Gaëtan Plein: une semaine de tournée artistique à l’invitation d’écoles secondaires à Berlin

écrit par admin
le 21/12/2007
berlin 2 vopos

BERLIN 1987 2007
Je reviens d’une semaine de tournée artistique à l’invitation d’écoles secondaires à Berlin . J’intervenais dans un cours de langue française pour des adolescents allemands . J’ai raconté quelques uns de mes « contes de l’Ardenne bleue » et animé un cours de caricatures . Cet atelier de dessin était surtout le prétexte de parler à bâtons rompus en français et en allemand avec des ados , amis de la francophonie . Ainsi un professeur d’histoire avait préparé un dossier malicieux qui comparait Berlin au moment ou l’on démolissait le mur (1989) , et l’Europe actuelle des régions, qui tentent de faire sécession . Nos problèmes communautaires belges ont suscité la curiosité . Mais j’ai aussi évoqué quelques pages de notre histoire commune: notre famille royale, les Saxe Cobourg Gotha , Stavelot Malmedy , territoire médiéval , un confetti perdu dans les marches frontalières de l’Empire germanique , Guillaume II à Spa , le champion de FI Schumacker à Francorchamps et enfin , plus dramatiquement , la percée de Joachim Peiper (un berlinois , comme Giacomo Meyerbeer ) au cours de la bataille des Ardennes dans la vallée de l’Amblève en décembre 1944 .

J’ai fait une prestation dans une école connue pour son approche pédagogique « libre et stimulant la créativité » . (Waldorf schüle) .

Interpréter Voltaire à Sans Souci l’an prochain

Un projet retenu pour le printemps 2008 consisterait à interpréter le personnage de Voltaire à Sans Souci. Je devrai étudier ce personnage captivant et j’ai , dans ce but , visité avec passion le « Versailles prussien » . Les Allemands ont une grande sympathie pour Frédéric II , ce souverain grand général , flûtiste de talent , francophile et architecte d’un véritable bijou : le château de Sans Souci à Potsdam . Ainsi une table ronde dans son palais réunissait en soirée son ami privilégié Voltaire , le musicien Bach (fils) , et des hommes d’esprit s’exprimant en français . Frédéric II avait de l’humour , ce qui est d’ailleurs un trait spécifique des Berlinois : il disait de sa couronne . « Eine Kron ist eine hut in dem es regnet »(je ne garantis pas la grammaire) . = Une couronne est un chapeau dans lequel il pleut ...

Comment ce voyage s’est il goupillé ?

Pour préparer ma tournée, j’avais passé une annonce dans le journal francophone « web » de Berlin : « artiste belge de passage à Berlin cherche l’hospitalité chez des « bourgeois bohèmes » . Parmi plusieurs réponses , j’ai finalement choisi un couple sympathique . Elle est française et termine une agrégation en littérature comparée . Son ami est saxophoniste . Bien que leurs moyens soient modestes , ils louent un charmant appartement . Car à Berlin on peut vivre à bon marché . Tout leur mobilier est de récupération . Bien sûr ils n’ont pas de voiture . La ville est comparativement à Paris très étendue et verte .
Ils vivent comme des écolos , altermondialistes , et Européens convaincus , mais rejettent l’Europe de Bruxelles trop rigide .
Végétariens , amateurs de jazz , nocturne convaincu , et plus admirateurs de Al Gore ou Bernard Kouchner que de Jean Paul II ou Sarkozy . Ils aiment la marche , mais fument une herbe de temps en temps . Ils lisent Jean Paul Sartre , madame de Stael, et Amélie Nothomb . Ils rêvent d’avoir un chien , mais pas un chien de race . Ils l’appelleront Berthold en mémoire de Brecht …

Berlin est un foyer de milieux alternatifs . L’écroulement du mur n’a pas tenu de promesse de prospérité . On y voit des « ostalgique » (de ost , les anciens de l’est d’avant le mur) . Des communautés s’y développent avec des expériences sociales originales . Parfois un ordinateur ou une voiture sont partagés par quatorze couples pour diminuer les frais . Beaucoup de célibataires vivent en commun et les architectes d’avant-garde construisent des sortes de quartier villages dans la ville . Une seule clé accède aux communs et chacun a sa clé pour sa chambre personnelle . Le vélo est roi , car le Brandebourg est plat et les parcs nombreux . Si vous voulez bombarder Berlin , vous perdrez une bombe sur deux dans un jardin . Encore régulièrement on arrête le trafic et un agent vous dit avec désinvolture . « Ce n’est pas grave , on a trouvé à 50 mètres d’ici une bombe de 600 kilos dans la nurserie . »
Les quartiers bougent et des familles de milieu financièrement très échelonnés , sont voisins dans une mixité harmonieuse . L’art populaire foisonne . C’est un monde ouvert , tolérant et d’une grande créativité . L’Europe se décentre lentement vers l’est , et Paris n’est plus le seul phare . Car les « plombiers polonais » sont les ambassadeurs d’une masse de travailleurs qui ont envie de tenter leur chance ailleurs .

J’ai aussi donné une causerie dans une école huppée des quartiers chics , près du lac de Schlachtensee . Ils m’ont fait la remarque que leur nouveau directeur était hongrois . Un prof de math arrivé il y a quatre ans à peine avec des idées nouvelles . Cela aurait été impensable il y a cinq ans à peine .

Les logements sont spacieux et les loyers abordables . Le taux de chômage est important , mais la vie est bon marché et l’intégration sociale est bonne . Depuis peu de temps , les signes d’une petite reprise économique se font sentir en Allemagne . L’urbanisme social a pu éviter les banlieues ghetto comme on les voit à Paris . On a en général une impression sympathique de mixité des cultures et de sécurité . Les travailleurs turcs sont parmi les communautés les plus impliquées et fières de leur intégration dans l’économie . Ils ont une capacité de travail étonnante . Je fréquentais un cybercafé ou le gérant travaille six jours sur sept et onze heures par jour ! cela ne l’empêchait d’être courtois et efficace . Dans les kiosques internationaux , on trouve bien plus de journaux turcs que français .

Mes souvenirs de Berlin en 1987

A l’époque , j’avais un collègue réceptionniste de l’hôtel Dorint dont la cousine , Est Allemande étudiait l’archéologie à Berlin Est . J’avais profité d’une visite à la célèbre foire du tourisme ITB pour passer quotidiennement le contrôle de Check point Charlie . J’avais lu , pour me mettre dans l’ambiance , le célèbre roman de John Le Carré , l’espion qui venait du froid . Cette bible des romans d’espionnage évoque la guerre froide . « Betina » avait eu la gentillesse de m’introduire dans ce milieu fermé des étudiants « mal endoctrinés » par le régime . C’est un monde de silence que je découvrais . Car personne ne parlait de façon ouverte .Et pourtant ces quatre jeunes étaient rassurés de rester entre eux . Je ne pouvais pas les rencontrer en public sans risquer de leur faire du tort . Parler à une personne de l’ouest était mal vu . Ils m’avait dit : « pour passer inaperçu , tu dois t’habiller de gris qui est la couleur de l’Est , tu ne dois pas sourire trop souvent , paraître avoir le temps , et avoir des chaussures usées sans fantaisie et mal cirées ». Ainsi , je n’ai rien entendu de subversif en quatre jours de visites quotidiennes . Nos brèves promenades , leur soliloque étaient ponctués de sourires sibyllins , de sous-entendus . Je me souviens que l’un d’entre eux s’appelait Oscar . Un jour nous sommes passés devant un magasin d’alimentation ou l’on faisait la queue . « Aujoud’hui , il y a des carottes , dit il , des tonnes de carottes. Nous avons à l’est tout les légumes et fruits que l’on peut désirer . Ainsi la semaine passée , vous auriez pu acheter des navets , des tonnes de navets . Malheureusement , il n’y avait pas de carottes la semaine passée et il n’y a pas de navets cette semaine … »
Il n’y a rien d’étonnant que Berthold Brecht aie vécu à Berlin…
Une illustration de cette période ? Une enseignante la semaine passée m’a confié :
« J’avais étudié à Leipzig , je me suis installé à Berlin Est trois ans avant la fin du mur pour enseigner dans une école secondaire . Je n’avais pas vraiment d’aspiration politique , même si comme 70 % des gens j’aspirais à un changement . J’avais sans doute un caractère trop ouvert , je m’habillais parfois avec un peu de fantaisie , j’étais jugée excentrique . »
Peut être que cela déplaisait à certain . Le mur est tombé, tout à changer . Encore maintenant , je persiste pourtant à penser que tout n’était pas aussi mal qu’on le dit . En 1999 , j’ai eu la curiosité d’aller voir les rapports de la Stasi qui aurait pu me concerner . Il y avait eu 19 dénonciations pour les motifs les plus futiles ! - Elle parle souvent avec un collègue , ils ne semblent pas parler du travail .
- Elle a rencontré des gens bizarres dans le métro .
- Elle s’est habillée avec des couleurs pastelles le jour de la remise des
prix … »
Tout des gens qu’elle fréquentait quotidiennement …

Gaëtan Plein

Mes photos de 1987 à Berlin
Les vopos (garde est allemand)
Betina et moi (deux choses sont tombées entretemps , le mur et mes cheveux ;-)
Une ambiance de night club de l’opéra de Berlin Est en 1987 fréquenté par les pays frères (cubains, angolais , hongrois , sibériens …)

Gaëtan PLEIN
Andrimont 42 B-4987 Stoumont
Tél (32) 80 / 51 19 91 mobile 0478 240 685
gaetan.plein@skynet.be
www.animationtouristique.com

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