Poutine, l'itinéraire secret - Vladimir Fédorovski

écrit par RobertMARY
le 08/05/2020

Ce livre raconte l’ascension de Vladimir Poutine.

L’auteur a plusieurs fois rencontré ce personnage derrière lequel se cachent plusieurs hommes: agent de renseignement, adjoint au maire de Saint-Pétersbourg, gestionnaire, haut fonctionnaire du Kremlin, chef des services secrets choisis pour défendre les intérêts d’Eltsine, premier ministre de la guerre de Tchétchénie puis “le dernier Tsar” du Kremlin.

J’ai apprécié le fait que ce livre ne soit ni un plaidoyer contre la politique de Poutine ni de la propagande envers ce dernier. C’est un livre avant tout basé sur des faits, la neutralité de l'auteur est incontestablement un atout.

Je propose une dissertation sur base de la célèbre phrase de Vladimir Poutine qui qualifia la chute de l’URSS comme “la plus grande tragédie géopolitique du XXème siècle” : “Celui qui ne regrette pas l’URSS n’a pas de coeur. Celui qui la regrette n’a pas d’intelligence...”. Elle peut s'interpréter de différentes façons et peut vouloir dire le meilleur comme donner lieu aux pires dérives...

L’homme “qui voulait être le James Bond russe” était dans sa jeunesse un bagarreur, il se rappelle que c’est le sport qui le sauva: “sans mon professeur de judo j’aurai pu mal tourner”.

Ensuite il soumit sa candidature au KGB, lequel lui répondit : “c’est le KGB qui vous choisit, pas l’inverse”. L’organisation lui conseilla alors de faire des études de droit pour -malgré tout s’il y tenait vraiment- ne revenir qu’à ce moment-là. Il s’exécuta,  on l’avait évidemment oublié entretemps...

Cependant il fut quand-même recruté et sa première carrière démarra. On peut en conclure qu’il est toujours bon dans la vie de savoir dès son plus jeune âge ce que l’on veut...

Il était de bon ton de se marier, ce qu’il fit avec une hôtesse de l’air attirée par sa silhouette svelte de judoka dira-t-elle. Plus tard, il lui conseilla fortement d'abandonner l'aviation pour se consacrer à des études en Philosophie et Lettres afin de connaître le français et l’espagnol. Lui-même maîtrisait déjà l’allemand, ce qui lui fut fort utile lors de ses missions en RDA, mais il n’avait malheureusement pas pu poursuivre son rêve, à savoir:  être envoyé en mission à l’Ouest.

Le livre retrace l’évolution de l’URSS jusqu’à la Russie moderne, il explique tant la politique intérieure (notamment par le concept de “démocratie dirigée” en vertu duquel la presse est muselée et l’opposition réduite au silence par une justice sous contrôle, bref un régime autocratique) que la politique étrangère russe. En Syrie, la Russie serait “un rempart contre l’islam politique permettant de sauver les chrétiens d’Orient”.  L’Allemagne serait  ainsi “presque le seul pays fiable -avec la France dans une moindre mesure- au sein de l’UE décadente donnant des leçons de démocratie” selon Poutine. L’étranger proche c.-à-d. les anciennes républiques soviétiques sont considérées comme faisant partie de la zone d’intérêt vital de Moscou, il s’agit donc d’une sorte de “doctrine de Monroe” russe.

Il reproche principalement à l’Occident de confondre islam et islamisme,  d’avoir une politique migratoire inspirée d’une politique électoraliste à court terme, de n’avoir de démocratie que le nom et de chercher à affaiblir la Russie (concept de “forteresse assiégée”).

Sa ligne de conduite, l’ouverture économique puis seulement politique (à l’inverse de Gorbatchev et Eltsine), s’inspire de celle de son mentor Youri Andropov (son ancien patron au KGB et ex- secrétaire général du parti communiste de l’URSS) ainsi que de Deng Xiaoping (le numéro un chinois).

Poutine a forgé une nouvelle identité nationale russe héritée du passé tsariste et soviétique puisant sa source dans l’allégeance à l’État (bref une forme de néo-impérialisme) et sur le plan extérieur a manipulé l’arme économique (pétrole et gaz) avec un certain brio ("les blindés sont obsolètes et l’arme atomique est onéreuse" dit-il), ce qui peut expliquer sa popularité en Russie (même si les sous-mariniers du “Koursk” ne doivent pas être du même avis...).

Le livre dresse le portrait d’une journée type du président, lever à 9 heures puis, sans rien avaler, deux heures gymnastique et de natation “pour garder le ventre plat”, ensuite seulement il dîne puis son chauffeur l’emmène au Kremlin vers 13 heures. Sa journée se termine aux environs de 2 heures du matin. Le fait d’avoir un chauffeur ne l’empêche pas d’être propriétaire de pas moins de 700 voitures.

Ce livre date en peu (2014), certes mais c’est la vie personnelle du président et la manière dont il a bâti sa carrière dès son plus jeune âge tout en retraçant l’histoire du pays qui m’ont intéressé. Il est très agréable à lire, c'est quasi un roman sans aucune longueur.

Je vous souhaite une bonne lecture!

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