« Ukiyo-e », au « Cinquantenaire », ces 04 et 05 Mars

écrit par YvesCalbert
le 04/03/2017
"Sous la Vague, au Large de Kanagawa" (K. Hokusai)

Si vous n’avez pas encore visiter l’exposition temporaire « Ukiyo-e » (« Images du Monde flottant », en français), aux « MRAH » (« Musées Royaux d’Art et d’Histoire »), ils vous reste deux jours, ces samedi 04 et dimanche 05 mars, pour réparer cet oubli… Et si vous l’avez fait entre le 21 octobre et le 18 décembre, n’hésitez pas d’effectuer une nouvelle visite de cette superbe exposition, un nouvel accrochage d’estampes étant proposé depuis le 20 décembre, et ce afin de préserver les extraordinaires couleurs de ces oeuvres, vu leur sensibilité à la lumière.

Notons qu’à l’époque ce « Monde flottant », issu du bouddhisme faisait référence à la vie sur terre, associée à la souffrance et à l’impermanence. Cette connotation négative, à l’origine, s’estompa avec le temps, et ce « Monde flottant » devint synonyme de plaisirs et de légèreté.

Sélectionnées au sein des 7.500 estampes des « MRAH », aux couleurs d’origine parfaitement préservées, 400 estampes sont exposées. Elles nous offrent un aperçu de l’art japonais de l’estampe, depuis celles en noir et blanc (vers 1720) jusqu’au début du XXe siècle, l’accent étant mis sur les sublimes œuvres polychromes (XVIIIe et XIXe siècles), qui faisaient le ravissement des collectionneurs et des artistes occidentaux, dès la fin du XIXe siècle.

Après une première salle nous révélant les différentes phases de la réalisation d’une estampe, par ailleurs expliquées par un court-métrage documentaire, « Techniques de l’Estampe traditionnelle japonaise », nous suivons, de salle en salle, toute l’histoire de l’estampe japonaise. Ainsi, dès la seconde salle, nous découvrons des oeuvres, au style unique à bien des égards, de Suzuki Harunobu(1725 ?-1770), dont le regard qu’il portait sur le monde était chargé d’une douce humanité, celui d’un chroniqueur émerveillé de la vie ordinaire, telle une simple « Lessive », voire une « Jeune-Fille portée par un Serviteur » ou « Une Courtisane dans une Maison de Thé », sans oublier sa série des « Péchés capitaux ».

Dans la salle 3, avec Katsukawa Shunsho (1726–1792), nous partons à la découverte du théâtre traditionnel « Kabuki », inscrit, depuis 2008, sur la liste du « Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité ». Des portraits d’acteurs se succèdent, tel celui d’Ichikawa Monosuke II, l’acteur le plus coté, au XVIIIème siècle, durant l’époque Edo… Ce concernant, pour compléter notre connaissance des différents théâtres traditionnels japonais, une visite s’impose, jusqu’au 19 mars, à Binche, celle de l’exposition temporaire « Japon, Masques de Soi », au « MUM » (« Musée international du Carnaval et du Masque »). Outre de nombreux masques, l’on y retrouve des marionnettes, instruments de musique et … estampes.

Ensuite, nous trouvons Isoda Korgusai (1735-1770), réputé pour ses portraits de courtisanes, à une époque (dès 1629) où, aucune femme ne pouvant plus monter sur scène, les rôles féminins étaient tenus par des hommes, tel que Toshùshai Sharaku, que nous découvrons habillé en femme.

Quant à Kitagawa Utamaro (1753-1806), il nous présente Takashimayo Ohisa, une hôtesse de maison de thé, âgée de … 16 ans, étant le premier à introduire de jeunes personnages au sein de ses estampes, dont « Enfant au Sein » (1795), « Mère et Enfant malicieux » (1800) et « Enfant et son Poisson Jouet » (1802-1803).

Mais, curieusement, à cette arrivée des enfants dans les estampes, succède, la salle 7, qui ne leur est ouverte qu’accompagnés de leurs parents ou autres adultes, vu son sujet particulier, celui des estampes érotiques (« shunga »). « Oufti », comme l’on dit à Liège. Chaud!

Au sortir de cette salle, Utagawa Kunisada (1786-1865) nous emmène dans le quartier Yoshiwara, quartier des plaisirs, qui se trouvait dans la Ville d’Edo, l’actuelle Tokyo. Des maisons closes, nous passons à un impressionnant pentaptyque (1813-1814) et à des vues du « Théâtre Nakamura-za ». A l’intérieur, nous y observons une salle comble, les places les plus chères étant à l’étage et les moins chères derrière la scène. A l’extérieur, une rue agitée, avec ses passants, ses porteurs, ses vendeurs, ses mendiants, …

Vient l’introduction des paysages et des caricatures peints dans les estampes, avec Katsushika Hokusai (1760-1899). Ainsi, ce « Pont suspendu à la Frontière entre les Provinces d’Hida et d’Etchû » (1833-1834) ou cette « Caricature de Domestiques au Repos » (1812-1813), sans perdre de vue, surtout, l’oeuvre qui constitue l’affiche de l’exposition, « Sous la Vague, au Large de Kanagawa », évoquant la fragilité de l’homme face à la nature, avec trois frêles embarcations de pêcheurs et, au loin, le Mont Fuji. Un Mont Fuji qui fut le sujet de nombreuses de ses estampes, dont celle qui figure au sein du film documentaire projeté au début de l’exposition et dont on peut donc suivre la réalisation d’une copie.

Une dernière salle est consacrée à un invité contemporain, un auteur de bandes dessinées et illustrateur belge, ayant déjà exposé à Kyoto, Milan, New York et Paris, Dimitri Piot (°Bruxelles, 1979), qui expose une quarantaine de ses dessins, dont un met en scène des personnages traditionnels d’estampes aux côtés de fusées lunaires ou d’autres consacrés à Bruxelles, l’un deux ayant le Mont Fuji en arrière plan de l’Hôtel de Ville, son travail et l’exposition elle-même ayant été réalisés, en 2016, dans le cadre des « 150 ans de Relations belgo-japonaises ». En 2009, il publie la BD « Koryu d’Edo », dans laquelle il commence à expérimenter la narration à travers le « ukiyo-e », interprétant, à sa façon, ce mouvement japonais, créant des images où apparaît un décalage anachronique entre le style propre au « ukiyo-e » et le sujet abordé.

Ouverture ce samedi 04 et ce dimanche 05, de 10h à 18h (fermeture des caisses à 17h). prix d’entrée à l’exposition, incluant l’accès aux collections permanentes: 15€ (12€ pour les 19-25 ans, à partir de 65 ans et par membre d’un groupe d’adultes / 05€ pour les 04-18 ans, demandeurs d’emploi et moins valides // 00€ jusqu’à 3 ans inclus). Catalogue: 35€. Site: www.kmkg-mrah.be.

Yves Calbert / Photos, sauf indication contraire: (c) « MRAH ».

  • "Sous la Vague, au Large de Kanagawa" (K. Hokusai)
  • « Ukiyo-e », au « Cinquantenaire », ces 04 et 05 Mars
  • « Ukiyo-e », au « Cinquantenaire », ces 04 et 05 Mars
  • « Ukiyo-e », au « Cinquantenaire », ces 04 et 05 Mars
  • "Un Enfant au Sein" (K. Utamaro)
  • « Ukiyo-e », au « Cinquantenaire », ces 04 et 05 Mars
  • "Pont suspendu entre les Provinces d Hida et d Etchu" (K. Hokusai)
  • Le Mont Fuji (K. Hokusai)
  • Dimitri Piot (c) "L Avenir"
  • L'Hotel de Ville de Bruxelles et ... le Mont Fuji (c) D. Piot
  • « Ukiyo-e », au « Cinquantenaire », ces 04 et 05 Mars
498 lectures
Portrait de YvesCalbert
YvesCalbert