Partager un repas « exotique » avec les demandeurs d’asile de la Croix-Rouge à Harre (Manhay)

écrit par ReneDislaire
le 07/10/2007
Evelyne devant le menu: loso, makemba; fufu, mosaka, makayambu, pondu

Le premier mardi de chaque mois, le centre de demandeurs d’asile de Harre (St-Antoine, commune de Manhay) invite à un repas « saveurs du monde » : nous avons testé pour vous l’accueil, la convivialité, et la qualité d’un tel repas.
Ce 2 octobre 2007, c’étaient les Congolaises qui invitaient.
Cinq femmes souriantes, attentionnées. Fières, légitimement fières de ce qu’elles sont, de ce qu’elles font.
Quand on entre dans la salle commune, ça sent bon l’exotisme.
Pensez donc : il est 18 heures, et depuis le matin, elles s’affairent à la cuisine où se mélangent dans la chaude atmosphère les odeurs des bananes frites, du maicayambu (poisson salé), de l’ambasad couronne, du fufu, de la moambe, du poulet fumé, des sauces pimentées...
Mieux, Clara a dû, toutes les trois heures la nuit durant, changer l’eau de la bassine où dessalait le poisson fumé mis à tremper la veille, le nzompbo. Un poisson spécial, un mammifère (mais alors, est-ce vraiment un poisson ?) capable de grimper aux arbres avant de replonger vivre dans l’eau. Quand on vous le dit !
Nous sommes une vingtaine à partager le repas. Pour la plupart, des Néerlandais domiciliés à proximité, dans la vallée de l’Aisne, à Durbuy, Erezée, Manhay. « Nous sommes des Hollandais qui ne savons pas nager, plaisante l’un d’eux, alors, avec le réchauffement climatique, si le niveau de la Mer du Nord monte, ici, nous sommes en sécurité ».
Clara, du Kasaï, fait un long exposé, très écouté, sur la République démocratique du Congo. Aucune considération politique ne perce dans ses propos. Cette femme est équilibrée, douce, calme, persuasive. On sent qu’elle aime son pays, ses gens, ses sites. Jamais elle ne dira « le Congo » ; chaque fois, en entier : « la République démocratique du Congo ». Avec respect pour la terre de ses ancêtres, son sol natal, son drapeau.
On voit qu’elle adore manger : elle parle des aliments et de leurs saveurs, mais aussi de leurs vertus nutritives, curatives et thérapeutiques. Elle dévoile ses recettes, donne des conseils. Dans un français absolument sans faute : juste la petite pointe d’accent qui le rend d’autant plus savoureux. Son discours devient un conte africain, enchanteur, enjôleur. « Clara, vous étiez professeur, avocate, ou cuisinière professionnelle ? » « Moi, répond-elle en s’esclaffant ? mais je ne suis qu’une simple ménagère ! »
Puis on se sert. Un seul mot d’ordre : méfiez-vous quand même de la sauce pimentée !
Un régal.

Derrière autant d’affabilité, quels sont les drames que dissimulent crânement ces femmes ?
Ce n’est en effet pas pour leur plaisir qu’elles sont à Harre, dans la promiscuité du Centre de la Croix-Rouge « Des Racines et des Ailes », parmi 120 pensionnaires en attente de papiers. Seules sur la route de l’exil. Accompagnées, certes, par un personnel et des bénévoles compétents et dévoués. Encadrées par les services que la Belgique, la Croix-Rouge, et des associations locales mettent à leur disposition. Mais loin des leurs, séparées d’un mari ou d’enfants, peut-être, arrachés brutalement à leur affection.

Clara, Alibi, Dania, Evelyne, mamy, vous nous avez nourris en partageant votre cuisine, mais aussi en partageant vos émotions, vos regards. Merci de nous avoir ouvert votre porte, le temps d’une soirée, le temps d’un repas.
Nous avons tous très bien mangé. Mais derrière tout cela, si on savait…

Ne cherchez pas Clara sur les photos : elle n’a pas souhaité y paraître. D’ailleurs, Clara est un prénom fictif.
Elle a la chance de pouvoir demander un asile en Belgique, pour sécuriser ses enfants. Mais elle a laissé beaucoup des siens dans la guerre qui justifie ses espoirs de régularisation.
Un mot de trop sur son identité, c'est mettre en danger de mort, de façon parfois atroce, le reste d'une famille.

René Dislaire.

  • Evelyne devant le menu: loso, makemba; fufu, mosaka, makayambu, pondu
  • ce qu'il reste de fufu
  • ce qu'il reste de maicayambu
  • ce qu'il reste de poulet sauce moambe (avec huile de palme)
  • ce qu'il reste de manioc et de bananes en tranches
  • pas de bonne cuisine sans bonnes casseroles
  • avec Marie-Adele, une des responsables de la Croix Rouge: c'est gai, la vaisselle!
  • des participants au repas
  • des participants au repas
  • le dessert: salade de fruits (exotiques, cela va de soi)
  • ah! oui, il avait aussi du riz! pas de moambe sans riz!
  • les pensionnaires congolaises qui nous ont accueilli pour le repas du soir
  • une vue des participants
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