Houffalize - Offensive des Ardennes - Comment l'appeler?

écrit par ReneDislaire
le 05/01/2020
Le Saillant, the Bulge (ne pourrait-on y voir une tete de sanglier?)

Houffalize - Offensive des Ardennes - Par quel nom l'appeler?
Quels sont les noms de l’Offensive ? Car quand différents noms désignent la même chose, celui qu’on utilisera est significatif.
Rien que d’écrire Offensive, avec une majuscule, donc un nom propre, au lieu d’offensive, c’est un peu dire qu’on parle de quelque chose d’unique au monde.
Mais on écrira plutôt l’offensive des Ardennes, ou l’offensive von Rundstedt, car si on la détermine pour comprendre de laquelle il s’agit, c’est qu’il s’agit d’une chose banale. On écrira également offensive quand on en a déjà parlé, quand le contexte n’est pas ambigu.
À noter que ce sont les Allemands qui ont pris l’initiative de l’offensive. Allez savoir pourquoi des documents officiels d’après-guerre ont écrit « contre-offensive » (formulaires des dommages de guerre par exemple).
« Wacht am Rhein »
Pour les Allemands, l’opération portait le nom de « Wacht am Rhein », la garde du Rhin, la garde au Rhin.
La Libération (des territoires occupés) ayant été accomplie, les Alliés ont poursuivi par une invasion de l’Allemagne. Ils approchaient du Rhin, fameux symbole géographique et romantique, que les Allemands déjà offensés par la Libération devaient impérativement défendre.
Pour les friands de culture, « Germania auf der Wacht am Rhein » est une célèbre peinture de Lorenz Clasen (1860). Germania, c’est une femme qui personnifie l’Allemagne tournée vers la France, coupable déjà de bien de ses malheurs. C'est aussi le nom d'un chant hymne du Troisième Reich.
Le saillant
Qu’on ne croie pas qu’il s’agit de Bastogne, une saillie topographique, sorte de citadelle au sommet de la ligne de séparation des bassins de la Meuse et du Rhin. Ni de la région ardennaise, grand espace collinaire sinon montagneux choisi -imposé- par Hitler pour y mener sa dernière guerre-éclair.
Dans la littérature sur l’offensive d’après-guerre, Malmedy, Manhay, Stavelot, Rochefort, St-Hubert et même Marche-en-Famenne et au-delà jusqu’à la Meuse (Celles) appartiennent au saillant.
Un saillant est un terme militaire qui s’applique à un coin (comme pour fendre du bois), ou une corne qu’un belligérant enfonce dans un espace homogène détenu par les troupes ennemies. Un triangle dont le sommet, en l’occurrence, aurait été Anvers.
Il y a eu des batailles du saillant bien avant celle des Ardennes, bien avant la bataille de Bastogne.
Le mot saillant, « bulge » en anglo-américain est donc un espace dont la configuration a été dessinée par les stratèges allemands.
On peut donc dire que le nom de « Battle of the Bulge », sous lequel les Américains et Alliés désignent « leur bataille », désigne un moule conçu par les Allemands.
Bataille des Ardennes ou bataille de l’Ardenne ?
Les puristes n’admettent que « de l’Ardenne », notre région géographique belge, alors que les Ardennes sont une région administrative française (département des Ardennes) où rien ne s’est passé.
Toutefois, les Américains on baptisé cette bataille « The Battle of the Ardennes », au pluriel (voir tous les films, par exemple).
Conclusion : les puristes de la langue française diront « de l’Ardenne », tandis que ceux qui traduisent l’expression américaine s’autoriseront à écrire« des Ardennes ».

René Dislaire © Houffalize, le 5 janvier 2020
(À suivre, pour la partie plus spécifique à Houffalize)

Photo: le saillant (ne pourrait-on y voir une tête de sanglier?)

  • Le Saillant, the Bulge (ne pourrait-on y voir une tete de sanglier?)
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