Gérard Close, le "bonhomme" qui adoucit les moeurs…

écrit par ReneDislaire
le 09/01/2008
A l'orgue de Clervaux

Il est le seul être vivant à pouvoir remplir l’église Sainte-Catherine de Houffalize, ce qu’il fait chaque 3 novembre en l’honneur de la Saint-Hubert, avec sa clique de sonneurs de trompe du Bien aller du Val de l’Ourthe.
L’Europe sera culturelle ou ne sera pas, disait un de ses pères fondateurs, à qui on prête aussi l’aphorisme : chacun a besoin de culture, même s’il n’en a pas les moyens…
Alors que la Wallonie flagorne ses managers Marshallisés et tandis que chaque village dope son sportif vedettisé au sortir du berceau, pourquoi ne pas encenser un « culturel » qui nous aide à passer l’hiver comme l’été avec un surplus d’enchantement ?

L’Académie de Malmedy
Depuis 28 ans (Note: cet article est mis en ligne en janvier 2008 ) , Gérard Close a la tâche de diriger l’Académie de musique de Malmedy.
Une école d’enseignement secondaire artistique subventionné, organisée par la ville de Malmedy, sur base d’une convention avec cinq autres communes : Stavelot, Waimes, Vielsalm, Trois-Ponts, et Gouvy. Plus de douze cents élèves sont inscrits librement aux cours dispensés par cette académie.
« C’est une chance, constate Gérard Close, de pouvoir travailler dans un milieu sociologique où la musique n’a pas connu de dévaluation au cours des dernières décennies. Jadis, on chantait à l’école primaire et dans les mouvements de jeunesse : il y avait tout un fond d’art et de folklore dans lequel baignaient les enfants dès le plus jeune âge. Cela s’est perdu. Les ouvriers sifflaient en travaillant, ce qui ne se rencontre plus sur aucun chantier ! Le disque, le « produit parfait », a remplacé l’animateur des regroupements familiaux. Et, en matière d’activités parascolaires, les jeunes se dispersent souvent dans le butinage…
Ma chance, savoure-t-il avec son indissociable sourire épicurien, est de travailler pour six communes qui comptent, ce doit être un record, 17 harmonies et fanfares, non comprises les chorales ! Cela fait autant de vitrines de la musique populaire, autant de cercles où les efforts d’apprentissage sont rémunérés par la satisfaction d’une reconnaissance sociale, outre le plaisir de s’adonner à un art qui est plus que tout autre facteur d’intégration. Les élèves de l’académie proviennent de tous les milieux, représentent toutes les tranches d’âge : ils me donnent des satisfactions sans cesse renouvelées, ce qui me permet de maintenir intacte ma passion».

Le Bien aller
C’est le nom de la bande de copains qui, tournant le dos au public, agrémentent tant d’aubades à Houffalize et en bien d’autres endroits plus ou moins éloignés.
Bientôt cette douzaine de sonneurs de trompe donneront leur six centième concert !
«Bien aller » : cette expression est un programme, capable d’accrocher tout le monde, partisan ou adversaire de la chasse, puisque le bien aller est, selon les dires du maître, un moment de bonheur pour les chasseurs, un temps que l’on va déguster ensemble, un soupir dans l’éreintement cynégétique à l’appel de cette phrase musicale particulière, qui n’a rien d’un signal de vénerie.
Gérard Close est fier de mener cette troupe conviviale et imposante, issue de la clique des majorettes fondée par ses parents dans les années 60.

Le point d’orgue
Parlez-lui d’orgue(s), et Gérard, devenu « maître Close», devient intarissable.
Il s’est assis à la console du roi des instruments dans les lieux les plus sacrés d’Europe.
Dans sa région, c’est tout juste s’il n’a pas donné à chacun d’eux un affectueux prénom !
« Chaque orgue a un caractère qui lui est propre, selon la facture que lui a donnée l’artisan qui a imprimé à son enfant une personnalité bien particulière, qui résulté du génie du père ainsi que de l’environnement acoustique de la bâtisse où il s’exprime ».
Gérard Close a fondé et préside l’asbl des orgues de Salmchâteau, instrument indissociable de la mémoire de l’abbé Jean-Marie Thomas, dont il parle avec une émotion recueillie. Il salue à Montleban un orgue ingénieusement bricolé par l’abbé Mathot, à la base d’un rayonnement culturel qui a vu un renouveau de la vogue de la « servante du Seigneur » dans nos régions, il y a près de cinquante ans. Il est admiratif devant les performances du vétéran des orgues luxembourgeois, celui de Steinbach, construit en 1745 et si bien restauré.
Puis il y a l’orgue de l’abbaye de Clervaux, où Gérard Close joue tous les dimanches. « C’est ma récompense de la semaine » : ainsi qualifie-t-il sa prestation hebdomadaire au service de la communauté bénédictine. « A Clervaux, je peux m’exprimer individuellement, et je ne me prive pas de cette liberté, dans le respect de la liturgie des moines qui eux aussi respectent et apprécient l’art que je sers ». Le grand jeu, quoi !

Quel que soit l’instrument dont il parle, le lieu et l’environnement où il s’exprime, comme directeur d’académie à Malmedy, souffleur de trompe dans des réjouissances populaires, ou accompagnateur d’une pieuse liturgie, le souci de Gérard Close est de servir un art qui soit acte créatif à la portée de tout le monde. Et il y réussit !

René Dislaire © Houffalize, le 10 janvier 2008

Lien:La Saint-Hubert des sonneurs de trompe à Houffalize

  • A l'orgue de Clervaux
  • G. Close sert un "petit blanc" (concert de trompes, Saint-Hubert)
  • St-Hubert Houffalize
  • Gerard Close
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