"Tintin", pour ses 90 Ans : "Tintin au Congo-Le Trait original", au "Musée Hergé", jusqu'au 10 Février

"Tintin au Congo" : la page 31 des versions colorisee/2019 et originale/1931 (c) Herge-Moulinsart 2019 "Tintin au Congo" : Couverture de la version colorisee/4e case de la p. 31 version originale N/B (c) Herge-Moulinsart 2019 Dans "Le Petit Vingtieme", fin Mai 1930 : bientot "Tintin au Congo" (c) Herge-Moulinsart 2019 Carte postale du paquebot "Leopoldville" (c) "Nels" Le "Leopoldville"/1ere Case de la p. 9/version en couleurs (c) Herge-Moulinsart 2019 Extrait 1ere Case/p. 31-version en couleurs/p.54-versions N/B et colorisee (c) Herge-Moulinsart 2019 et ancienne presentation, a Tervuren (c) "Africa Museum"  Apres "Tintin au Pays des Soviets"/une couverture du "Petit Vingtieme"/1930 (c) Herge-Moulinsart 2019 "Tintin au Congo" : 5eme case de la p. 9 de la version en couleurs (c) Herge-Mounlinsart 2019 La monographie de Philippe Godin/2018 (c) Herge-Moulinsart-Casterman 2019  (c) Numa Sadoul/Ed. "Casterman" Regrets d Herge : "J ai du remord d en avoir tue ou fait souffrir"/2e case/p. 59/ verion en couleurs (c) Herge-Moulinsart 2019 "Tintin au Congo" : Une "Ford T" de tinte vive, couleur girafe/2eme case/p. 21/version en couleurs (c) Herge-Moulinsart 2019 "Tintin au Congo" : La couverture des Ed. du "Petit Vingtieme" et celle des Ed. "Casterman" (c) Herge-Moulinsart 2019 "Tintin au Congo" : En 1931, la 2eme case de la page 64/colorisee en 2019 (c) Herge-Moulinsart 2019 "Tintin au Congo" : En 1946, la 9eme case de la p. 36/version en couleurs (c) Herge-Moulinsart 2019 Hotel de Ville de Bruxelles, le 10 janvier 2019, avec Barly Baruti , a gauche, et Daniel Couvreur, a droite (c)  Moulinsart 2019 "Le Lotus Bleu"/1946/4eme case/page 6/version en couleurs (1936 en N/B) (c) Herge-Moulinsart 2019 "Les Bijoux de la Castafiore"/1963/case 8 de la page 56 (sans le texte) (c) Herge-Moulinart 2019

"Tintin" apparaît, pour la première fois, le 10 janvier 1929. A l'occasion de ses 90 ans (mais, rassurons-nous, c'est une "fake news", car, en BD, il a toujours l'âge, qu'Hergé  lui a donné : 15 ans), tout amateur de bandes dessinées, bien au-delà des seuls "Tintinophiles", se doit de se rendre au "Musée Hergé", à Louvain-la-Neuve, afin de découvrir, dans la 18ème et dernière salle de la collection permanente, toute l'évolution de la seconde aventure du jeune reporter, "Tintin au Congo".

En respect avec nos amis congolais, il est bien évident que cette exposition ne reflète nullement l'actuelle République démocratique du Congo. Tout au contraire, nous nous devons de replacer tant les dessins que les textes des phylactères dans le contexte historique du Congo, tel qu'il était en du 05 juin 1930 au 11 juin 1931, à l'époque où "Tintin au Congo" fut publié, en noir-et-blanc, dans les pages du "Petit-Vingtième", sous le titre complet : "Les Aventures de Tinitin, Reporter du Petit Vingtième, au Congo".

C'est justement sa publication initiale en albums, en 1931, qui vient d'être colorisée, à l'initiative de Nick Rodwell, fondateur des éditions "Moulinsart", la société gérant les droits de l’œuvre d’Hergé, deux ans après l'édition de la version colorisée de "Tintin au Pays des Soviets". Grâce à la présente exposition temporaire, "Tintin au Congo-Le Trait original", nous découvrons quelques planches des trois éditions de "Tintin au Congo", dont celles de son édition en couleurs, en 1946, la première case de cet album mythique étant agrandie en fresque, sur un mur du "Musée Hergé".

Nous remarquons immédiatement que deux autres personnages, gamins de Bruxelles, "Quick et Flupke", créés de la main d' "Hergé"  (Georges Remy/ 1907-1983) sont présents sur le quai de la gare, mais n'étant pas positionnés au même endroit. De même, en 1946, une caméra et un appareil photographique sont présents alors qu'ils ne le sont pas dans l'édition originale, en noir-et-blanc, et dans la version colorisée, ces deux éditions étant identiques, sur le plan du dessin et du texte. Quant à "Tintin", il possède une bouche, en 1946, alors qu'elle n'était pas visible à l'origine, en 1931, notre héros portant, alors, une casquette, disparue dans l'édition en couleurs, mais que nous retrouvons, en 2019, dans la version colorisée, copie conforme de la première édition, publiée en albums par les éditions du "Petit Vingtième", de Bruxelles, avant d'être rééditée, en couleurs, par les éditions "Casterman", alors sises à Tournai.

"Moulinsart" nous précise qu' "Hergé dessinait sur des feuilles de papier à grain "Steinbach" de grand format, qui permettaient tant de dessiner au crayon, que d'encrer le trait à la plume ou de poser des aplats noirs au pinceau. Ce papier, qui sera adopté par de nombreux dessinateurs, autorisait un gommage du crayon et un masquage à la gouache blanche, pour les parties corrigées après l'encrage." 

"Certaines planches sont rehaussées de zones définies à l'aquarelle, en un bleu très clair, pour délimiter les surfaces à interpréter par l'imprimeur, qui apposera une trame mécanique, procédé imposé par la technique d'impression de l'époque, les textes des dialogues étaient également lettrés directement sur la planche par Hergé."

"Ces planches étaient ensuite réduites en photogravure sur film, avant transfert sur support métallique, permettant la fabrique d'un cliché typographique, le mode d'impression dans les années trente."  

"Toutes les planches ont été conservées. Toutefois, une restauration méticuleuse aété entreprise avec succès, grâce aux outils numériques du XXIe siècle, pour restituer le trait d'Hergé dans toute sa splendeur."

"La captation du trait sans pertes et l'élimination des demi-tons (crayon, taches, bleu clair et pétouilles) sont extrêmement précises et permettent de valoriser la création de l'auteur."

"Cette version (contrairement à l'édition en couleurs, de 1946, ndlr) restitue  une savane chaude, jaune et sèche, plus proche de la réalité. C'est donc une interprétation de la première version originale, sous une autre lumière... plus africaine."

Si cette présente édition colorisée compte, comme l'édition originale, 110 pages, notons que l'édition en couleurs fut ramenée à 62 pages, ce coloriage ayant été confié par Hergé, dès 1943, à son assistant de grand talent, Edgar Pierre Jacobs (1904-1987), créateur, trois ans plus tard, en 1946, de "Blake et Mortimer", dans le "Journal de Tintin", avec "Le Secret de l'Espadon" (en albums des éditions "du Lombard", en 1950).

Mais revenons à cette très intéressante exposition, qui, en outre, nous propose des copies de diverses cartes postales qui inspirèrent Hergé, comme celle du paquebot "Thysville", qui fut remplacé, dans l'édition en couleurs, par un autre paquebot, le "Louisville".

A quelques mètres de là, nous trouvons l' "Aniota", l' "homme léopard", qui se penchait au-dessus de ses victimes, avec ses griffes solidement nouées aux poignets, Hergé s'étant rendu à Tervuren, pour croquer la statue exposée au "Musée du Congo belge", qui deviendra, en 1960, le "Musée royal de l’Afrique centrale", avant, après une longue rénovation, de devenir, en 2018, l' "Africa Museum". A noter que, mis en valeur, à l'époque, cette statue de l' "Aniota", sculptée par Paul Wissaert (1885-1951), est maintenant exposée, sur le côté, parmi d'autres statues à  caractère colonial, par respect pour le Congo d'aujourd'hui, qui tient a oublié son passé colonial.

C'est dans cette même optique que certains Congolais n'apprécient guère la publicité faite autour de cette édition colorisée, de "Tintin au Congo". A noter que les 110 planches, de ce présent ouvrage, sont précédées de trois pages de textes, qui restituent l'historique de cette seconde aventure de "Tintin", nul ne pouvant nier que le Congo était bien une colonie belge, à l'époque où Hergé créa cette bande dessinée, en 1930, l'indépendance congolaise ne survenant qu'en 1960, trente ans plus tard.

Contrairement au projet d' Hergé de choisir les Etats-Unis comme seconde destination de "Tintin", c'est le directeur du "Petit Vingtième", l'abbé Norbert Wallez (1982-1952) qui - espérant ainsi susciter, au sein de la jeunesse, des vocations pour entreprendre une carrière coloniale - voulu envoyer le jeune reporter dans ce qui était alors le Congo belge...

Afin d'en connaître davantage, nous ne pouvons que recommander la lecture du livre de l' "Hergéologue" Philippe Godin :"Les tribulations de Tintin au Congo"  (éditions "Casterman-Moulinsart"/2018/224 p./297 x 215 mm/papier "Condat Matt Périgord" 115 gr./couverture cartonnée/format à l'italienne/31€50). Président de l'asbl "Les Amis d'Hergé", auteur, entre autres, des sept volumes de la collection "Hergé-Chronologie d’une Œuvre" (éditions  "Moulinsart"/2000-2011), Philippe Godin tient à insister sur l'importance de remettre cette oeuvre d'Hergé dans son contexte, écrivant :

"En Belgique on demandait l'interdiction de 'Tintin au Congo', mais si on interdit une oeuvre comme celle-ci il y a plein de romans qu'on ne peut plus lire ni vendre, plein de films qu'on ne peut plus montrer. C'est un faux problème. Il faut que les esprits soient clairs, q'on sache de quoi on parle, qu'on sache ce qu'on lit, et dans quelle époque ça a été fait".

"S'il y a lieu d'être mécontent aujourd'hui, il faut être mécontent de ce que nos parents, nos grands-parents ont été, de cette mentalité qui a prévalu longtemps. (...) Bien sûr, il y a ce parlé des Noirs, ce sont des choses que l'on peut reprocher, mais pas uniquement à Hergé. C'est l'époque qui était comme ça."

A noter que ce très intéressant ouvrage nous propose une version inédite en français, de "Tintin au Congo", en noir-et-blanc, celle là même qui avait été publiée, en néerlandais, en 1940-1941, au sein du quotidien "Het laatste Nieuws". En outre, Philippe Godin élargit ses nombreux commentaires à la relation entre Hergé et les Africains depuis les débuts du dessinateur, au milieu des années vingt, jusqu’à ses ultimes réalisations à l’aube des années quatre-vingt.

Quant à l'exposition du "Musée Hergé", elle nous apprend que lorsqu'Hergé évoque "Boula Materi", il n'invente pas ce nom, les Congolais, eux-mêmes, appelaient ainsi le journaliste-explorateur britannique Henry Morton Stanley (1841-1904), qui fut mandaté, en 1878, par le Roi Léopold II (1835-1909) pour aquérir le Congo, qui, sous le nom d'Etat indépendant du Congo devint la pocession personnelle du second Roi des Belges, qui, en 1908, le céda à son pays, la Belgique.

A juste titre, nous pouvons nous étonner de la manière dont "Tintin" traîte, ici, les animaux. Hergé s'en excusa, lors d'un entretien avec Numa Sadoul, en 1971, publié dans "Tintin et moi, Entretiens avec Hergé" (Ed. "Casterman"/ 1975) : "J'aime beaucoup les animaux. Et justement, j'ai du remord d'en avoir tué ou fait souffrir... Comment ai-je pu me montrer d'une cruauté aussi effroyable. Je n'ai pas fini de le regretter, comme autant de mauvaises actions que j'aurais réellement comises."

Par ailleurs, certains penseront qu'une "Ford T" (créée en 1908) ne pouvait rouler sur une ligne de chemin de fer, comme vu dans les différentes versions de l'album, et pourtant ... c'était possible, car si, en Belgique, l'écartement des rails était de 143,5 cm, au Congo, il n'était que de 106,7 cm, ... ce qui aurait laissé la possibilité à un véhicule automobile d'emprunter cette voie de circulation, ... même si, ici, nous nous trouvons face à une imagerie caricaturale, ce que nous retrouvons tout au long de cette aventure de "Tintin"

Cette "Ford T" ne figurait pas sur la couverture initiale, des éditions du "Petit Vingtième", faisant  son apparition, en couleur noire, sur la couverture proposée par les éditions "Casterman", ... alors qu'Hergé décide, pour l'édition en couleurs, d'offrir, ensuite, une jolie tinte vive, couleur girafe, afin de donner un air pimpant à sa voiture.

Soulignons la bonne volonté d'Hergé, en 1946, 14 ans avant l'indépendance du Congo, de revoir les textes de certains phylactères, comme dans une case où "Tintin" donne cours à des enfants, ... qui, au lieu d'en apprendre sur "leur patrie" (à savoir, la Belgique !), en 1930-1931, étudient, désormais, les additions, en 1946...

Le jeudi 10 janvier 2019, jour anniversaire des 90 ans de "Tintin", à l'Hôtel de Ville de Bruxelles, se tint un débat public intitulé "Le Congo de Tintin ", avec la participation de nombreuses personnalités, dont Philippe Godin, le biographe d'Hergé, déjà cité, Daniel Couvreur, le journaliste spécialisé de BD du quotidien "Le Soir", ou encore de Barly Baruti, dessinateur congolais, qui déclara : « Non, l’album 'Tintin au Congo' n’est pas raciste, mais plutôt paternaliste et teinté d’un évident stéréotype viscéralement colonialiste. Néanmoins, je ne fais pas le procès d'Hergé, mais celui de la colonisation. »

Aussi, Daniel Couvreur écrivit, le lundi 14 janvier :« Barly Baruti ne plaide pas pour interdire l’album ni le gommer des mémoires. Il souhaiterait tout simplement en faire un outil de dialogue et réflexion sur notre histoire commune. »

Le 10 janvier 2019, avec Barly Baruti , à gauche, et Daniel Couvreur, à droite (c)  Moulinsart 2019

Puisse cette intervention d'un Africain, et ces deux phrases de notre collègue du "Soir", clôturer ce débat, replaçant cet ouvrage d'Hergé, à l'époque où il l'a pensé, écrit et dessiné, non pas de sa propre volonté, ... mai bien, comme nous l'avons déjà signalé, à la demande de l'abbé Norbert Wallez ...

Ouverture : du mardi au vendredi, de 10h30 à 17h30, le samedi et le dimanche de 10h à 18h. Prix d'accès au musée, incluant l'audio guide et l'exposition temporaire "Tintin au Congo-Le Trait original" : 12€ (étudiants, seniors et membres d'une famille nombreuse : 7€ / de 7 à 14 ans, étudiants à Louvain-la-Neuve et amis du musée : 5€ / Article 27 : 1€25. Conditions spéciales : de groupes, de visites guidées, de guides pour malentendants ou déficients visuesl, s'adresser au musée : 010/48.84.21 ou info@museeherge.com. Site web : www.museeherge.be.

En février, au "Musée Hergé" :

* Nouvel An chinois, du mardi 05 au dimanche 17 (sauf dimanche 10, lundi 11 et samedi 16), sur inscription préalable (010/48.84.21 ou info@museeherge.com) :

- visites guidées "Lotus Bleu" (sans supplément de prix) : à 11h et 15h30, en français ; à 14h, en anglais ;
- au restaurant "Le Petit Vingtième" : plats asiatiques ;                                                                                           
- à la librairie : présentation spéciale "Lotus Bleu".

* Saint-Valentin, le dimanche 17 :

 - ambiance romantique ;                                                                                                                                 
- rose offerte aux 50 premiers visiteurs ;                                                                                                               
- coupe de champagne aux 50 premiers convives, au restaurant "Le Peit Vingtième".

... Et que ce soit pour les 90 ans de "Tintin" ou pour la Saint-Valentin, appréciant autant les bulles de BD que les bulles champenoises, n'oublions pas ce que Georges Remy écrivit : " A force de croire en ses rêves, l'homme en fait une réalité"...

Yves Calbert.