Lily ( ... une enfance à Malmedy durant la 2ème guerre mondiale )

Le livre de R. GOFFART Malmédiens dans les abris ( Photo de F. Freches) Malmedy apres les bombardements ( Photo de F. Freches) Outrelepont ( Photo de F. Freches) Le memorial de Baugnez ( Photo de F. Freches) Evacuation des civils ( Photo de F. Freches) Les Allemands a Malmedy ( Photo de F. Freches)

Ronald GOFFART est diplômé de l’École normale de Verviers, prix de pédagogie Louis Alleman, certificat de l’École de Pédagogie de Liège, 3e lauréat du prix Reine Paola pour l’Enseignement. Rien ne destinait cet instituteur à s’instituer preneur de plume, si ce n’est une envie de partager d’autres valeurs avec un public cette fois plus haut que trois pommes. Il y relate un épisode pour le moins mouvementé de la vie de sa grand-mère, Lily, figure bien connue des Malmédiens puisque son magasin de jouets a fait la joie de pas mal d'entre eux jusqu'en 1985.

Toutefois, les moments absolument incroyables qu'elle a vécus au cours des années 1940/1947 se devaient d'être relatés. Ainsi est né un récit riche d'un point de vue émotionnel mais aussi propre à mettre en lumière les problèmes relatifs au parcours historique de son Malmedy natal.
Prussienne devenue belge en 1920, la cité du Cwarmè redeviendra allemande avec la seconde guerre, par la force des choses et avec tout le cortège de souffrances lié à cette incorporation et à son retour à la Belgique après le conflit. Comme celle de Lily, beaucoup de familles n'en sortiront pas indemnes.

Sans vouloir faire oeuvre d'historien, il a ainsi jalonné les chapitres d'éléments de cette Histoire. De nombreuses notes en bas de page amènent également le lecteur à se faire une idée précise de ce contexte historique que beaucoup de gens connaissent encore très mal. Comme il le dit dans mon livre: "Aux yeux des mal-voyants, Malmedy demeure encore et toujours allemand". Voilà une confusion que ce livre voudrait s'employer à balayer.

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Lily

Elle venait à peine d’avoir 13 ans.
Pas encore une jeune fille, plus tout à fait une enfant. Dans l’innocence d’un âge où tous les possibles sont à portée de main, mais où ils n’allaient pas tarder à être pendus au gibet du destin !
Quelle imagination aurait alors pu deviner à quel point le défilé interminable de ces soldats passant devant le magasin de jouets de sa mère plongerait la vie du monde et celle de Lily dans un enfer comme seuls les hommes savent l’inventer ?
Et que dire de ce curieux spectacle qui voyait les membres du Heimattreuefront se jeter au cou d’un uniforme ou distribuer ici des fleurs, là des verres de bière aux nouveaux arrivés ! Saoulés par l’idéologie d’Hitler, ces enragés de la première heure s’inventaient depuis des années leur Anschluss à eux. Aujourd’hui, le Führer le leur offrirait, à coup sûr. Malmedy retournerait au Reich, redeviendrait allemand.
Pour mille ans, certainement !
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Basé sur des souvenirs et des témoignages de l’époque, soutenu par un sérieux travail de documentation historique, ce récit offre au lecteur de survoler les années de guerre traversées par la localité de Malmedy, annexée au Reich en 1940 alors que devenue belge une vingtaine d’années seulement auparavant. À travers le parcours tragique et plus que tumultueux de sa grand-mère, l’auteur lève ainsi un coin du voile sur un pan souvent mal vécu dans l’histoire de la Belgique, celui d’une région déchirée par deux guerres et deux traités qui comptaient refaçonner l’Europe.
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INTRODUCTION ( En hommage à mon professeur d’histoire, Monsieur Jacques Janssen )

Une vie déroutée, détournée de la voie peut-être heureuse qu’elle aurait pu emprunter si l’Histoire ne lui avait pas barré le chemin. Voilà l’incroyable et bouleversant trajet que ce récit s’invite à retracer au travers des souvenirs d’une arrière-grand-mère qui tient toujours le pavé du haut de ses 92 ans.

Bien sûr, comme tous nos souvenirs, ceux de Lily se sont frottés au temps. Le filtre de sa mémoire a fait son œuvre. Des bribes en ont été effacées, mais beaucoup d’autres y sont restées gravées à jamais, marquant au fer rouge son cœur et son esprit.
Un livre ne demandait qu’à être écrit pour les raconter, un puzzle à être recomposé.

Le premier est né de discussions menées sur le banc d’un parc ou en terrasse autour d’un café, à côté d’un fauteuil ou au téléphone lorsque les précisions manquaient. Tus pendant de nombreuses années ou égarés parmi d’autres, les événements se revivaient. Entre deux larmes, entre deux soupirs nostalgiques.
Entre deux doutes aussi car le second obligeait à trouver ailleurs les pièces manquantes, voire à les redessiner entièrement. Puis à recouper celles déjà à disposition avec les données historiques.
Les lignes s’écriraient donc avec le souci de les broder autour d’une trame la plus authentique possible et dans le plus grand respect de l’histoire de Lily et de la grande.

Sans vouloir faire œuvre d’historien, j’ai ainsi tenté de rapporter mais aussi de compléter fidèlement ses souvenirs en les intégrant dans le contexte historique de cette période chahutée. En 1940, Malmedy retournait au Reich, ses habitants redevenaient Allemands pour ne réintégrer que quatre ans plus tard une Belgique qui les avait récupérés une vingtaine d’années auparavant.

Lily, elle, n’en sortira pas indemne. Sa famille, mais aussi celle de bien d’autres anonymes,non plus. La raison d’être d’un récit que j’ai voulu à dessein engagé. Raconter une tranche de vie, un destin parmi d’autres, celui de ma grand-mère. Celui de mon grand-père aussi et de tous ceux qui, autour d’eux, ont été bousculés et parfois emportés par les vagues de l’Histoire. Pour s’être ou pas rebellés, pour avoir ou pas accompli leur devoir. Mais aux yeux de qui ?

Ces temps troublés qu’a traversés Malmedy à l’époque inciteraient à éclaircir certains points quant à l’appartenance d’un habitant à une nation afin de ne pas limiter ce débat à un simple régionalisme. Le centième anniversaire du traité de Versailles fêté cette année nous rappelle en effet combien une simple question de frontière a pu – et peut encore – déchirer des familles entières. Car ici, pas de déportations ni d’actes héroïques. Juste des gens ordinaires qui ont vu leur vie se briser pour des mots prononcés dans une autre langue.

De quoi nous donner à réfléchir et nous faire comprendre que seul un profond sentiment d’empathie et d’humanité envers l’autre pourra améliorer notre Humanité mais aussi notre propre empathie envers nous-mêmes.

Ronald GOFFART
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PREFACE de M. Francis BALACE, Professeur ordinaire honoraire, Université de Liège

Paradoxalement, plus on s’éloigne chronologiquement de la Seconde Guerre Mondiale, plus s’impose un discours faisant référence à la mémoire qu’il convient d’en garder, alors que les stricts contemporains des faits, les seuls à en avoir la vraie mémoire et non une version convenue ou embellie, disparaissent peu à peu. Heureusement, il existe une autre mémoire, la familiale, souvent purement orale et qui permet de franchir, avec une grande sincérité, le fossé des générations. Certes, la devise de l’historien, « sine ira et studio » (sans colère et sans parti pris), pourrait y être quelque peu malmenée par un souci de justification, de léguer à ses proches une image d’un passé reconstruit pour correspondre à des modes ou à des interrogations actuelles, par une volonté apologétique ou de rancune recuite. Souvent cependant, ce danger est absent de la mémoire orale familiale parce que, confusément, le narrateur sait qu’il s’adresse à des personnes proches, dans lesquelles il a confiance, que cela ne sortira pas du « cercle de famille ».
Pendant quarante ans consacrés à la formation à la recherche de futurs historiens à l’Université de Liège, j’ai pu vérifier une vérité que je pressentais : dans bien des cas, le meilleur professeur d’histoire, c’est le grand-père (ou en cette circonstance la grand-mère). Ayant plus de temps à consacrer à leurs petits-enfants que les parents absorbés par les soucis de la vie quotidienne et professionnelle, ils sont les témoins d’un passé qui pique leur curiosité car il est lointain, évoque des réalités, des faits, des opinions qui ne sont pas dans leur propre contexte. C’est aussi la raison pour laquelle il convient de féliciter hautement Ronald Goffart d’avoir recueilli les récits de sa grand-mère Lily sur les drames en série connus, comme tant d’autresErfahrungen, par une famille de Malmedy ballotée entre des nationalités changeantes au gré de la guerre, tentant de survivre au fil des décisions d’un régime nouveau et de plus en plus despotique, pour être confrontée au retour de la paix à d’autres incompréhensions, à d’autres suspicions gratuites. Cette « petite histoire dans la grande » est éclairée par de très nombreuses notes permettant d’en mieux comprendre le cadre institutionnel, le contexte chronologique de ces gens attachés avant tout à leur terroir, annexés au Reich par un Führererlass alors que la campagne des 18 jours bat son plein. Sont-ils devenus, comme avant 1920, des citoyens allemands de plein droit (avec toutes les lourdes obligations inhérentes à ce statut) ou simplement Deutsch auf Widerruf ( Allemands par réclamation ) comme les habitants des dix communes de l’Alt-Belgien annexées de force ? Peu importe pour les autorités national-socialistes cette distinction : les nouveaux dirigeants, souvent importés de l’intérieur du Reich, ne considéraient les populations locales que comme des Beutegermanen (Germains de prise)…
Bref, un livre poignant, sincère et scrupuleux qui est une véritable source pour ceux qui veulent connaître et surtout comprendre le passé de Malmedy.

Francis BALACE
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Vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=r0rWGa8Ytbo

Contact : Ronald GOFFART, Biomont 74 à 4651 Bruyères 087 67 51 96
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© François DETRY
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