ON NE COUPE PAS LES AILES AUX ANGES, roman par le Cinacien Claude Donnay

écrit par VandenHende
le 27/02/2020
ON NE COUPE PAS LES AILES AUX ANGES, roman par le Cinacien Claude Donnay

Résumé
Une canicule sans précédent. Les corps souffrent, les esprits chauffent, les repères vacillent comme silhouettes dans une brume de chaleur. La foule envahit les rues de Bruxelles pour laisser éclater une rage sans objet clairement défini, si ce n’est que « ça » ne peut plus durer. Arno, jeune homosexuel, est victime d’une agression violente qui provoque une onde de choc sur son entourage, sur son ami Bastian et même sur l’inspecteur chargé de l’enquête. Un questionnement affleure entre la capitale, les Ardennes et l’Orient : notre monde, notre mode de vie, sont-ils en train de fondre dans la fournaise ? Et si disparaissaient les digues que nous croyions intangibles ? si les barrières se brisaient sous une poussée obtuse ? si le plus sombre de nos mémoires revenait crever la surface en bulles pestilentielles ?

Extrait
Arno, sans se presser, traversa la place en contournant le kiosque. Il découvrit trop tard, à l’opposé, la dizaine de types en t-shirt noir avec sur la poitrine un rapace aux ailes étalées, assis sur les gradins en béton comme sur les branches d’un arbre décharné. S’il les avait vus, il aurait rebroussé chemin. L’autre semaine, alors qu’ils se promenaient le long du canal, Bastian lui avait pris la main. Ce n’était pas leur habitude, ils étaient en général très discrets dans la rue. Mû par l’étrange impression d’être observé, Arno s’était retourné. La même bande, cette fois-là en blouson de cuir, était assise sur la rampe du pont. Ils avaient eu des gestes et des grimaces obscènes, avaient fait mine de lui trancher la gorge. Il avait lâché la main de Bastian, qui ne s’était aperçu de rien. Son ami n’avait pas manifesté d’étonnement, imaginant sans doute le geste lié aux nombreux promeneurs autour d’eux. Arno ne lui avait rien dit. Un peu plus loin, il s’était à nouveau retourné. La bande remontait les marches. Dans les dos, le même logo d’oiseau de proie.
Arno dépassa le socle et se trouva pris dans le filet de leurs regards. Trop tard pour reculer ! Il y avait encore pas mal de gens sur la place, ils ne bougeraient pas. Il continua, sans donner l’impression de vouloir presser le pas. À l’intérieur pourtant, il bouillonnait des peurs inscrites en lui depuis l’enfance.
– Hé, p’tit pédé, on ne dit plus bonjour ?
Arno sentit la sueur ruisseler de la racine des cheveux aux mollets. Ils l’avaient reconnu.
– Bonsoir, murmura-t-il sans parvenir à sourire. Et il tenta de s’éloigner.
– Hé là… t’es pressé, t’as pas envie de parler ? On n’est pas assez beaux pour toi ?
Les rires gras fusèrent. Arno s’arrêta, et le temps marqua lui aussi le pas. Puis il se retourna. Une douleur insupportable le fit hurler. Un colosse, crâne rasé et visage couvert d’une barbe drue, broyait ses parties génitales entre ses doigts en s’esclaffant.

L’auteur
Né à Ciney en 1958, Claude Donnay a été enseignant.
Il se consacre aujourd'hui à l'écriture et à la revue – maison d'édition Bleu d’Encre, qu'il a fondée pour publier les poètes qu'il aime.
À ce jour, il a publié 17 recueils de poèmes et participé à plusieurs anthologies.
Il écrit aussi des nouvelles, dont certaines sont parues dans les revues Sol’Air, Nouvelle Donne ou RegART.
Il a reçu le prix Emma Martin pour sa nouvelle Spartacus
La route des cendres, son premier roman (Éditions M.E.O.) a été finaliste du prix Saga Café.
Un été immobile, son deuxième, a obtenu le Prix Mons'Livre

Editions M.E.O.
284 pages
ISBN 978-2-8070-0228-9 (livre)
978-2-8070-0229-6 (PDF)
978-2-8070-0230-2 (ePub)
Prix : 20,00 EUR

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