"Tintin et le Mystère de la Momie Rascar Capac"

écrit par YvesCalbert
le 18/12/2019
"Tintin et le Mystère de la Momie Rascar Capac"

« Au départ le ‘Musée Art et Histoire’ m’avait demandé un film de cinq minutes, afin de promotionner leurs recherches scientifiques sur la momie de 'Rascar Capac’, à qui ‘Hergé’ (Georges Remy/1907-1983/ndlr) avait donné vie. Ce projet m’ayant particulièrement intéressé, j’ai pensé que je pouvais réalisé un authentique documentaire de 52 minutes », nous confie le cinéaste, Frédéric Cordier, avant la projection, en avant-première, de son film, ce jeudi 12 décembre, devant de nombreux collaborateurs du Musée et journalistes.

« En fait, c’est grâce à mon précédent documentaire, de 52′, diffusé à la télévision en 2017, ‘Les Secrets engloutis du Titicaca’ (un lac d’une superficie de 8.000 km2, sis dans la Cordillière des Andes, à 3.812 m d’altitude/ndlr) que le ‘Musée Art et Histoire’ me contacta », tint à ajouter notre interlocuteur.

Directeur de la Société « Panoramique Terre Productions », le réalisateur et producteur bruxellois Frédéric Cordier a co-écrit, avec le réalisateur français – formé à l’ethnologie, résidant en Equateur -, Philippe Molins, « Tintin et le Mystère de Rascar Capac », co-produit par « Un Film à la Patte » et Agnès Trintzius, de Strasbourg, la S.A. « Moulinsart », la « RTBF », « ARTE », « RTL » et sa propre Société.

Tout au long de ce documentaire scientifique, nous suivons Serge Lemaître – docteur en Archéologie, Philosophie et Lettres, conservateur des collections
« Amériques », au « Musée Art et Histoire » – et Caroline Tillieux – docteur en Egyptologie, archéologue spécialisée sur les mystères des momies, collaboratrice de ce « Musée du Cinquantenaire », pour l’étude des momies égyptiennes et précolombiennes – qui sont les deux principaux acteurs de ce film.

Ils nous emmènent, tout naturellement, au Pérou, où ils rencontrent Eva Clara Torres Pino, licenciée en anthropologie et en archéologie, commissaire à la « Direction régionale de la Culture », à Cuzco, ancienne capitale de l’Empire Inca, sise dans la Cordillière des Andes.

Afin d’étudier au mieux cette précieuse momie, ils rencontrent, à Paris, André Delpuech, directeur du « Musée de l’Homme », ancien responsable des collections des Amériques, au « Musée du Quai Branly », dès sa création, en 2005, ainsi que Jean-Bernard Huchet, ingénieur de recherche au « CNRS »
(« Centre National de la Recherche Scientifique »), chercheur associé au « Laboratoire d’Etude et de Sauvegarde des Momies et Restes humains organiques » du « Musée de l’Homme ».

Examen des dents, radiographie 3D dans un scanner ultra performant, étude d’un prélèvement de peau, analyse toxicologique de cheveux : cette momie précolombienne livre petit à petit des indications sur son âge, sa taille, les causes de son décès, mais également sa classe sociale et sa région d’origine. Commentés à chaque étape par un expert (archéo-entomologiste, radiologue, toxicologue, …), les résultats obtenus éclairent l’histoire, l’organisation sociale et les pratiques funéraires des Incas. Victime de la conquête espagnole au XVè siècle, la riche civilisation andine a encore de nombreux secrets à révéler aux chercheurs.

A Bruxelles et Leuven, nous les voyons, aux côtés de leur collègue du musée, Luc Delvaux – docteur en Egyptologie, conservateur de la « Collection Egypte dynastique et gréco-romaine » -, ainsi qu’à ceux de Mathieu Boudin, docteur, collaborateur scientifique du laboratoire de datation radiocarborne, au « Royal Institute for Cultural Heritage », et d’Alexandre Chevalier – archéo-botaniste, attaché au « Musée des Sciences naturelles », sans oublier, aux
« Cliniques universitaires Saint-Luc », aux côtés d’Etienne Danse – radiologue, chef de clinique et chargé de cours, au« Département d’Imagerie
médicale » – et de Jean-Philippe Hastir – assistant dans ce dernier département.

Soulignons que ce documentaire scientifique jouit d’un bien agréable montage, avec des images animées -réalisées avec l’autorisation de la S.A.
« Moulinsart », par la « Motion Agency », de Strasbourg -, sorties du 13è album des « Aventures de Tintin », dessiné et scénarisé par « Hergé », édité par« Casterman », « Les 7 Boules de Cristal » (1948), « Hergé » ayant créé « Tintin » en 1929, dans le supplément jeunesse, « Le Petit Vingtième », du journal « Le Vingtième Siècle », qui assura la publication de ses premières aventures, « Tintin au Pays des Soviets », dont le titre original était « Les Aventures de Tintin, reporter du ‘Petit Vingtième’, au pays des Soviets ».

Dans le film de Frédéric Cordier, nous voyons la momie prendre vie, comme « Hergé » l’avait pensé, faisant de « Rascar Capac » un authentique personnage de bande dessinée. Par ailleurs, nous notons l’intervention de Dominique Maricq, collaborateur au sein de la S.A.« Moulinsart », écrivain spécialisé dans l’oeuvre d’ « Hergé », dont il est l’un des principaux bibliographes.

Dans le dossier de presse de son documentaire, le réalisateur écrit : « Je me souviens encore, comme si c’était hier, de ma première découverte du personnage de 'Rascar Capac'. Je devais avoir environ huit ou neuf ans. La peur qui m’envahissait, associée, curieusement, à une sorte de fascination, me procurait cette envie, presque frénétique, d’en savoir plus sur l’histoire précolombombienne, la Cordillère des Andes, le dieu soleil et bien d’autres choses me paraissant tellement énigmatiques. C’est ainsi que, grâce à ‘Hergé’, via les aventures de ‘Tintin’, que j’ai fait la connaissance, pour la première fois, avec ce continent sud-américain, qui n’a cessé, dès lors, de m’occuper l’esprit et d’animer mes projets cinématographiques… »

A noter que Serge Lemaître nous avoua que c’est cette aventure de « Tintin » qui lui donna l’envie de devenir archéologue, et comme il nous le dit : « au fond, ma barbe ne peut-elle pas m’assimiler au ‘Capitaine Haddock’ (compagnon de « Tintin », dès 1941/ndlr) ? … »

… Et si « Hergé » a posé un « borla » ou diadème royal, sur la tête de « Rascar Capac », l’étude scientifique, menée par Serge Lemaître et Caroline Tillieux, nous apprend que cette momie n’est pas celle d’un noble, ni d’un Péruvien, mais plutôt d’un Chilien, qui aurait pû être un simple pécheur, sur la Côte de l’Océan Pacifique…

… Ainsi nos deux scientifiques belges se sont rendus au Chili, rencontrant Maria Santos Varela, archéologue, conservatrice en chef du « Musée archéologique » de San Miguel de Azapa, Susana Monsalve, biologiste, attachée à ce même musée, ainsi que Juan Pablo Ogalde, anthropologue, historien de l’ « Universitad catholica del Norte », de la région de Tarapacà.

Dans cette région désertique d’Atacama, longeant l’Océan Pacifique, dans la Province d’Arica, nous voyons deux figurants, dans les rôles de pêcheurs, enterrant une momie dans le sable de ce désert et se déplaçant, (peu) habillés, comme l’étaient les autochtones à l’époque où a vécu cet homme
qu’ « Hergé » baptisa du nom de "Rascar Capac", "Capac" étant le nom de différents Empereurs Inca, tels Manco Capac ou Mayta Capac, "Rascar" pouvant provenir de lascar…

… Un nom bien plus agréable que la mention de cette momie au Musée, où elle n’était connue que sous le numéro d’inventaire AAM5939, étant arrivée en ce lieu avec cinq autres momies amérindiennes, retrouvées dans des caisses dormant dans les réserves de ce Musée, dont celles, porteuses des numéros d’inventaire AAM5936 et AAM539, qui furent aussi analysées par Caroline Tillieux et Serge Lemaître, … ce dernier nous informant que plusieurs des personnes, l’une d’elles étant encore hospitalisée, ayant participé aux analyses scientifiques autour de ces momies, soufrirent, peu après, de différents malaises, moins graves, heureusement, que ceux imaginés par « Hergé », dans « Les 7 Boules de Cristal »…

… « J’espère que tout ira bien pour vous durant l’année 2020… » fut la phrase prononcée, ensuite, au micro, par Yves Février, qui représentait la S.A.
« Moulinsart », au Musée, ce jeudi 12 décembre, nous signalant que plus de cent personnes travaillent au sein de cette Société, dont la mission est de préserver l’oeuvre d’ « Hergé », notamment via la publication de nombreux ouvrages, que l’on retrouve en vente, notamment, au « Musée Hergé », à Louvain-la-Neuve, dont la visite est indispensable pour tout qui veut en savoir plus sur la carrière de cet auteur, de ses créations publicitaires à ses peintures, en passant, bien sûr, par son important apport à la bande dessinée franco-belge, via les aventures de « Tintin », … mais pas seulement ! …

Parmi les publications des « Editions Moulinsart », notons « Les Mystères des 7 Boules de Cristal » (122 p./ 2012), reprenant les 152 strips, en noir et blanc, de cet épisode mythique, tels qu’ils furent publiés dans le quotidien « Le Soir », entre décembre 1943 et août 1944, accompagnés de commentaires et recherches documentaires de Philippe Goddin, ancien secrétaire général aux« Studios Hergé » (autefois « Fondation Hergé »), auteur, entre autres
d’ « Hergé, Lignes de Vie ».

Mais comment Serge Lemaître et Caroline Tillieux ont-ils pû en arriver à la conclusion que la momie amérindienne, porteuse du numéro d’inventaire AAM5939, n’était pas celle d’un noble ? En fait, la tradition était, à l’époque des Incas, d’allonger le crâne des nobles, de même que les lobes des oreilles s’allongeaient par le port de lourdes boucles d’oreilles… Hors la momie de « Raspar Capac » ne répondait à aucun de ces deux critères…

A noter que si en Egypte, seuls les Pharaons et hauts dignitaires étaient momifiés, avec la présence d’amulettes, leurs momies étant allongées, ce rituel d’embaumement prenant plusieurs semaines, pour les Amérindiens, momifiés en position accroupie, chacun, quelque soit sa classe sociale était ainsi enterré, sans embaumement, avec quelques objets usuels à ses côtés, comme ce documentaire nous le montre.

Comment peut-on affirmer qu’il ne vivait pas au Pérou ? Parce qu’après l’analyse de morceaux de peau et de cheveux, l’on fut amené à conclure que
« Raspar Capac » consommait, entre autres, des tomates, qui ne pouvaient être cultivées dans la région de Cuzco, l’altitude y étant trop élevée et le climat se devant d’être chaud et sec, ce qui est bien le cas sur la Côte atlantique du Chili…

En outre, nous apprenons que la célèbre peinture « Le Cri » (1893), de l'artiste norvégien Edvard Munch (1863-1944) a été inspirée d’une momie amérindienne conservée au « Musée de l’Homme », à Paris…

… Pour en revenir à la momie de « Raspar Capac » - cet Amérindien, décédé entre 30 et 40 ans -, aucun état d’entrée n’a été fait quant à l’année et le jour de son arrivée au Musée. Elle aurait pû être acheminée en Belgique par un ornithologue, le Baron Jean-Baptiste Popelaire de Terloo (1810-1870), dans les années 1840, suite à son séjour en Amérique du Sud, mais il n’existe aucune certitude ce concernant.

N’hésitons donc pas à aller (re)voir cette précieuse momie, au sein de la Collection des Amériques du« Musée Art et Histoire », sachant qu’au sein de cette même section du Musée, nous trouvons, aussi le fétiche en bois qui inspira« Hergé » pour la 6è aventure de « Tintin », « L’Oreille cassée », publiée, en noir et banc, du 05 décembre 1935 au 25 février 1937, dans les pages du « Petit Vingtième », la première édition de l’album en couleurs, par les
« Editions Casterman », datant de 1943.

… Et si nous nous rendons au Musée, nous pourrons découvrir, jusqu’au dimanche 29 mars 2020, une exposition temporaire à la scénographie fort bien réussie, « Crossroads », couvrant la période troublée de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge (des années 300 à l’an 1000)… Site web : http://www.kmkg-mrah.be/.

En ce qui concerne « Tintin et le Mystère de Rascar Capac », soulignons que nous pourrons découvrir ce documentaire sur « ARTE », le samedi 21 décembre, à… 22h20, une heure quelque peu tardive, mais qui peut être vu, en famille, via le lien :
https://www.arte.tv/fr/videos/085383-000-A/tintin-et-le-mystere-de-la-mo...,
disponible jusqu’au 19 janvier 2020, ce film devant être programmé, en janvier, par la « RTBF », la date étant à préciser.

En n'oubliant pas ce qu' "Hergé" écrivit : " 'Tintin' ne lutte pas pour le bonheur de tous les hommes, mais chaque fois que les hasards de ses aventures l'ont mis en présence d'un homme victime de la misère, de l'injustice, de la violence, c'est pour cet homme-là que 'Tintin' a pris parti" , signalons la parution du 3è numéro du magazine "Tintin, c'est l'Aventure" ("Ed. Geo"/15€95).

Et pour en savoir plus sur tous les événements en rapport avec l’oeuvre d’ « Hergé », réputé pour son style graphique de la « ligne claire », il convient de consulter le site web : http://www.tintin.com/.

Yves Calbert.

  • "Tintin et le Mystère de la Momie Rascar Capac"
  • Frederic Cordier regardant la momie de "Rascar Capac" au "Musee Art et Histoire" (c) "Panoramique Terre Productions"
  • Serge Lemaitre et Caroline Tillieux face a "Rascar Capac" (c) "Panoramique Terre Productions"
  • Serge Lemaitre et Caroline Tillieux aux Cliniques Universitaires Saint-Luc (c) "Panoramique Terre Productions"
  • Prelevement d'un cheveu d'une momie amerindienne, sous le regard attentif de Serge Lemaitre (c) "Panoramique Terre Productions"
  • La momie de "Rascar Capac" passee a la radioscopie 3D dans un scanner ultra performant (c) "Panoramique Terre Productions"
  • La momie de "Rascar Capac", telle que dessinee par (c) "Herge/Moulinsart" 2019
  • "Herge" donne vie a sa momie de "Rascar Capac" (c) "Herge/Moulinsart" 2019
  • Au Chili, le desert d Atacama longeant l Ocean Atlantique, dans la Province d Arica (c) "Panoramique Terre Productions"
  • La malediction de "Rascar Capac", dans "Les 7 Boules de Cristal" (c) "Herge/Moulinsart" 2019
  • Ouvrage reprenant 152 strips publies par "Le Soir" (1943-1944) (c) "Herge/Moulinsart" 2019
  • Serge Lemaitre et Caroline Tillieux lisant "Les 7 Boules de Cristal" (c) "Panoramique Terre Productions"
  • Deux cases publiees dans "Le Soir", en 1942 (c) "Herge/Moulinsart" 2019
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