Le musée vir[us]tuel de la Ville d’eaux - n° 24 La statue de Saint-Remacle

écrit par francois.detry
le 12/05/2020
La sculpture comptait 14 couches successives

Voici une sculpture qui ne fait pas encore partie des collections du musée mais qui va bientôt les rejoindre.

C’est une très longue histoire…

Nous sommes en 1996, Colette Henrard - Sequaris, alors échevine de la Culture, contacte l’IRPA (Institut du Patrimoine Artistique) au sujet d’une statue de Saint Remacle provenant de la chapelle de la Roche.

Cette chapelle est située à mi-chemin entre la route de la Géronstère et l’avenue de la Havette. Les anciens Spadois la nommaient la « chapelle Spailier » car cette famille s’est  longtemps occupée de son entretien. Les demoiselles Delvaux ont rendu les clés à la Ville vers 1980. Il semble que ce soit la mise sur pied de l’exposition « Saint Remacle, l’Apôtre de l’Ardenne » qui éveilla l’attention sur cette statue. Le clou de cette exposition, organisée en 1995 dans l’église Notre-Dame et Saint-Remacle de Spa, était une autre statue du même saint et qui provenait d’une autre chapelle (chapelle Leloup) et qui venait elle aussi d’être restaurée par l’IRPA. Il y a de quoi confondre…

Mais, revenons à l’IRPA. Les examens stratigraphiques de l’étude préalable révélèrent que la sculpture comptait 14 couches successives. Pour la plupart des badigeons blancs mais aussi « une polychromie ancienne, directement sur le bois, intéressante de par sa technique ».

Il s’agit de la technique dite « de l’aventurine », découverte sur les vêtements du personnage. Ce type de polychromie est typique du 18e siècle mais notre statue date du 16e siècle ! Le terme « aventurine » fait référence au minéral caractérisé par la présence de paillettes scintillantes dans sa masse. Ici, il s’agit « de paillettes en verre cristallin (verre au plomb) fixées dans une couche huileuse ».

Motivé par cette particularité, l’IRPA accepta de réaliser la restauration. Cet avis favorable était cependant assorti de l’obligation de payer une partie de la restauration puisque cette œuvre était, croyait-on, une propriété privée.

La restauration commença et de l’eau coula sous les ponts…

En 2001, une première relance de l’IRPA vers la Ville de Spa resta sans réponse.

En 2008, ils s’adressèrent au musée qui prit le dossier en charge mais les conditions de restauration avaient changé. Désormais l’IRPA demandait une commission d’environ 20 % de la valeur du travail de restauration. Dès lors, deux options étaient possibles : soit on laissait les choses suivre leur cours et le dégagement durait encore 20 ans sachant que c’était uniquement des stagiaires qui le réalisaient, soit nous trouvions un financement permettant de financer les heures d’un professionnel.

Faute de budget, la première option s’imposa. On chercha des pistes pour ramener « notre » Saint-Remacle le plus rapidement possible : le fonds Courtin-Boucher ? Très délicat car nous y étions en concurrence avec un autre dossier spadois. Un autre fonds de la Fondation Roi Baudouin ? Impossible car la restauration était déjà en cours. Un financement participatif ( crownfounding ) ?

Et de l’eau passa sous les ponts…

Ce temps fut mis à profit pour clarifier le statut canonique de la chapelle de la Roche et pour déterminer le(s) propriétaire(s) de son contenu. Les différents avis autorisés confirmèrent qu’il s’agissait bien de patrimoine communal, immobilier et mobilier.

Puis, en 2017, on relança le dossier. Le premier pas fut de renoncer à dégager l’entièreté de la statue. La photo ci-dessus, réalisée en 2017, montre le travail en cours. Pour atteindre ce stade, plus de 3000 heures ont été nécessaires. Le reste du dégagement concernera les parties essentielles pour la compréhension de l’œuvre (visage, main, etc.) tandis que le côté de la chasuble restera blanc conservant les fenêtres des sondages stratigraphiques, ce qui présente un intérêt didactique indéniable.

Le coût de la restauration s’en trouva fort allégé et se sont les quelques bénéfices de l’exposition Guerre & Paix qui le financèrent.

Le 2 avril dernier, notre Saint-Remacle fêtait le 24e anniversaire de sa présence à l’IRPA. Le record, détenu par un tableau, est 26 ans.

A l’inverse de nous, pauvres mortels, qui attendons le déconfinement pour sortir de chez nous, Saint-Remacle l’attend pour rentrer chez lui…

Détails de la statue de Saint-Remacle

Dimensions : hauteur : 107 cm / largeur : 41 cm / profondeur : 32 cm

Epoque : 16e siècle

Technique : chêne sculpté et peint

N° d’inventaire : S.N.

Photographies : Cliché IRPA et MC Schils

Bibliographie :

Dossier d’offre de prix de l’IRPA daté du 20 novembre 2017

Schils, MC, Une œuvre énigmatique : le vitrail de la chapelle de la Roche, in HAS n° 141

Spailier, Claudine, Chapelle de la Roche dite aussi Chapelle Spailier !, in Réalités n° 366, août 2015.

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Le Musée de la Ville d’eaux vous propose aussi :

- Revue : « Histoire et Archéologie spadoises » ( 48 p. ) / 3 parutions / année  / 15 €

http://www.spavillaroyale.be/spip.php?article125

- Prochaine exposition temporaire « Destination Spa. Les plaisirs de la villégiature à la Belle Epoque »

http://www.spavillaroyale.be/spip.php?article448

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