Le musée vir[us]tuel de la Ville d’Eaux - N° 2 Bonbonnières, dites bergamotes ou orangettes

écrit par francois.detry
le 27/03/2020
Bergamote du XVIIIeme siecle, Grasse. ( C.Barbiero )

Bonbonnières, dites bergamotes ou orangettes Ces objets ( photos 1 et 2 ) tout à fait particuliers proviennent probablement de la région de Grasse, en France. Il s’agit de bonbonnières, de petites « boîtes » fabriquées au 18e siècle et dans la 1ère moitié du 19e siècle. A cette époque, elles étaient vendues chez l’apothicaire - le pharmacien / droguiste - et contenaient non pas des bonbons à proprement parler mais des « carminatifs » c'est-à-dire des baies ou des graines qui faisaient oublier l’arrière-goût de l’eau ferrugineuse que les curistes ingurgitaient en grande quantité mais, surtout, aidaient à la digestion de cette eau très minéralisée. On y trouvait des baies de genévrier, des graines de carvi, d’anis, de cardamome ou encore des écorces d’oranges confites.

Mais pourquoi appeler ces bonbonnières des bergamotes ? La bergamote est un fruit, sorte de petite orange très parfumée. Les amateurs de thé anglais connaissent son odeur très particulière qui parfume le thé Earl Grey. Elles sont réalisées avec la pelure de ces fruits. On coupait le fruit en deux moitiés, on vidait le fruit de sa pulpe, on retournait l’écorce afin d’avoir la partie blanche à l’extérieur. Ensuite on moulait les 2 parties pour leur donner la forme d’une petite boîte ronde mais aussi carrée, ovale, losangique, en forme de cœur… Elles étaient ensuite recouvertes de céruse puis peintes et décorées de motifs divers et souvent de devises amusantes : « notre union a des charmes », « l’amour manchaine », « il mest fidelle », « l’amour peut tout », bref des mentions qui laissent à penser que ces petits objets étaient souvent offerts.

La photo 1 présente une pièce de forme particulièrement intéressante : on y voit un pélican nourrissant ses petits, symbole du sacrifice du Christ dans la tradition chrétienne. Dans le phylactère, on peut lire « Nourrissez vos enfants, ils seront beaux ». Vendus à Spa chez l’apothicaire avec la panoplie du parfait bobelin – appellation du curiste du 18e siècle – qui comprenait également un cadran en ivoire, ces objets amusants font traditionnellement partie des collections de jolités.

Détails du motif photo 1 Dimensions : Motif pélican hauteur : 100 mm et diamètre 65 mm Epoque : 2e moitié du 18e siècle et début 19e siècle Technique : écorce de bergamote moulée, peinte et vernie N° d’inventaire : A0003 et A1105

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Bibliographie :

CANOY, Jean-Louis, Les bergamotes ou orangettes à Spa. Une controverse de salon, in Histoire et Archéologie spadoises, n°82, pp. 53 à 57.

CANOY, Jean-Louis, Bonbonnières ou bergamotes, in Histoire et Archéologie spadoises, n°102, pp. 54 et 55.

PIRONET, Louis, Essai sur les bergamotes ou orangettes, in Histoire et Archéologie spadoises, n°80, pp. 147 à 163.

PIRONET, Louis, Les bergamotes et Spa, in Histoire et Archéologie spadoises, n° 103, pp. 103 à 105.

Les bergamotes: ravissantes bonbonnières A la cour de Louis XV dite « la cour parfumée », les femmes raffolent des boîtes élégantes de toutes sorte comme les boîtes à senteurs, les boîtes à mouches, poudriers, boîtes à perruques, Boîtes à fard, tabatières et aussi de petites bonbonnières fabriquées à Grasse (Alpes-Maritimes) qu’on nommait bergamotes ou « orangettes ». Ces ravissantes boîtes étaient destinées à contenir des friandises, pastilles et autres bonbons, mais aussi du tabac à priser, ou, pour les plus grosses, des mouchoirs, des rubans, divers menus objets relatifs à la toilette féminine, etc. A l’origine, Les premières bergamotes étaient constituées de l’écorce du fruit, prélevée en deux moitiés. La coque ainsi obtenue est ensuite plongée dans l’eau durant un moment, puis la peau est retournée et mise à sécher au soleil sur un moule, un calibre ou un mandrin. Puis en séchant, la pelure prend la forme souhaitée. Après polissage, les demies coques étaient ornées de motifs et décors dessinés à l’encre de Chine ou gravés à la pointe en creux. Les deux moitiés d’écorces s’emboîtaient pour faire une petite boite. Compte tenu du succès rencontré par ces objets, il fallut trouver un autre mode de fabrication. la technique du cartonnage moulé en forme, mise au point quelques décennies plus tôt, s’y prêtait fort bien. Une véritable industrie se développa donc à Grasse d’où sortit une multitude de boîtes parfumées. De petit taille, leur diamètre n’excédait pas 7 cm, de formes généralement circulaire, mais aussi ovale ou en coeur, ces bergamotes étaient tapissées à l’intérieur d’une marqueterie en écorce de bergamote pour parfumer le contenu., formant des motifs carrés ou en losange.

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Pour aller plus loin : http://www.proantic.com/magazine/bergamote/

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Le Musée de la Ville d’eaux vous propose aussi : - Revue : « Histoire et Archéologie spadoises » ( 48 p. ) / 3 parutions / année / 15 € / http://www.spavillaroyale.be/spip.php?rubrique60

- Prochaine exposition temporaire « Destination Spa. Les plaisirs de la villégiature à la Belle Epoque » / http://www.spavillaroyale.be/spip.php?article448

© Musées de la Ville d’eaux

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 Lien vers tous les reportages de François DETRY

  • Bergamote du XVIIIeme siecle, Grasse. ( C.Barbiero )
  • Bergamotes du 18eme siecle
  • Bergamotes, musees de Grasse. ( C.Barbiero )
  • Boite a Perruque. En Arte Povera. Decor interieur en bergamote sur le dessus. Louis XV, Grasse. L’Art du Renouveau, proantic
  • Boite a Perruque En Arte Povera. Decor interieur en bergamote sur le dessus. Louis XV, Grasse. L’Art du Renouveau, proantic
  • Coffret de toilette en carton, bois, bergamote et verre du XVIIIe siecle, Venise. Musee de la Parfumerie de Grasse.
  • Photo 2
  • Photo 1
  • Petite boite en bergamote, 18eme siecle. (c) expertissim
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