Je suis un chat - Natsume Sōseki

écrit par RobertMARY
le 05/04/2019
Le livre

"Je suis un chat" ou "Moi qui suis un chat" (Wagahai wa, neko de aru) est un roman satirique original.

C’est en suivant un cours de littérature japonaise que j’ai appris l’existence du livre “Je suis un Chat” (吾輩は猫である) de Natsume Sōseki (夏目漱石) (c’est par son prénom -Sōseki- que l’auteur est connu). C’est un grand classique de la littérature japonaise. Passionné par les chats et désirant découvrir la culture japonaise je n’ai pas hésité à me lancer dans cette lecture.

Ce roman satirique narre avec dérision des évènements d’une grande banalité en apparence mais le ton employé, résolument humoristique rend la lecture assez amusante. C’est le chat du maître de maison (un professeur d’anglais tout comme Sōseki comme par hasard) qui prend la parole et observe les humains, il est à mes yeux à la fois kawaī (mignon) et intelligent. Cela nous rappelle que les animaux ont aussi une certainse sensibilité même s’ils ne parlent pas (en effet, même sans l’usage de la parole ils arrivent pourtant très bien à se faire comprendre par les humains, mais ceci est un autre débat).

Le livre montre pour celles et ceux qui auraient encore des doutes, que les japonais ont aussi un certain sens de l’humour. Le livre n’est pas récent, il a été écrit sous forme de feuilletons en 1905 et 1906 lors des pauses de Sōseki entre ses cours (on peut parfois ressentir un manque de cohésion dans le récit voire une forme de lourdeur dans la lecture au vu de nombreuses digressions, certes mais les textes n’avaient pas été écrits à l’origine dans le but de faire un livre). Il décrit le Japon au début du XXème siècle (en ce compris l’influence occidentale) mais également lors de périodes précédentes (en ce compris l’influence chinoise). Outre la vision historique, le livre fait également référence aux religions du pays (bouddhisme et shintoisme) ainsi qu’à la littérature japonaise, ce qui par ailleurs est également un bon moyen de réviser les deux cours donnés à ce sujet à l’université de Liège (la lecture de ce livre n’est nullement imposée dans le cadre des cours mais elle les complète bien tout en s’amusant).

Le fait d’avoir un chat comme personnage principal est un procédé narratif qui permet à Sōseki de décrire son pays, le Japon d'alors, d'un œil critique et emprunt d'une fausse naïveté.

Le livre décrit plus généralement la culture, les moeurs, les us et coutumes du Japon de l’époque Meji (comprise entre 1868 et 1912) marquant la fin de la politique d'isolement volontaire et le début de la politique de modernisation à marche forcée du Japon, d’ailleurs fortement critiquée par les anciens car tout changement induit de la résistance. Ainsi le maître du chat, le professeur Kushami fait étalage de son mépris pour le monde de l’argent et des affaires lequel modifie les usages du pays sans parler de l’influence occidentale. Certaines coutumes ont fort heureusement perduré jusqu’à l’époque moderne ainsi le chat nous fait découvrir les bains publics, les fameux sentō ou leur variante dénommée onsen (utilisant de l’eau thermale chaude), mais également bien d’autres choses. Le livre montre surtout la nature humaine et ses nombreux travers , ce sujet reste indémodable et intemporel.

Je ne résiste pas au plaisir de vous fournir quelques extraits : « Les banquiers qui utilisent chaque jour l’argent qu’on leur confie finissent par croire qu’il leur appartient ». « Les fonctionnaires sont des serviteurs de la communauté, … mais à force de s’occuper chaque jour des affaires publiques, … ils considèrent que le pouvoir leur appartient et que les gens du commun n’ont pas à mettre le nez dans ce qu’ils font ». / « Quand les êtres humains ont des intentions cachées, ces pensées portent malheur et deviennent une source de désagréments ; si beaucoup de femmes sont en moyenne plus malheureuses que les hommes, cela provient de ce qu’elles manquent par trop de franchise ». / « On peut caractériser les hommes en un mot : ce sont des êtres qui recherchent les tourments par plaisir » / « Nous avons voulu la liberté et nous l'avons mais nous nous sentons contraints, la civilisation occidentale peut paraîre assez bonne mais elle mène à un échec. Par contre l'Orient s'est toujours appliqué à la discipline de l'esprit...». / « Quand doit-on prendre femme ? Diogène répondit: il est trop tôt quand on est jeune et trop tard quand on est vieux ». / « On doit considérer comme une atteinte à la morale, le fait que des jeunes hommes et femmes au mépris de toute éducation se livrent encore à des cérémonies de mariage poussés par l'aiguillon de la passion temporaire alors qu'il existe des raisons parfaitement claires pour les inciter au contraire ».

Sōseki meurt en 1916 mais grace à son fameux chat sans nom il parvient encore en 2019 à permettre à l’occidental que je suis de découvrir le Japon, une belle performance assurément!

Les japonais ne l’ont pas oublié non plus, il figure sur les billets de 1000 yens! Son roman a fait l’objet de deux adaptations cinématographiques (en 1935 et en 1975) et d’une adaptation sous forme de manga (par Cobato Tirol).

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