, en 2009, comme étant l’un de ses « Ambassadeurs culturels », ainsi que par la Ville de Liège, dont il devint, en 2008, « Citoyen d’Honneur », avant de réaliser, en 2012, le carnet de mariage officiel de la Ville, lui qui, en 1983, fut diplômé, avec grande distinction, par son « Académie Royale des Beaux-Arts », en « Peinture Monumentale et Dessin
Supérieur ».

… Et Luis Salazar, Liégeois depuis toujours, Basque au fond du cœur, de souligner les difficultés de douanes qui lui furent imposées, afin de pouvoir rassembler, parmi plus de 800 oeuvres vendues de par le monde, cette centaine de toiles présentement exposées au Musée, 80% de celles-ci étant prêtées par des collectioneurs privés, dont beaucoup résident à l’étranger, … ce difficile choix des oeuvres ayant été effectué en concertation avec son épouse.

« A 8 ans, je voulais déjà être peintre », nous confie-t-il. « Ce qui m’intéresse, c’est ce que je ferai demain matin. Je me mettrai à ma toile, je commencerai à composer… Je n’arrive pas encore à accepter que je vais mourir un jour… »

« Ce qui est certain c’est que l’art sauvera l’humanité ! »… Puisse-t-il être entendu ! …

… En attendant, ne boudons pas notre plaisir, allons à la rencontre de l’explosion colorée des oeuvres de Luis Salazar, un artiste dont la soif de vivre est insatiable, son optimisme forcené dans le moment présent se lisant en filigrane, tout au long de son chemin de création.

Souligons que ce dimanche 13 octobre, à 14h30, « La Boverie » nous propose une visite guidée, de « Salazar, 40 Ans de Peinture », l’artiste nous invitant à saisir, en famille, les mutations qu’il insuffle graduellement dans son œuvre. Prix combiné (entrée et visite guidée) : 10€.

Ouverture du Musée : jusqu’au dimanche 20 octobre, du mardi au dimanche, de 10h à 18h. Prix d’entrée (incluant le nouvel accrochage de la collection permanente et les expositions du« Prix Colligon », « En Piste ! » et « Prix de la Création » : 7 € (5 €, pour les seniors {65 +}, demandeurs d’emploi et membres d’un groupe / 1€25, pour les « Art. 27 » / 0€, pour les – de 26 ans). Livre-Catalogue : 28€ (Ed. »Snoeck »/cartonné/160p./dont 65 p. de textes, rédigés par Geneviève Baillieux, son épouse, professeur de littérature ; Arrlette Lecocq, psychanaliste ; Jean-Guy Sartenaer, gynécologue ; et Jean-Patrick Duchesnes (1957-2018), professeur en Histoire de l’Art, à l’ « Université de Liège », fondateur de l’asbl « Art & Fact »). Livret « Carnet de Jeux » : pour les enfants, disponible gratuitement à l’accueil). Dossier pédagogique : sur internet ou en vente, à la boutique du Musée. Site web : www.laboverie.com.

Yves Calbert.