LA MAISON DU BELGE, roman d’Isabelle Bielecki

écrit par VandenHende
le 15/02/2021

Synopsis

Après Les mots de Russie et Les tulipes du Japon, La Maison du Belge clôture la reconquête de sa mémoire par Élisabeth, fille d’un couple d’émigrés russo-polonais et personnage central de cette trilogie qui s’échelonne sur plus d’un demi-siècle. Ce troisième volet revient sur l’élaboration du premier. L’auteure livre les coulisses de ce livre qu’elle arrache aux contraintes, tant intérieures – briser l’amnésie, se réapproprier son passé, tenir la promesse faite à son père d’écrire sur lui, sur sa mère, sur leur huis clos de cauchemar – qu’extérieures – exprimer sa nature d’artiste et d’écrivain en dépit des manipulations d’un riche amant narcissique dont elle s’est follement éprise.

Comme l’écrit l’académicienne Myriam Watthee-Delmotte, cet amant, « initialement vampirique, perd son combat contre son imparable concurrent qu’est l’écriture littéraire […] ».

L’auteur

Née en 1947 à Passau d’un père russe et d’une mère polonaise, tous deux rescapés des camps, Isabelle Bielecki reçoit la nationalité belge en 1963, obtient une licence en traduction puis un diplôme de courtière en assurances, et consacre sa carrière au monde nippon des affaires tout en s’adonnant à sa passion de l’écriture.

Elle a publié deux romans dont le premier, La maison du Belges, a obtenu le prix des Amis des Bibliothèques de la Ville de Bruxelles, plusieurs pièces de théâtre, des nouvelles et de nombreux recueils de poésie. Elle a créé un nouveau genre de poème court, le stichou, qui fait l’objet de nombreux ateliers d’écriture.

Extrait

Le soir du rendez-vous, l’escalier du théâtre est noir de monde. Agrippée à la rampe, je ne quitte pas des yeux la porte d’entrée. Le temps s’affole. J’hésite. Peut-être vaudrait-il mieux rentrer pour ne pas me retrouver seule sur ces marches, à la première sonnerie ? Mon malaise grandit. Trop de gens montent, me bousculent avec leurs airs mondains, leurs parfums qui s’accrochent à mon manteau. Ce public des premières n’est pas mon monde.

Enfin je le vois. Grand, beau, un trench clair noué à la taille. L’air maussade. Il serre des mains à gauche, à droite. Plein d’hommes viennent à lui. Il salue encore en montant me rejoindre. Arrivé à ma hauteur, il me prend par le bras sans entendre mon timide « salut ! » et me pousse dans la foule. Devant une telle popularité, l’idée me traverse que je n’ai pas saisi toute la portée de mon geste en l’appelant. Sans quitter mes pieds des yeux, par peur de trébucher, je me répète : dans quoi t’es-tu encore fourrée !

La grande salle est bondée. Installée d’une fesse sur un fauteuil, je l’entends derrière moi passer entre les rangs, saluer encore. Une pensée me souffle : ce type n’est pas fait pour toi. Et tout de suite après vient une autre : j’y suis, je me fais plaisir, et puis je disparais.

Durant le premier acte, que je n’entends pas tant je suis tendue, ma manche glisse, par à-coups, sur l’accoudoir, vers la veste de mon voisin. Je mets longtemps à oser la toucher d’un fil. Et rester ainsi, toute moite de bonheur.

À l’entracte, je le suis dans la foule. Collée à lui par peur de le perdre, je sirote mon vin. Pas une fois, il ne m’adresse la parole. Tous viennent à lui et pour tous il a un mot aimable ou drôle alors que j’attends mon tour. En vain. Je suis furieuse.

Au retour, dans le froid, alors qu’il se dirige vers le parking souterrain, j’attaque.

– Vous allez vraiment m’abandonner dans ce quartier pourri où je risque de me faire agresser ? Et d’ailleurs, pourquoi m’avez-vous invitée ? Vous auriez pu me parler ! Vous avez été grossier avec moi.

[…]

– Alors ?

– Mais je ne sais pas, moi, c’est vous qui m’avez invitée ! Faites quelque chose !

– Appelez-moi.

Editions M.E.O.

232 pages

978-2-8070-0270-8 (livre)

978-2-8070-0271-5 (PDF)

978-2-8070-0272-2 (EPUB)

Prix : 18,00 EUR

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Portrait de VandenHende
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