19 septembre : Filly en fête, en wallon s’i vous plé !

écrit par ReneDislaire
le 19/09/2010
L'accueil. Deux Robert. Monsieur le Cure et "Batemme".

C’est la vérité

1. Li grand-messe : « Attaquans, mes èfants, j’estans torto rèyunis âtou d’one tâf ».
Avou on introyite pareil, il esteu sûr qu’on z-alleu l’chouté, et qu’on z-alleu rire tortos.
Mè i z’rattrapa d’on cô, noss’ Robèr qui nos aveu dja serré les mains divant l’huche comme à on mètinque.
"On-z-è voci po l’Bon Dju. A ç’t heure dji vons priyer, è dji fiestich’rans après messe ».
Qué mestî d’dire one messe pareille !
I n’a nin dandjî d’micro, nos curé d’occâsion : on-z-areu dit Pavarotti qu s’âreu côpé l’bâbe !
Fini les meya culpa : «bachans l’tièsse! », disti.
E i n’a nin dit â coron : « ite missa ésse ». « Allez, mes bonnè djins ! Qu’à l’an qui vint si dj’viquans co ».
« Allélou ya », quelle a respondou l’chorale.

1.La grand-messe. Allons-y, mes enfants, nous sommes tous réunis autour d’une table.
Avec un introit pareil, il était sûr qu’on allait l’écouter, et que tout le monde allait rire.
Mais il se rattrapa aussitôt, notre Robert qui nous avait déjà donné la main sur le seuil, comme à une réunion politique.
« On est ici pour le Bon Dieu. Maintenant on va prier, et on fera la fête après la messe ».
Pour dire la messe comme ça, il faut un sacré professionnalisme !
Il n’a pas besoin de micro, notre curé guest star : on aurait dit Pavarotti qui aurait coupé sa barbe.
Fini les mea culpa : " baissons la tête », dit-il.
Et il n’a pas conclu par un « ite missa est ». « Allez bonnes gens ! A l’an prochain si nous sommes encore en vie !
Alluia « ,répondit la chorale.

2. « On n’si fait nin ostant d’amis avou s’boûss qu’avou s’cœur ».
Comme c’est bin dit çoulà ; li cî qui n’a rin ritnou do sermon, a sûr ritnou ci-çale.
Si poupa, c’esteu on saquin mounî do côsté d’Bastogne.
Fîr qu’il esteu, è il a èmôtionné to l’monde, quand il a c’tailli on kignon d’pain do bold’jî po fé des p’tits boquets è to tant qui c’esteu div’nou li cwar do Krisse.
I-z-ont toumé à court. «Ceux qui n’ont pas reçu la communion n’ont qu’à revenir la semaine prochaine ! », qu’i lacha l’curé d’Nâdrin qui ravisse à Kabila pusse qu’à rwè Albèr, è qui n’est pou rin, l’homme , si l’Bon D’ju n’a nin v’lou qu’il aye on poupa qui lî areu appris l’wallon.
Dimègne qui vint, i n’arait nouc à messe ; à Fi’hy, i gn’aveu çant mile.

2. On ne se fait pas autant d’amis avec sa bourse qu’avec son cœur
Comme c’est bien dit ; celui qui n’a rien retenu du sermon, a au moins retenu cette phrase-là.
Son père était un certain meunier du côté de Bastogne.
Fier qu’il était, et il a ému tout le monde, quand il a découpé du pain du boulanger en petits morceaux en disant que c’était le corps du Christ.
On est tombé à court. «Ceux qui n’ont pas reçu la communion n’ont qu’à revenir la semaine prochaine ! », lâcha le curé de Nadrin qui ressemble à Kabila plus qu’à Albert II, et qui n’en peut rien, le brave, si le Bon Dieu n’a pas voulu qu’il ait un père qui lui apprît le wallon.
Dimanche prochain, il n’aura personne à la messe ; à Filly, il y en avait cent mille (traduction littérale).

Purdo çouci po des fâfes : c'est De Brigôd' qui l'z a dit's
Ceci est une fiction

3. C’esteu l’dîmègn dij’-nouv’ di setîmp, à Fî’hy, ad’dé Nâdrin.
Po seye one fièsse, i-z ont fait one belle fièsse.
Et i gn’aveu do monde, ca i-z ont fait dire one messe en wallon, è y-z avint fait d’il rèklame to costés, avou one fouille dins tot’ les mâ’hons d’il commune, câhi tot’ si spaisse qui l’Lôrgnette.

3. C’était le dimanche 19 septembre à Filly, faubourg de Nadrin.
Pour être une fête, ce fut une belle fête.
Et il y a avait du monde, car on avait fait dire une messe en wallon, et ils avaient fait de la publicité partout, avec un toutes-boîtes dans toute la commune. Presque aussi épaisse que La Lorgnette.

4. Po dire messe, c’est Mossieu l’curé d’Mârcourt qu’a v’nou, on binamé qu’a dèpanné l’comité, ca l’grand Gus di Sâmchestè s’aveu dlou dècommander.
On-z aveu tèlèphoné à Malines quéqu fî qu’i vinreut ; c’est on usteil mècanik qu’a respondou : « Monseigneur Lèyonard est overbouqué». Li v’là malâde : overbouqué, co one novelle maladie ! Y a nourisse, li pauv’, il a d’l’ovradj’ è des tracas, avou to çou qu’on raconte à l’tèlévision cont’ di zelles. … Surtout à Brussèlle, qu’on veu bin que c’est to des sociâlisses qu’on stou câsés par la Loge, comme on dit en français (li fin d’ol phrâse, c’est do wallon).

4. Pour dire la messe, c’est le curé de Marcout qui est venu, un bien brave homme qui a dépanné le comité, puisque l’abbé Balthazar de Salmchâteau avait dû se décommander.
On avait téléphoné à Malines, sait-on jamais qu’il viendrait ; c’est un répondeur automatique qui fait le message suivant : "Monseigneur Léonard est overbooké ». Voilà qu’il est malade : overbooké, une pathologie encore inconnue. En effet, le pauvre, il a du travail et des soucis, avec tout ce qu’on raconte à la télévision contre eux. Surtout à la RTBF : on voit bien que ce sont tous des socialistes qui on été nommés par la Loge, comme on dit en français (la fin de cette phrase, c’est du wallon).

5. Li curé a prêtchi wallon sin hâquî.
Aveu-t-il sogne ? Nenni sûr. Mais Armande, one rûsée pari ci-çale, lî aveu d’né one gotte di blanc pèquet d’vant messe, comme si i n’n aveu dandjî ! « Tèno Mossieu l’Curé, dist-elle, v’là on r’montant d’vant d’griper su l’estrâde, c’est meilleu qu’di l’bènite èwe ».

5. Le curé n’a trébuché sur aucun mot dans son sermon en wallon.
Avait-il le trac ? Sûrement pas. Mais Armande, ça c’est une rusée, lui avait donné une goutte de genièvre avant la messe, comme s’il avait besoin de cela ! « Tenez, Monsieur le Curé, dit-elle, voilà un remontant avant d’entrer en scène, c’est meilleur que de l’eau bénite ».

6. C’est Joseph à messe qu’a fait l’chalbotte. Il est do comité, c’est on homme capâbe, è d’une honnêtreté impeccâbe.
A ç’teure, li chalbotte n’è pu comme dins l’temps : les djins n’ont pu tant d’sous, è i gna pu pont d’botons d’braillette po mett’ dins l’bonnette. C’est la crîs’, comme on dit.
4. C’est Joseph à messe qui a fait la collecte. Il est du comité, c’est un homme capable, et digne de confiance.
Aujourd’hui, la collecte n’est plus comme dans le temps : les gens n’ont plus d’argent, et il n’y a plus de boutons de braguette à mettre dans le bonnette.

7. I gna one grande chorale qu’a v’nou d’Durbuy esprè po chtanter messe. Comme i gn’ a pu pont d’harmognomme, i-z-ont dit qu’i chantrint a capella.
- Nenni mes djins, distelle Jeannine, qu’est do comité avou è qu’a one djève è d’mée, vo d’lo chanter wallon. C’est mi qui l’a dit, è c’est mi qu’est mêss!
7. C’est une grande chorale qui est spécialement venue de Durbuy pour chanter la messe. Comme il n’y a a plus d’harmonium, ils avaient dit qu’ils chanteraient a capella.
- Pas question, avait répondu Jeannine, qui est aussi du comité, et qui a la langue bien pendue (one djève è d’mée : une bouche et demie), vous devez chanter wallon. C’est moi qui le dis, et c’est moi qui suis maître!

8. On-z-a magni to crou do blanc cabu po-z attirer lè Bordjeus, côpé è linguettes comme des pwèls qui potchint foû des oreilles do vî Pandof qu’est mwart i gna bin quarante ans d’one maladie qu’il aveu ramassée â Congo, è dil salâd qu’aveu vormin djà on pô monté ca l’Saintrmée n’est pu si long.
8. On a mangé des crudités. Du chou blanc, pour attirer les gens de Houffalize, finement émincé comme des poils qui sortaient des oreilles du vieux Pandolphe qui est mort il y a bien quarante ans d’une maladie attrapée au Congo, et de la salade qui était ma foi déjà un peu montée car la Toussaint (la Saint-Remy) n’est plus si loin.

9. Vlà on Flamind qu’a bâti one villa su on terrain da Mathieu d’Wicourt, bin moussi è qui djâze mî français qu’nos aut’, grand manitou di tos les C§A do payis, è qui parait qu’il est maïeur dans la pèriférie, qu’apostrophe Monique :
- Vous êtes apparemment la préposée hôtesse en chef, disti comme on avocâ parisien. Je ne vois pas les esperluettes annoncées au menu.
Les esperluètes ? c’est les lum’çons qui les ont magni ! Dj’ v’s a ricnochou Mossieu : vos esto on polititcien do CD§V. Si vo v’lo magni des esperluettes, vo n’av’ qu’à aller â Cabri avous les m’as-tu-vu prinde li menu gastronomike. A-t-on idée…

9. Voilà un Flamand qui a construit une seconde résidence sur un terrain de Joseph Mathieu, bien habillé et qui parle mieux le français que nous, et dont on dit qu’il est bourgmestre dans une commune à facilités, qui apostrophe Monique :
- Vous êtes apparemment la préposée hôtesse en chef, dit-il comme un avocat parisien. Je ne vois pas les esperluettes annoncées au menu.
- Les esperluettes ? c’est le limaçons qui les ont mangées. Et puis, je vous ai reconnu, Monsieur. Vous êtes un politicien du CD§V. Si vous voulez manger des esperluettes, vous n’avez qu’à aller au Cabri avec les gens de la haute choisir le menu gastronomique. Non, mais… (Note : une esperluette, c’est le signe typographique §. Comme dans CD§V et C§A. Et dans le menu distribué toutes boîtes pour annoncer la fête, il y avait des « crompîres § crudités »).

10. Su les tâfes, gn’aveut ossu des rècines comme des rututus do corti di mon Monique qui les plante à l’ficelle po fait des dreutè royes quimachis dins di l’ mayonnaise faite maison avou des oû frais des poyes qu’elle aveu s’tou kèri li djou di d’vant qui f’zéf dja nut.
8. Sur les tables, il y avait aussi des carottes râpées du jardin de Monique qui les plante au cordeau pour les mettre en ligne mélangées dans de la mayonnaise faite maison avec des œufs frais des poules qu’elle avait été chercher la veille alors que la nuit été déjà tombée.

10 . Dist’elle on djône tourisse bin mettou su leye è qui djaséf qu’on veyeu bin qu’elle esteu fllaminde, à Monique po lî fé on complimint :
- Vous cultivez des carottes biologiques, Madame !
Qu’elle lî a respondu nos’ matante :
- « Biologik », qu’est-ce qui ça vout dire, mi p’tite feye ? ca mi dji n'comprinds nin l’flamind.
- Vous n’avez pas inducté des produits chimiques dans la terre pour la rendre plus activiste, et les carottes me font jouir dans ma bouche.
- Louc on pô, dist-elle li cinsresse, y gna septante ans qui dj’fais des rècines biologiques o m’corti è dji ni l’saveu co por nin.

11. Une jeune touriste pimpante qui, à son accent, était manifestement flamande, dit à Monique, pour lui faire un compliment :
- Vous cultivez des carottes biologiques, Madame !
A quoi répondit la doyenne :
- « Biologik », qu’est-ce que ça veut dire, mon enfant ? Parce que moi, je ne comprends pas le néerlandais.
- Vous n’avez pas eu recours à des engrais chimiques pour amender le sol, et c’est un plaisir pour mon palais.
- Elle est bien bonne (regarde un peu), dit la villageoise Il y a septante ans que je cultive des carottes biologiques et je ne le savais pas !

12. Li tchâr, c’esteu do rosti d'djambon. Nin sûr do verrâ, mais do djône cosset. Sacré vî pourcè, d
ji gadje qu’il a avou bon o l’botche di l’Flaminde!
- C’est un lunch tout simple, mais vraiment prima, dist’elle li crapaude à on responsâbe.
- Qu’est-çe qu’elle a dit ? dji n’ô nin bin, disti l’responsâbe qu’aveu les piles élektriques di l’agaillon dins ses oreilles di mon Lapeyre à Bastogne qu’estint divnou kaput.
- Elle a dit qui gna wére, mais qui ça n’est nin do puf caca, dist-elle lî Monique qui choutéf juss podrî è c’mincéf à seye compurdisse do flamind.
- Bè, bacelle, vos allo torat voter po Bart de Wever ! disti l’responsâb à Monique.
La-dessus, li Flaminde a divnou tot rodje è to chachlant, ca elle kimicéf à comprind li wallon comme Monique li flamind.
12. La viande, c’était du jambon rôti. Sûrement pas du verrat, mais du porcelet. A n’en pas douter, le vieux cochon, il a dû se plaire dans la bouche de la Flamande.
- C’est un lunch tout simple, mais vraiment excellent, dit la jeune fille à un comitard.
- Qu’est-ce qu’elle a dit ? je n’entends pas bien, répondit le comitard dont les piles de l’appareil auditif de chez Lapeyre à Bastogne étaient à plat.
- Elle a dit qu’il n’y en a pas beaucoup, mais que ce n’est pas mauvais du tout (puf caca : traduction libre), dit Monique qui écoutait juste derrière, et qui commençait à comprendre le flamand.
- Holà Monique (bacelle : intraduisible), bientôt tu vas voter pour Bart de Wever, lui adressa le responsable.
A ces mots, la Flamande piqua un fard en éclatant de rire, car elle commençait à comprendre le wallon comme Monique le néerlandais.

13. Attendez vous à savoir, comme elle téf Geneviéve Tabouis d’vant messe à radio Luxembour’, qui nos’ Monique va fait intrer l’Flaminde o comité do clup di Sainte-Marguerite po djazer wallon. E qui l’Flaminde va inviter Monique è to Fi’hy avou leye po visiter l’musée avou l’wachê do Pére Damien d’où qu’elle est guid’ bènèvole.
13. Attendez vous à savoir, comme disait Geneviève Tabouis avant la messe à radio Luxembourg, que notre Monique va faire entrer la Flamande au comité du club de Sainte-Marguerite pour parler wallon. Et que la Flamande va inviter Monique et tout Filly à visiter le musée avec le cercueil du Père Damien où elle est guide bénévole.

14. Morâlité : li fiesse à Fî’hy, c’è utile po l’unité d’la nâtion.
L’an qui vint, c’est moutwè li rwè qui sievrè l’messe en wallon.

14. Moralité : la fête à Filly, ça contribue à l’unité de la Belgique.
L’an prochain, c’est peut-être le roi qui fera l’enfant de chœur à la messe en wallon.

René Dislaire

PS. 1. Pardon à tous pour l’orthographe : Word ne corrige pas (encore) le wallon. Mais à l’époque des sms, tout est permis…
2. Pardon à Monique et à Armande, à Jeannine et à Joseph, et peut-être à d’autres si je vous ai baltés un peu. C’est parce que je vous aime bien. Et puis, votre fête, c’est comme les évangiles : il faut bien en rajouter un peu pour espérer que les gens croient encore en nous dans deux mille ans…
Amen.

René Dislaire

Lien: la fête en 2012, avec vidéo:
Filly, la fête au village (2012)

  • L'accueil. Deux Robert. Monsieur le Cure et "Batemme".
  • "La sortie de messe".
  • Entrez, voici le programme.
  • La masse.
  • La masse.
  • On n'est nin voci po rire, mes djins.
  • Mais po priyer l'Bon Dju!
  • Lecture du prophete Amos, qui n'etait pas un comique.
  • Est-ce que je photographie pendant la messe, moi?
  • Image pieuse de ceux qui n'ont pas pu entrer.
  • Le pain, du vrai pain gris de chez le boulanger.
  • Une simple jatte de tous les jours.
  • Monique, la G.O. que le club Med envie.
  • Touillage de salade sous haute surveillance.
  • La rissoleuse en chef.
  • Le syndicat des rissoleuses
  • Salut Jean!
  • Demain, faudra du Dash superpuissant.
  • Les racines do corti d'a Monique (ceci est-il une fiction?)
  • La preuve que c'est bien les racines do corti d'a Monique (ceci est-il une fiction?)
  • Les salades (idem: ceci est-il une fiction...)
  • Par ici la monnaie.
  • Joseph, qui ne retrouve jamais ses lunettes.
  • Sur la paroi du chapiteau, des photos d'anciens du village.
  • A l'an qui vint, Mozart... Avou on pareil programme, si possip.
1927 lectures
Portrait de ReneDislaire
René Dislaire