Natchave de Alain GUYARD

écrit par VandenHende
le 03/10/2018
Natchave de Alain GUYARD

De son enfance manouche, Alain Guyard a tiré la leçon qu'il n'y a de langues et de philosophies vivantes que vagabondes.
Jusqu’à il y a peu, en philosophie, antique patrie du concept poli à la main et de la dialectique fin moulue, Alain était synonyme de commerce pondéré, de sagesse en trois points et de radicalisme sur coussin d’air. Enfin Guyard vint. Guyard le goliard, le poissard, le soudard, nous rappelant que les Alains, long time ago, furent une tribu des plus barbares. Avec lui philo se fit folie, défroqua la toge, mit les doigts dans le nez et dans la prise, se risqua aux mauvais lieux et substitua au portique de Zénon ceux que Dame Sécurité impose à l’entrée des centrales.
En témoignent à la barre les trois titres qu'il publia au Dilettante, on l’y voit philosopher au coeur de la taule, frôler le ravin avec des Gitans et s’encanailler la sagesse avec tout ce que le monde compte de marginaux.

À lire Natchave, son quatrième titre, le dossier de l’auteur s’épaissit : natchave, en bel argot, signifiant « s’en aller, partir, se faire la belle ». S’y démontre en effet ce que le futur pensant retiendra comme « le théorème de Guyard ». Énonçons : « La profondeur de la pensée est fonction de l’usure des semelles. » À savoir que si, quelqu’un se dit penseur, matez-lui les tatanes : pures d’éraflures, vous avez affaire à un rentier du logos, un de ces fonctionnaires du cogito qui touillent la soupe conceptuelle dans un sens puis dans un autre ; mais, si elles sont usées jusqu’à la corde ou si le crèpe est fourbu, sans doute avez-vous touché un vrai, un tatoué du jus de crâne.
Car le philosophe va et sa pensée va de concert, marche, rôde, randonne, dort dehors et rentre tard, passe en fraude. Au fil de ce flamboyant et turgescent traité de philosophie à grandes foulées, Guyard nous modèle un Socrate SDF, lointain disciple des chamans thraces, nous cisèle un portait d’Antisthène l’antisystème, maître de Diogène, déroule l’histoire des goliards, escholiers en rupture de colliers académiques et de bancs de galère scolastique, entrelardant le tout de tranches de vie juteuses, guyanaises, camarguaises et surtout gitanes. Tous les chemins mènent aux Roms.

L’auteur
Alain Guyard a enseigné la philosophie 20 ans en lycée. Mais en se mettant en congé de l’Education nationale depuis quelques années, il devient « philosophe forain », avec la volonté de faire sortir la philosophie du carcan académique dans lequel elle a été enfermée. 
Avec son association « Diogène Consultants », il dispense des cours de philo là où on les attend le moins : en prison, dans des centres sociaux, des maisons du peuple, en plein champ, mais aussi en hôpital psychiatrique, etc. Le but de son association, tel qu’il l’explique lui-même est de : « Mettre la philosophie dans tous ses états, hors les murs de l’université et du lycée, loin des intellectuels maniérés et poseurs. La mettre dans les prisons, les hôpitaux, les bistros, les concerts, les quartiers, au fond des grottes et dans la rue. Il s’agit de ramener la philosophie à sa dimension charnelle, dérangeante, remuante, faisant irruption là où on ne l’attend pas, causant à tous les hommes, même aux humbles sans grade et sans diplôme. Surtout à eux ».
Alain Guyard anime également des ateliers d’écriture dans des prisons, pour des associations et dans des universités populaires. Il a écrit plusieurs pièces de théâtre, il publie en 2011 son premier roman, La zonzon aux éditions du Dilettante, qui narre son expérience de « prof de philo pour taulards ».

Editions la Dilettante
ISBN : 9782842639587
Nombre de pages : 192
Couverture : Charles Commessy
Prix : 18,00 €

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