Le musée vir[us]tuel de la Ville d 'eaux - n°12 Lavis à l’encre de Chine attribué à Antoine le Loup (1730-1802)

écrit par francois.detry
le 14/04/2020
La plume du peintre

Le musée possède des centaines de lavis à l’encre de Chine datant du 18e siècle.

Ancêtres des cartes postales, ces vue sont tellement de succès que les fabricants de jolités vont les intégrer sur les coffrets, abandonnant ainsi, vers le milieu du siècle,les sujets chinois et les scènes champêtres ou mythologiques. La grande majorité d’entre elles figurent des lieux emblématiques de Spa et des environs ainsi que les lieux d’excursions des bobelins : Coo, Remouchamps et Chaudfontaine, etc. Mais on trouve également un certain nombre de vues de villes ou de paysages parfois fort éloignés du bourg de Spa.

Les archives spadoises, les carnets de croquis ou encore les albums « remis au net » prouvent que, dès le début du 18e siècle, les dessinateurs spadois ont entamé des périples importants : Charles-Denis de Beaurieux (1653-1741) et son cousin Renier Roidkin (1684-1741) firent ensemble un voyage d’études en Italie ; Joseph Xhrouet (1711-1749) parcourut la Rhénanie de même que Mathieu-Antoine Xhrouet (1672-1747).

Le plus productif de ces védutistes est sans conteste Antoine le Loup, fils de Remacle (auteur de L’Enfer - voir n° 1).Il est surnommé « le dauphin » mais on ne sait pas si c’est parce qu’il habitait la maison portant cette enseigne ou parce qu’il était le digne héritier de son père, le plus doué de ses 6 enfants.

Les petits paysages qu’il dessinait, majoritairement des tondos, constituaient véritablement son gagne-pain. Voici ce qu’en dit Longrée, un quasi contemporain : « ces dessins étaient enlevés par les étrangers au fur et à mesure qu’il les faisait ».

Né à Spa le 29 avril 1730, Antoine le Loup se marie en 1756 à Spa et décède le 1er frimaire an 11, soit le 21 novembre 1802…à Spa. Rien n’indique qu’Antoine le Loup ait voyagé.

Sur les 128 dessins, signés ou attribués à Antoine le Loup, conservés au musée on trouve des vues de Spa et ses environs, quelques vues de la province de Liège, d’Allemagne, de Suisse et d’Italie, ainsi que des paysages imaginaires et des sujets de style néo-classique.

Puis il y a encore deux autres lavis vraiment étonnants : celui présenté aujourd’hui, le Mont St Michel normand, et un autre « Vue du Mont St Michel en Angleterre dans la province de Cornouaille (sic) »

D’où proviennent ces vues ? Si on les compare aux sites réels, on se rend vite compte qu’Antoine le Loup ne les a pas vu « en vrai ». Alors, s’est-il inspiré des carnets de croquis des générations précédentes, les Roidkin et Xhrouet évoqués plus haut ? Impossible de le déterminer avec le peu d’éléments dont on dispose aujourd’hui.

Au risque d’être un peu longuette, laissez-moi vous dire deux mots de la technique employée. Comme beaucoup de Spadois, Antoine le Loup utilisait de l’encre de Chine qu’il appliquait sur un morceau de vélin avec « la plume du peintre ». Cette petite plume ( 3 cm calamus compris ) très appréciée par les enlumineurs au Moyen-Age est une plume de bécasse. Il n'y en a que deux par oiseau, seule celle se trouvant au pliant de chaque aile peut convenir.

Ces dessins étaient le plus souvent simplement encadrés mais on les insérait aussi dans des boîtiers, genre bonbonnières, comme nous avons pu le constater récemment avec la vente, à Munich, d’un très bel objet présentant un lavis signé Antoine le Loup et qui a trouvé preneur à plus de 15.000 € !

----------------------------------------------------------------------------------

Détails de cette plume du peintre

Dimensions : diamètre 90 mm avec texte en exergue

Epoque : 2e moitié du 18e siècle

Technique : lavis à l’encre de Chine sur vélin

N° d’inventaire : C0096a

Photographie : P. Charlier (2020)

----------------------------------------------------------------------------------

Bibliographie :

Catalogue de l’exposition Remacle le Loup et son temps, Musée de la Ville d’eaux, 1974

---------------------------------------------------------------------------------

Le Musée de la Ville d’eaux vous propose aussi :

- Revue : « Histoire et Archéologie spadoises » ( 48 p. ) / 3 parutions / année  / 15 €

http://www.spavillaroyale.be/spip.php?rubrique60

- Prochaine exposition temporaire « Destination Spa. Les plaisirs de la villégiature à la Belle Epoque »

http://www.spavillaroyale.be/spip.php?article448

© Musées de la Ville d’eaux

____________________________________________________

Lien vers tous les reportages de François DETRY

  • La plume du peintre
  • Le Mont St Michel en Basse Normandie
26 lectures
Portrait de francois.detry
francois.detry