BD : "L'Honorable Monsieur Zhang" (c) Maryse et Jen-François Charles/Ed. "Casterman"

écrit par YvesCalbert
le 14/04/2020

Ce 2è tome de « China Li », l’ « Honorable Monsieur Zhang » – scénarisé par Maryse Jean-François Charles /dessiné & colorié par ce dernier/publié en janvier 2020, aux Ed. « Casterman » – débute dans un petit restaurant chinois de Paris, avec, en 1ère case, un gros plan sur le fond érotique d’un traditionnel petit verre de saké, un  restaurant que nous retrouverons, illustré de l’extérieur, en dernière page de cet album, … qui attend une suite, celle  du 3è tome, qui sera intitulé : « La Fille de l’Enuque »

… D’énuque, il était déjà question, au sein du tome 1, dans lequel la castration est expliquée, images à l’appui (p. 17/T. 1), alors que dans ce tome 2, des supplices chinois sont dévoilés (p. 49-50) et qu’une phrase un peu crue est prononcée face à notre héroïne : « Tchang Kaï-chek, que sa bite pourisse, n’a pas accepté ce qu’il considère comme un danger et une provocation » (p.51).

Cette évocation de Tchang Kaï-chek (1887-1975), tout comme celle de Mao Tsé-toung (1893-1976 ) nous confirme que ce récit, purement fictif, se base sur des faits historiques, ceux-ci étant détaillés, dans un dossier présenté dans les 3 dernières page du tome 1.

Nous rappellant que les migrations ne datent pas d’aujourd’hui, une case, nous replongeant en janvier 1932, nous montre une colonne de migrants, longeant la mer, sur laquelle voguent, paisiblement, des sampans (p. 29).

A souligner, la beauté des aquarelles, en pages pleines, dues au talent de Jean-François Charles (°1952/ Celles), des toits de Paris, avec vue sur la Basilique du Sacré-Cœur de Montmartre (p. 14) à la montagne Tianzi (p. 57), en passant par celle des montagnes du Hunan (p.33).

Synopsis du tome 2 : « Venue pour découvrir ParisLi fait des fait des petits boulots et entame une licence de journalisme. Mais dans son pays d’origine, la guerre fait rage entre la Chine, qui a levé une armée, et le Japon, qui a envahi la Mandchourie. Li est désemparée… »

Ces albums de « China Li » n’étant pas prévus pour de petits enfants, nous l’avons déjà compris en évoquant la castration dans le tome 1, notons le caractère cru de certaines autres cases – comme, dans le tome 2, celle dévoilant 5 têtes fraîchement coupées, suspendues sous un panneau d’interdiction de rouler à plus de 5 miles par heure (p.39/avec un passager d’une voiture disant « Chauffeur, respectez la vitesse ! Vous risquez votre tête ») -, s’opposant à la tendresse d’autres cases, comme celle de Li allaitant son nouveau né (p. 54).

Si la vision d’une fumerie d’opium (p. 15/T. 1), telle que pensée par Jean-François Charles (p. 15/T. 1) est fort différente de celle imaginée par « Hergé » (Georges Remy/1907-1983), pour son « Lotus Bleu » (1936), signalons que ces deux dessinateurs se sont basés sur d’anciennes photosJean-François avait, ainsi, planté le décor chinois de sa nouvelle série,« China Li »… Mais à la différence d’ « Hergé »les Charles se sont bien rendus en Chine, en pleine création de leur album « Shangai », faisant évolué sensiblement leur vision de l’ « Empire du Milieu », le dessinateur (et co-scénariste) ayant complété sa documentation en photographiant, lui-même, des arbres, des maisons, des meubles, des visages, … 

Par ailleurs, loin de décrire une Chine idylique, sur le sort des femmes chinoises dans les années ’20Maryse Charles (née Bouwens) nous confiait : « En nous documentant, ce concernant, nous avons découvert différentes attrocités, dont le sacrifice de petites filles, vu que leur famille désirait un garçon. »

Ce dernier propos fut recueilli sur le site de « Parai Daiza », à Brugelette, dans la « Maison de Thé »  de la « Cité des Immortels », le 30 août 2018, alors qu’Eric Domb – fondateur de ce lieu, en 1994 -, recevait la presse, se présentant comme étant le « jardinier en chef » de ce joyaux animalier de la Wallonie, en présence de Benoît Mouchart, directeur éditorial des Ed. « Casterman » et de ses deux auteurs, venus présenter le 1er album  de « China Li », intitulé « Shangai » (Maryse & Jean-François Charles/Ed. « Casterman »/août 2018/cartonné /24 x 32 cm/64 p./14€50).

Avant de laisser la place à un questions-réponses entre le couple d’auteurs et la presse, Eric Domb avait tenu à préciser : « C’est par hasard que j’ai rencontré Maryse & Jean-François Charles. N’étant pas un connaisseur en BD, j’ai, néanmoins été, de suite, séduit par le sens du détail de Jean-François, renforçant l’authenticité de ce qu’il veut transmettre. Je me sentais donc être sur la même longueur d’ondes de cet artiste, puisqu’il s’agit d’une de mes priorités pour ‘Pairi Daiza’, mon souhait étant que les visiteurs soient transportés dans des décors authentiques. Ainsi, le bâtiment dans lequel nous nous trouvons a été construit par des compagnons bâtisseurs venus de Shanghai. Découvrant les planches de ‘China Li’, j’ai retrouvé cette volonté d’authenticité. Je pense qu’au-delà, chacun de nous a besoin de beauté. Un proverbe chinois ne dit-il pas : ‘s’il ne te reste que deux pièces de monnaie, avec la première achète un morceau de pain, avec l’autre achète un lys’ . »

Ainsi, dans la « Maison de Thé » édifiée à « Parai Daiza » – à l’identique d’une consoeur, sise à Shangai –Maryse nous confia : « Nous avions avancé tant dans le scénario que dans le dessin, mais tout ce que nous avons découvert au cours de notre séjour nous a amené à des remaniements importants, surtout en ce qui concerne les dessins, voire les couleurs. De fait, alors qu’en pensant à la Chine, on voit tout en rouge, sur place, pratiquement tous les murs des bâtiments sont peints en gris, le rouge n’étant, autrefois, que réservé aux Empereurs et aux hauts dignitaires, ce qui obligea Jean-François à redessiner et recolorié ce qu’il avait déjà créé. »

Pour l’anecdote, de son côté, ce dernier tint à nous révéler qu’ayant, notamment, logé à l’« Astor », le premier hôtel construit à Shanghai, dans les années ’20, ils avaient vu une chambre qui fut occupée par Charlie Chaplin.

Quant à Eric Domb, dévoilant à la presse un exceptionnel livre de grand format, dévoilant de nombreuses  aquarelles réalisées pour « Parai Daiza », par Jean-François Charles, non exclusivement centrées sur la Chine, mais précieuses pour élaborer des projets architecturaux, afin de de développer des sections à construire au sein du parc animalier, avant d’être confié à des architectes.

Ce dernier ajouta :« Notre première émotion, quant à la Chine, nous l’avons ressentie ici, à « Parai Daiza », que nous étions venus visiter avec nos petits-enfants. Nous étant installés dans le jardin chinois, nous nous sommes laissés imprégner par cette atmosphère calme, baignée par une douce musique et quelques coups de gong. Ce qui est certain, c’est qu’au départ, nous ne connaissions absolument rien de la Chine ! »

Angoulème, en janvier 2019, le 46è « Festival international de la Bande dessinée » tint à honorer le travail  graphique de Jean-François Charles, par l’organisation d’une exposition consacrée au 1er album de « China Li ».

Nos deux auteurs s’étaient déjà intéressés à l’Asie, avec leurs 08 albums d’une sublime série intitulée « India Dreams » (2002-2013/Ed. « Casterman »). A l’époque, à notre collègue Marc BauloyeJean-François Charles confia : « C’est de l’aquarelle. C’est de la couleur directe. Un terme que je n’aime pas trop. Je fais d’abord un crayonné, puis je travaille directement ma planche à l’aquarelle. C’est une matière extraordinaire. Je trouve qu’on obtient des tons merveilleux. Cela apporte de la douceur qui convient bien à l’Inde. C’est un peu féminin, c’est doux… »

Avec des dessins de Frédéric Bihel, le couple Charles a rédigé les scénarios de la série « Africa Dreams », qui se décline en 04 tomes, contant l’histoire méconnue de l’ancien Congo belge, le tome 4 évoquant, également, la présence controversée, en 1897, de près de 300 Congolais, à Tervuren, dans la section coloniale de l’ « Exposition Universelle de Bruxelles ».

Ce même trio d’auteurs signa, en 2006, dans une série intitulée  « Rebelles »« L’Afghan-Massous ». Au sein de cette même série, les Charles rédigèrent, aussi, des scénarios pour « Président : John F. Kennedy » (2006/  dessins deThierry Bouüaert), « Libertad !-Che Guevara » (2006/dessins d’Olivier Wosniak), « Shooting Star-Marilyn Monroe » (2006/dessins de "Kas"  {Zbigniew Kasprzak}) et « Jimmy-James Dean » (2007/dessins de Gabrielle Gamberini), tous ces albums figurant dans le catalogue des Ed. « Casterman ».

AuparavantJean-François Charles avait scénarisé la série de 10 albums, intitulée « Les Pionniers du Nouveau-Monde » (1982-1999/Ed. « Glénat »), les trois derniers étant co-scénarisés avec son épouse, les six premiers  étant, aussi dessinés par le scénariste, et les quatre derniers par « Ersel » (Erwin Sels).

A noter que de nombreux Prix furent attribués à nos deux auteurs hennuyers, travaillant à Gouy-lez-Piéton (16,52 km2/moins de 3.500 hab./une commune de la Ville de Courcelles), notamment :

– deux « Prix Saint-Michel du meilleur Dessin », en 1980, pour « Le Bal du Rat mort », et, en 2002, pour « Les Chemins de Brume » (tome 1 d’ « India Dreams ») ;

le « Prix Saint-Michel du meilleur album francophone », en 2005, pour « À l’ombre des Bougainvilliers »  (tome 3 d’ « India Dreams ») ;

– pour l’ensemble leur oeuvre, en 2012, le « Grand-Prix Diagonale » et le « Grand-Prix Saint-Michel »

… et pour sa série « Les Pionniers du Nouveau Monde »Jean-François Charles a obtenu :

le « Grand Prix Spatial de la Francité », pour le tome 1« Le Pilori » ;

un Prix, au « Festival de la Bande dessinée et du Dessin animé », en France, à Illzach, pour le tome 6« La Mort du Loup ».

… Mais revenons à l’actualité, avec le 2è album de « China Li », en lisant quelques critiques de la presse :

Pour « ActuaBD » « Le charme du premier tome opère toujours : ambiance feuilletonesque, décors somptueux, théâtres variés entre la France et la Chine ‘China Li’ s’inscrit dans la meilleure tradition romanesque, que la BD franco-belge honore depuis plus de 40 ans. »

Pour « BDZoom » « L’essentiel est de savoir faire exister les personnages et des situations crédibles qui prendront le lecteur, par un scénario et un dessin construits et pertinents. Et, ici, tout cela est présent. Maryse Charles y est pour beaucoup, par son scénario délicatement savant et profondément humain, au plus près des motivations foncières  des personnages. »

Pour « Sceneario » « Romanesque est le dessin. Le livre est une succession de planches magnifiques. La beauté des décors sublime l’album. La guerre elle-même semblerait presque moins laide grâce aux coups de crayons et de pinceaux de Jean-François Charles. »

Pour Nicolas Domenech : « Les décors sont superbes, les personnages parfaitement campés offrant une atmosphère dépaysante, géographiquement et historiquement parlant. »

En prenant bonne note du proverbe chinois « On ne peut pas empêcher les oiseaux noirs de voler au-dessus de nos têtes, mais on peut les empêcher d’y faire leur nid », découvrons bien vite « L’Honorable Monsieur Zhang »tome 2 de « China Li » (Maryse & Jean-François Charles/Ed. « Casterman »/cartonné/24 x 32 cm/janvier 2020/14€50)… Et vivement la parution du tome 3, afin de savoir si Li, faite prisonnière, en pleine jungle (p. 63) pourra rencontrer le Président Mao

Tiré à seulement 200 exemplaires, notons l’édition, en grands formats (29,5 x 39,5 cm), par « BD Empher », en 2018, d’une farde « collector » de haute qualité, comprenant 16 superbes illustrations, réalisées aux pinceaux par Jean-François Charles.

Yves Calbert.

N.B. : concernant les droits d’auteurs des photographies, si le(s) noms(s) d’un(e) ou plusieurs photographes n’a(ont) pas été mentionné(s) veuillez nous le signaler, afin d’immédiatement le(s) placer au-dessous de son (leurs) cliché(s), notamment pour les photos réalisées à « Parai Daiza ».

 

 

20 lectures
Portrait de YvesCalbert
YvesCalbert