À PROPOS DE PRE, roman de Daniel Charneux

écrit par VandenHende
le 09/09/2020

Résumé

Pete Miller, un jogger vieillissant, a été l’ami de Steve Prefontaine, une légende du demi-fond américain. Arrivé à l’âge de la retraite, il décide de raconter – avec pour toile de fond la participation des Nifty Tortoises, son équipe de vétérans, au célèbre Hood to Coast Relay et l’histoire des États-Unis des années cinquante à nos jours –, l’épopée sportive de celui que ses supporters surnommaient « Pre ». Un athlète qui professait une haute opinion de son sport : « Selon Steve, l’important n’était pas la victoire, mais la manière. Gagner une course en la gérant, restant prudemment derrière pour démarrer dans le dernier tour, c’était bon pour les poules mouillées, pour les comptables. Ce n’était pas ainsi que lui, Steve Prefontaine, voyait la course. “Et comment la vois-tu, la course, toi, Plouc, avait demandé Bowerman ? – Comme une œuvre d’art, coach ! Une œuvre d’art.” ».

Lui-même coureur émérite (ancien marathonien, il a réalisé 2h29' sur la distance), Daniel Charneux conjugue dans cette œuvre sa passion de l'écriture et celle du cross-country.

L’auteur

Écrivain en vue de la Fédération Wallonie-Bruxelles (Belgique francophone), Daniel Charneux construit depuis près de vingt ans un univers romanesque qui le conduit régulièrement à explorer des destinées réelles. Ainsi de Marilyn Monroe dans Norma, roman (prix Charles Plisnier 2007), de Lady Jane Grey dans Si près de l’aurore (prix quinquennal Alex Pasquier du roman historique 2018) ou du moine japonais Ryōkan dans Nuage et eau (finaliste du prix Rossel en 2008). Ce dernier ouvrage, couplé à Maman Jeanne, a valu à son auteur d’entrer dans la collection patrimoniale belge Espace Nord. À propos de Pre, son nouveau roman, est de la même veine. Les éditions M.E.O. avaient déjà publié de lui More, essai-variations sur la personnalité et l'œuvre de Thomas More.

Extrait

Depuis plusieurs années, j’ai envie d’écrire à propos de Pre. Si je me suis enfin décidé, c’est peut-être aussi pour raconter ma « grande aventure » de 2018. Oh, une équipée bien modeste, mais j’ai toujours cru, comme je ne sais qui le disait autrefois, que l’aventure commence au coin de la rue. Il a neigé, vous décidez d’aller courir au bois. Vous êtes le premier à fouler la neige vierge. Enfin, le premier humain, car mille petites empreintes vous révèlent un grouillement de vie. Dans le grand silence (la poudreuse gomme tous les bruits, et la ville est loin), seul le crissement de la neige fraîche sous vos pas. Vous prend parfois l’envie, comme autrefois, de façonner une boule, de la lancer au loin, dans le dos d’un pion imaginaire, voire d’y mordre, d’en sentir la fraîcheur vous brûler langue et palais, comme un granité. Et tout à coup, vous croisez un renard. Sur la couche blanche qui mange le paysage, son pelage roux. Vous vous regardez dans les yeux, juste un instant. Il fait volte-face, il a disparu. C’est une aventure, non ? […]

À son arrivée au labo, Steve a lancé aux chercheurs : « Beaucoup de gens courent pour voir qui est le plus rapide. Moi, je cours d’abord pour voir qui a le plus de tripes. Votre truc, je l’attends de pied ferme ! » On lui explique le principe du test, on lui traduit les chiffres établis par les examens précédents : plus de 75, le seuil de l’élite mondiale, plus de 80, un résultat atteint seulement par quelques skieurs de fond, quelques grands marathoniens. Steve est bien décidé à exploser les records. Les conditions de réalisation du test sont une épreuve en elles-mêmes. Quand on aime la course en plein air, la piste, le cross, c’est peu attrayant de galoper torse nu sur un tapis de course, des électrodes sur la poitrine enregistrant le rythme cardiaque, un masque sur la bouche et le nez mesurant le taux de dioxyde de carbone expiré durant l’effort. Un astronaute s’entraînant en apesanteur ne serait pas harnaché plus inconfortablement. […]

Courir sur tapis, j’ai essayé plusieurs fois, il faut s’accrocher. Quand on arrive – en tout cas moi – à quinze ou seize kilomètres à l’heure, l’essoufflement monte, la sueur commence à sourdre, le bruit de la machine perturbe presque autant que la peur de ne plus pouvoir suivre le rythme, de trébucher et se casser la figure. Quand on est au bord de l’explosion, on adresse un signe au technicien de laboratoire qui ralentit la cadence. Le test est terminé.

En janvier 1975, Steve est monté à près de vingt-six kilomètres à l’heure ! Un bison chargeant, un éclair, un ouragan ! Shorter, qui assistait au test, m’a dit un jour : « Il avait du feu dans les yeux ! » Résultat, traduit en code VO2max : 84 (à côté, mes 46…) ! L’un des plus hauts scores jamais réalisés.

Editions M.E.O.

152 pages

ISBN : 978-2-8070-0242-5 (livre) –  978-2-8070-0243-2 (PDF) –  978-2-8070-0244-9 (ePub)

Prix : 15,00 EUR (imprimé) — 8,99 EUR (e-book)

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