Réforme du Code forestier Natagora sort du bois

écrit par admin
le 21/02/2008
Réforme  du Code forestier Natagora  sort du bois

Annoncée depuis plus de quinze ans, la réforme du Code forestier, un texte remontant au milieu du 19è siècle, a enfin franchi la première étape de son parcours politique (adoption en première lecture par le Gouvernement Wallon le 6 décembre 2007). La portée attendue de cette réforme est considérable puisqu’elle concerne la totalité des forêts wallonnes (publiques et privées) soit environ 550.000 hectares. Natagora salue la proposition déposée par le Ministre Benoît Lutgen, en particulier l’objectif de préservation de la biodiversité forestière et son renforcement très clair en forêts publiques. Toutefois, elle s’avère insuffisante pour assurer un réel développement durable de la forêt wallonne…

Enfin une forêt multifonctionnelle Dans le code forestier actuel (la loi du 19 décembre 1854), l’objectif visé pour la forêt était unique : il s’agissait de la réglementer dans une perspective strictement économique. La fonction de la forêt pouvait se résumer à la production de bois. Désormais, cela ne sera plus le cas : c’est bien d’une gestion durable et multifonctionnelle de la forêt dont il est désormais question dans le projet de code. Il s’agit donc de tenir compte, à valeurs égales, des trois grandes fonctions que remplit la forêt, à savoir : la fonction économique, la fonction sociale/récréative et la fonction écologique (voir encart).

Le nouveau code forestier : bon cru mais peut faire mieux ! Natagora salue le projet de texte, en particulier concernant les forêts publiques. L’association se réjouit de la volonté de la Région, des Provinces et des Communes de montrer l’exemple en intégrant des mesures simples de bonne gestion forestière qui devraient apporter de grands bénéfices pour la protection de la faune et de la flore sans pour autant grever la rentabilité forestière. Ainsi, des mesures sont prévues par exemples pour favoriser le maintien de vieux arbres et du bois mort, le développement de lisières arbustives et la préservation des cours d’eau. Pour l’association, ces efforts restent malheureusement insuffisants au regard des enjeux environnementaux et la perte de biodiversité…

Natagora met sur la table cinq revendications : 1/ La forêt multifonctionnelle, c’est la forêt feuillue Natagora ne nourrit aucune aversion particulière vis-à-vis des plantations artificielles, qu’elles soient ou non résineuses (épicéas ou peupliers), dès lors qu’elles n’altèrent aucun site de haute valeur biologique et qu’elles sont conduites avec des normes écologiques acceptables. Mais il faut rappeler que la forêt réellement multifonctionnelle, c’est la forêt feuillue composée d’essences indigènes (chêne, hêtre, frêne, bouleaux, etc…). De rappeler aussi que si ces dernières décennies la forêt wallonne s’est largement développée, cet accroissement s’est opéré au détriment de la forêt feuillue et des milieux semi-naturels associés (landes à bruyères, pelouses sèches…). En un siècle et demi, nos forêts feuillues, jadis largement dominantes, ont perdu pas moins de 100.000 hectares au profit de monocultures de résineux exotiques ! Natagora demande que le Code ait désormais pour objectif clair de maintenir et étendre les forêts d’essences indigènes. 2/ Réforme des droits de succession : cadeau sans conditions ? Le projet de Code propose d’exonérer tous les propriétaires forestiers des droits de succession et de donation, dans l’objectif d’encourager la production forestière d’essences dont l’âge d’exploitation est grand (le chêne par exemple). Cette exonération dont le coût sociétal sera important (5 millions d’euros/an !) paraît inadéquate dès lors qu’elle ne fait aucune différence entre forêts feuillues constituées d’essences indigènes à longue révolution et plantations artificielles d’essences exotiques à croissance rapide. Natagora plaide donc pour que l’exonération envisagée concerne uniquement les forêts d’essences indigènes (l’incitant créerait ainsi un réel outil encourageant le redéveloppement de forêts feuillues) ou, à tout le moins, que celle-ci soit conditionnée à de réelles avancées environnementales. 3/ Et la préservation de nos cours d’eau ? Natagora apprécie particulièrement que le Ministre Lutgen ait retenu des options claires de préservation de la biodiversité pour les forêts publiques mais l’association regrette qu’en ce qui concerne les forêts privées les mesures envisagées restent bien modestes. A titre d’exemple, la préservation des abords des cours d’eau est complètement négligée. Natagora plaide pour l’élargissement, à l’ensemble de la forêt wallonne, de la mesure d’interdiction de plantations résineuses sur une largeur de douze mètres de part et d’autre des cours d’eau. A titre comparatif, au Grand Duché de Luxembourg, les plantations d’essences résineuses sont interdites à moins de trente mètres des bords de cours d’eau, soit à une distance plus de 2 fois supérieure ! 4/ Quid du problème de surpopulation du gibier ? Le projet de Code ignore un des problèmes les plus graves pour la biodiversité forestière en Wallonie : la surpopulation du gibier résultant notamment du nourrissage des grands mammifères (cerf, chevreuil et surtout sangliers). En un quart de siècle, les effectifs de cervidés ont doublé et ceux du sanglier ont triplé. Natagora estime que la surcharge des grands mammifères, véritable fléau pour la forêt wallonne, doit être traitée adéquatement et sans tarder. 5/ Circulation motorisée en forêt : stop ! Enfin, concernant la circulation en forêt, Natagora soutient le Ministre Benoît Lutgen dans son objectif de limiter fortement l’accès aux engins motorisés en forêt. La forêt doit rester avant tout un lieu de quiétude au bénéfice des usagers doux que sont les piétons, les cyclistes et les cavaliers. Natagora souhaite dès lors que le futur Code forestier n’autorise plus d’engins motorisés de loisir en forêt en dehors des routes (c.-à-d. toutes les voies à revêtement hydrocarboné, bétonnées ou pavées).

Natagora A.S.B.L. de protection de la nature
rue du Wisconsin 3
B-5000 Namur
tél. : +32 (0)81 – 830 570
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ENCART : Fonction écologique de la forêt ? Sur le plan environnemental, les forêts rendent de très nombreux services à la société. La forêt est le refuge de très nombreuses espèces animales et végétales. Son rôle pour la préservation de la biodiversité est donc essentiel. On estime qu’un massif forestier de taille moyenne héberge à lui seul plusieurs milliers d’espèces différentes. 43% des papillons de jours, 57% des oiseaux nicheurs et 90% des coléoptères longicornes de Wallonie dépendent de la forêt. Et malheureusement, selon les groupes, entre 15 et 50% de ces espèces sont menacées… Certaines d’entre elles ont même franchi le seuil de l’extinction ! La forêt a une importance primordiale aussi pour la préservation des ressources en eau, du point de vue quantitatif, dans la mesure où elle favorise le réapprovisionnement régulier des nappes aquifères, et du point de vue qualitatif, car la forêt est pratiquement exempte d’intrants. Au niveau local, la forêt agit comme un filtre contre les polluants, en interceptant et en accumulant sur son importante surface foliaire les poussières et particules fines. Enfin, à une époque où les changements climatiques deviennent une préoccupation majeure, il est bon de rappeler que la forêt assure un rôle de puits de carbone, lié à l’assimilation du CO2 par la photosynthèse et par les sols forestiers.

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