Maria se terre à Malmedy bombardée 3 fois par erreur

Maria devant " la grotte" L'entree de " la grotte " L'interieur de " la grotte " Le monument reprenant les noms de toutes les victimes cdes bombardements Dans les abris Malmedy en ruines Malmedy en ruines Malmedy en ruines Maria et sa famille Le hobby de Maria Le hobby de Maria Le hobby de Maria Photo : Freddy Freches

Le 75ème anniversaire de la Bataille des Ardennes réveille des souvenirs douloureux pour Maria Gentgès. Elle était parmi les Malmédiens présents en ville à l’époque du Noël d’enfer de 1944. Les 23, 24 et 25 décembre, des bombardiers américains viendront larguer leurs bombes sur le Cité de la Warche, alors qu’on n’y trouvait que des civils et des G.I., mais pas d’Allemands.
Noël d’enfer pour la Nativité. L’US Air Force largue des bombes trois jours de suite sur une ville amie. Une incroyable triple erreur ! Selon Gotti Laurent, on dénombrera 202 tués parmi les civils, dont 129 d’origine malmédienne. Le bâti souffrira aussi : près de 800 des 1600 maisons seront détruites. Pour les G.I. qui tenaient pourtant la ville, l’armée américaine n’a jamais voulu donner de chiffre. Il est vrai que les trois bombardements par erreur les 23, 24 et 25 faisaient tache pour l’US Air Force. Parmi les Malmédiens pris dans cet enfer, une fillette de 11 ans qui habitait rue Martin Legros dans le quartier de Falize : Maria Gentgès - Blaise, future première échevine. Elle témoigne : « Au début de la bataille, on a entendu des tirs d’artillerie. Je me trouvais avec une dame, Johanna, qui deviendra la seconde épouse de mon papa après la guerre. Nous étions sortis. C’était l’effroi. Nous nous sommes d’abord réfugiées dans la cave d’une maison, sous l’escalier, puis dans le sous-sol voûté du monastère. On nous avait assuré qu’on y serait à l’abri des bombes et des obus. Nous étion au moins 200. Là, il y aura une quarantaine de morts ». Le 24, Johanna, Maria et son frère, âgé de 8 ans, se trouvent dans la cave aux chaudières. Il y règne une chaleur agréable, alors que beaucoup n’ont pas pu se vêtir chaudement. Prise d’un pressentiment, Johanna oblige Maria et son frère à céder leur place au profit de la famille Gohimont, dont une amie de Maria. Ceux-ci vont bientôt tous mourir. A 14 h, deux prêtres viennent donner l’absolution générale. Vers 14.30 h, des explosions secouent le centre - ville. Une ou plusieurs bombes percutent le sous-sol du monastère au niveau des chaudières. Plus de lumière, l’atmosphère est étouffante. Maria, qui se trouve dans une autre cave que Johanna et son frère, s’accroche à un concitoyen qui l’extrait vers l’air libre. On la pousse dans une cave sous la cathédrale où sont déjà entassés des réfugiés des villages germanophones. Après y avoir passé une nuit, Maria sera évacuée vers un abri antiaérien sommairement aménagé par les Allemands sur le flanc de la colline de Livremont à une centaine de mètres.

La gale, les poux, la faim …
« Nous avons vécu dans cet abri durant plusieurs semaines, me semble-t-il. Il n’avait jamais été achevé. C’est une galerie d’une cinquantaine de mètres, sans porte, ni bouche d’aération » explique Maria Gentgès, près de la grille de cec qu’on appelait « la grotte ». « On a installé une pompe à main pour aérer. Il était impossible d’allumer une bougie. Il n’y avait pas de toilette. Certains avaient la gale. Les poux pullulaient. Beaucoup se sont fait tondre pour s’en débarrasser. Mais les petits enfants s’adaptent, ce qui n’était pas le cas des belles jeunes filles. Les jeunes mamans, elles, ne pouvaient pas changer leurs bébés ou réchauffer les biberons. Nous étions sales …
Le 25, des réfugiés affamés se hasardent dehors. A peine sortis, ils endurent le troisième bombardement de la ville. Ils s’entasseront encore trois semaines dans ce bunker, estime Maria. Pas question de réintégrer la maison familiale éventrée et pillée : les vitres étaient cassées et l’eau y coulait. Selon Maria Gentgès, si l’on additionne les civils et les G.I. tués sur le territoire communal, mais aussi les Malmédiens morts en d’autres lieux, notamment dans les camps, le total doit approcher les 1000 décès durant la guerre.
Aujourd’hui, Maria Gentgès - Blaise se rend encore dans les écoles pour raconter ce drame : « Parfois, des élèves provenant de Palestine ou de Syrie, par exemple, pleurent quand ils m’entendent. Je pense alors à ceux qui risquent leur vie en traversant la Méditerranée ». SP ( de Vlan )

© François DETRY
Lien vers tous les reportages de François DETRY