La Grosse Police est centenaire ( 1920 - 2020 )

Dans deux semaines, le Cwarmê déroulera ses fastes. Source de jouvence du Malmédien, cet événement incontournable pour chacun d’entre nous repose avant tout sur la tradition, notamment au travers de nos masques traditionnels.
Parmi ceux-ci, il en est un qui mérite plus que jamais notre attention. En effet, la Grosse Police « fête » cette année son centenaire puisque sa première apparition, dans sa formule actuelle, remonte à 1920.

A l'origine un crieur public, par ailleurs rémunéré par la commune, assumait l’annonce des festivités carnavalesques et des prescrits publics comme, entre autres, les règlements de Police. Simple citoyen, il portait le sarrau d’usage à l’époque et était souvent coiffé d’une casquette d’ouvrier. Réminiscence de la période française, il remplissait le rôle de tambour de la Garde et s’appuyait non pas sur une cloche (ou clabot), mais sur un tambour pour attirer l’attention du citoyen qui accordait le plus haut intérêt à ses apparitions à une époque où l’information reposait plutôt sur la transmission orale. Feu Albert Leloup, dans le « Pays de Saint-Remacle » précise que « avant 1914, la Grosse Police parcourait les artères du centre de la ville au son d’un tambour et à certains endroits, elle lisait un texte rimé en wallon annonçant l’ouverture du carnaval ». Le carnaval ayant été interrompu durant la guerre 14-18, on peut accréditer le fait que la Grosse Police contemporaine apparaît peu de temps après la fin de ce conflit majeur, soit en 1920. Dans quelle mesure, ce masque ne traduit-il pas également la libération de l’autorité d’avant 1914 ? C’est en tout cas ce que propose François Massoz dans « La Grosse Police, médiateur protecteur du pouvoir populaire » (Université de Liège, 2008-2009).

La "Grosse Police" est donc ipso facto un personnage récent de notre carnaval multiséculaire. Outre le sarrau, elle est coiffée du bicorne noir orné d’une cocarde aux couleurs malmédiennes et porte en bandoulière et à main gauche un sabre. Par coquetterie sans doute, elle revêt un pantalon blanc. Son embonpoint, généreusement amplifié sous sa tenue vestimentaire, en fait « quelqu’un du peuple ». C’est par dérision que la « Grosse Police » s’est vue affublée de cette appellation.
La cloche (ou clabot) est, on peut le supposer, apparue en même temps que cette Grosse Police, soit en 1920. Nous venons de le voir, avant cette date, les commandements étaient annoncés par des roulements de tambour. La cloche figurait en tout cas sur l’affiche du carnaval 1926, œuvre d’Ernest Lambert. Cette cloche, la même que celle utilisée aujourd’hui, était l’outil de travail du dernier crieur public communal, en fonction jusque dans les années 1960, Monsieur François Thérer. Elle est l’instrument qui rend la Grosse Police (qui n’est accompagnée de sa garde que depuis les années 1950) unique et la distingue des autres masques.
En devenant, en 1920, le personnage qui non seulement perpétue l’annonce du carnaval, mais qui en outre accompagne le Trouv’lê, lui prêtant protection, la Grosse Police entre pleinement dans la tradition carnavalesque, qu’elle n’a pas quittée depuis.
Et puisqu’elle accompagne le Trouv’lê et proclame le « C’mand » (commandement écrit en vers wallons) de ce dernier en vue des quatre jours de fête, c’est donc tout naturellement qu’elle est issue des rangs de la Royale Malmédienne qui bientôt (en 2024) « portera » le Trouv’lê depuis 150 ans. De cela, vous vous en doutez, nous en reparlerons.
Mais d’ici là, « Vive Nosse grosse Police, vive lu Cwarmê d’Mâm’dî ! »

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Carnaval 2020 : programme de la Royale Malmédienne

La désormais traditionnelle répétition de chants de carnaval pour petits et grands, suivie de la "soirée chapeaux" qui connut en 2019 un énorme succès a eu lieu ce samedi 1er février au Malmundarium. Même succès, de foule et d'ambiance, pour cette organisation qui prend de plus en plus place dans notre calendrier et devient incontournable. Nous vous livrons notre programme pour le Cwarmê 2020 :
La sortie du jeudi 13 février, 3ème jeudi gras, lancera les festivités carnavalesques proprement dites de la Royale Malmédienne. Le départ est fixé à 20 heures au Jardin d’Eden (Gare).
Les quatre Jeudi-Gras consommés, le Cwarmê 2020 s’ouvrira officiellement le samedi 22 février.
L'annonce des festivités par la Grosse Police dès 9h30 aux quatre coins de la ville, sera suivie par la réception du Trouv’lê par les autorités communales. Vous aurez ensuite le loisir d’admirer le cortège du Trouv’lê qui aura comme thème (côté Royale Malmédienne) « Tènetène â payis do noûvîme ârt ». Ce cortège, qui rappelons-le, se veut humoristique, participatif mais aussi et surtout de bon goût, débutera à 16 heures au départ de la Fraternité.

Le lendemain, dimanche 23 février, nous participerons à la grande parade carnavalesque suivie de la traditionnelle Bâne Corante qui doit rester l’âme du carnaval de rues de Malmedy.

Lundi 24 février, journée des Rôles..
Les acteurs vous inviteront à déguster, dans le savoureux wallon malmédien, « Lu Schlafmütz ! », œuvre originale sortie de la plume du « Grand Flahou ». .Les représentations sont fixées à 14 heures en rue Neuve et à 16 heures 30 en Chemin-rue.

© François DETRY
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