Exposition « DAMES DE COULEURS » - au Malmundarium

Du 20 avril au 22 septembre 2019, l’exposition proposée par Patricia Gérimont au Malmundarium de Malmedy résulte de ses nombreux séjours effectués au Mali, tant à Bamako qu’au pays dogon, auprès des artisan(e)s du textile. Les photos, vidéos et les nombreuses pièces textiles rassemblées montrent la diversité des techniques, leur richesse esthétique et rendent hommage au savoir-faire et à l’imaginaire des artisan(e)s africaines.

Bamako est devenue ces dernières décennies la capitale incontestée de la teinture artisanale en Afrique de l’Ouest. La ville regorge d’ateliers et des kilomètres de bazin y sont teints chaque année.
Cet artisanat puise son origine dans la tradition tinctoriale de l’indigo naturel pratiquée depuis des siècles
dans cette région d’Afrique. Ces soixante dernières années, l’activité de teinture s’est redéployée à la faveur de l’importation des colorants synthétiques. La variété des couleurs a permis aux teinturières d’actualiser les techniques anciennes de décoration, limitées antérieurement aux décors blancs sur fond bleu.

Le « bazin »dit riche est le tissu de prédilection pour la confection vestimentaire de luxe. Il s’agit d’un damassé de coton tissé en Europe et diffusé dans les colonies dès la fin du XIXème siècle. A l’instar du wax, les Africains l’ont adopté rapidement en raison de sa finesse et de sa brillance. Il est devenu au fil du temps emblématique de l’identité ouest-africaine.
Des motifs, fins ou au contraire très amples, sont réalisés sur le bazin blanc, à l’aide de différents procédés de réserve. Le principe de la réserve vise à isoler des portions de tissu de la pénétration du colorant. A Bamako, ces procédés sont très diversifiés. On en dénombre une dizaine : réserves par froissage, pliage, plissage et ligature ( tye and tye ), par couture ou empâtement du tissu ( batik et sérigraphie ).
La réalisation de ces décors requiert un grand nombre d’étapes, faisant appel à une main d’œuvre nombreuse. Par cette forte valeur ajoutée, le bazin teint constitue un atout économique non négligeable, d’autant que ces créations sont recherchées bien au-delà des frontières du Mali. On ne peut ignorer toutefois les conséquences environnementales générées par ce secteur.
En tout état de cause, le bazin demeure une expression culturelle populaire qui résiste à l’uniformisation généralisée des styles vestimentaires et qui est réalisée par et pour les Africains. Riches comme pauvres, les jours de fête, revêtent de somptueux boubous en bazin conférant à chacun prestance et distinction.

L’exposition présente deux traditions textiles du Mali : le bazin, un damassé de coton, produit phare de la capitale bamakoise et les indigos du Pays Dogon. Toutes deux sont fondées sur l’art de la teinture à dessins réservés. Chacune a néanmoins son esthétique propre, ainsi que des histoires et des usages distincts. Ce sont des étoffes vivantes. Leurs techniques de fabrication et leur design évoluent constamment du fait des interactions avec le contexte sociétal et mondial. Malgré cela, elles gardent une identité singulière qui offre une alternative intéressante à l’uniformisation vestimentaire qui s’impose partout. Le parcours d’exposition est conçu en deux étapes. La première salle est consacrée au bazin, un art vestimentaire urbain qui s’est fortement développé à Bamako ces dernières décennies. Les pièces présentées montrent la diversité et la qualité des techniques de décoration utilisées en teinture artisanale à base de colorants de synthèse. En dialogue avec l’exposition, Romy De Weerdt, Julie Menuge et Isa Tio, trois artistes-designers, sensibles aux pratiques artisanales maliennes, ont été invitées à présenter leurs créations réalisées à partir du bazin teinté. La salle du fond est consacrée aux pagnes indigo du Pays Dogon. Ces textiles blancs sur fond bleu sont réalisés par des groupes spécifiques d’artisanes, héritières de la tradition de la teinture à l'indigo.
En partenariat avec le Musée Bargoin de Clermont-Ferrand

© François DETRY
Lien vers tous les reportages de François DETRY