Le musée vir[us]tuel de la Ville d’eaux - n ° 14 Une collection de cartes porcelaine

écrit par francois.detry
le 14/04/2020
l’Hôtel d’York, toujours debout rue Xhrouet et longtemps siège de l’Académie de Spa.

Croisement entre une carte de visite et un carton publicitaire, la carte dite « porcelaine » connaît une grande vogue entre 1840 et 1865. En Belgique,cette période coïncide en gros avec le règne de Léopold Ier (1831-1865).      

Il semble que ces estampes soient une spécialité belge où leur production fut beaucoup plus importante qu’en Allemagne, en Angleterre ou en France.Dès lors, Ce n'est pas étonnant que les Spadois, hôteliers et commerçants, aient utilisé ce procédé publicitaire. Le modèle le plus simple devait être relativement abordable puisqu’on trouve, dans une collection privée, la carte réclame suivante : « L'épouse, Jules Jehin, née Prume, blanchisseuse, rue du Moulin, à des prix très modérés » !

Les cartes porcelaine ont un aspect tout à fait caractéristique, blanc, lisse et glacé, comme la porcelaine. Imprimés par le procédé de la lithographie, les bristols sont auparavant recouverts d’une couche de céruse, autrement dit le « blanc de plomb » ou « blanc de Saturne », de fâcheuse réputation.

D'abord assez simples, ces cartes s'agrémentent ensuite d'éléments décoratifs parfois tarabiscotés. Les impressions monochromes sont peu à peu remplacées par des tirages en couleurs, auxquels on ajoute de l’or et des bronzes « extra fins à nuance d’orange, de lilas, de rouge carmin, de vert ou de citron » fournis en poudre aux imprimeurs.

Ces lithographies sont extrême-ment intéressantes à une époque où la photographie est encore balbutiante. Elles sont souvent remarquables de précision et assez fiables dans le rendu de l'architecture.

C’est ainsi que l’on a une vue de la façade de l’Hôtel Faller, rue de la Sauvenière. Acheté par la famille Leyh, il sera remplacé par l’actuel Hôtel Britannique. Autre exemple, l’Hôtel d’York, toujours debout rue Xhrouet et longtemps siège de l’Académie de Spa.

Le musée conserve une bonne vingtaine de ces estampes. Il s’agit essentiellement de publicités pour les hôtels, mais aussi pour les fabricants de jolités : « H. Bruno, rue Royal(sic), peintre, fabricant d’ouvarges Vernis », « Fabrique et Magasin de boîtes peintes & vernies de P. Gernay, fils, rue d’Orange à Spa », « E. Krins, fabricant d’ouvrages de Spa, rue Royale, n°144 à Spa », ou celle, présentée plus haut, des peintres Louis et Emile Misson.

Elles mentionnent presque systématiquement le nom des imprimeurs - lithographes qui sont, pour notre collection : les frères Hahn (Verviers), Thoumsin (Verviers), Van Marck (Liège), J. Kirsch (Liège), mais aussi des firmes bruxelloises ou parisiennes.

Assez vite, on va se rendre compte que la production de ces objets est nocive, surtout pour les ouvriers qui fabriquaient la céruse au risque d’être atteint de saturnisme. Rapidement interdites, elles sont devenues rares et recherchées par de nombreux collectionneurs.

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Détails des cartes porcelaine :

Dimensions : variables, moyenne de 10 cm de long x 8 cm de large

Epoque : 19e siècle

Technique : lithographie sur papier cérusé

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Bibliographie :

Joseh, Marc, Spa en porcelaine, in Histoire et Archéologie spadoises n° 160, 2014

Renoy, Georges, Bruxelles sous Léopold Ier. 25 ans de cartes porcelaine 1840-1865, éd. du Crédit communal, 1979.

Sorgeloos, Claude, et Hellemans, Jacques, Pour une histoire des techniques et métiers du livre en Belgique : brevets, machines et chimie sous Léopold Ier, in Cahiers du Cédic, janvier 2016.

http://org.kikirpa.be/lithographes/

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Le Musée de la Ville d’eaux vous propose aussi :

- Revue : « Histoire et Archéologie spadoises » ( 48 p. ) / 3 parutions / année  / 15 €

http://www.spavillaroyale.be/spip.php?rubrique60

- Prochaine exposition temporaire « Destination Spa. Les plaisirs de la villégiature à la Belle Epoque »

http://www.spavillaroyale.be/spip.php?article448

© Musées de la Ville d’eaux

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  • l’Hôtel d’York, toujours debout rue Xhrouet et longtemps siège de l’Académie de Spa.
  • l’Hôtel Faller, rue de la Sauvenière remplacé par l’actuel Hôtel Britannique
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