Le poète Total du Togo

écrit par ReneDislaire
le 17/07/2012
L'enseigne clignotante de Festina: musique hot, cocktails energetiques XX, bieres guinness analgesiques

Kégué, faubourg de Lomé...
C’est à Kégué que ça se passe, faubourg de Lomé, où zonent ferrailleurs et ferronniers, camionneurs et motards parmi le petit peuple du port ouest africain.
Quand tombe la nuit, dès 18 heures, le long de l’artère « boulevard Jean-Paul II », un marché s’étire sur le trottoir, petits commerces fixes ou ambulants.
Des femmes longilignes serpentent, magnétiques, dodelinant crânement, un soubique (grand plateau rond couvert de marchandises) en équilibre sur la tourelle de leur tête altière.
D’autres, un bébé sanglé sur le dos, échafaudent sur un étal de fortune des pyramides d’oranges aux écorces de pamplemousse.
Ça et là, capiteuses, d'’irritantes fumées s’exhalent des grills à brochettes et des motos en quête de clients.

Total et Festina
Au milieu de cette batte, le cœur: la station Total commence à battre, lieu de toutes les rencontres.
Dans le périmètre de la station service: Festina.
Festina, festina lente. Dépêchez-vous y lentement. Un bar en plein air, sorte de fête au village où tous les soirs sont d’été.
Avec une clientèle bon enfant, servie par d’accortes femmes zigzagant au rythme d’airs de ritournelles de la Compagnie créole et autres Grand Jojo.
Festina, c’est le paradis convivial des descendeurs de Guinness analgésiques et de limonades XX énergétiques. Et de petits plats à moins d’un euro relevés d’enfer.

Gazere K. Fabrice, le poète
C’est dans cette torpeur indolente que d’un pas feutré quotidien, tout beau tout sapé Gazere K. Fabrice sort. Le poète.
Il gagne les projecteurs blêmes des pompes de Total, et les guirlandes papillotantes de la guinguette Festina.
Avec recueillement, en échange de cent balles, il propose une feuille de ses pensées versifiées. Cent francs CFA, c’est quinze centimes d’euro.
Vendue en pièces détachées, son œuvre, intitulée « le Secret du père céleste », cumule une quarantaine de poèmes.
Ils prônent les valeurs du courage, la quête de l’idéal, les empreintes que chacun doit laisser pour rendre le monde meilleur.
« Il n’est jamais trop tard. Même lasses, le comètes marient les novae » (étoiles supergéantes extrêmement brillantes).
Que voilà une sentence agrémentée d’un belgicisme que n’aurait pas renié l'ardennais Verlaine, le maître de Fabrice. De quoi nourrir nos neurones de sagesse subtropicale.

Lomé, juillet 2012
René Dislaire

Lien:
Verlaine, Afrique: comment Fabrice Gazère voit l'Ardenne belge grâce à P. Verlaine, après la lecture de l’ouvrage de Danielle Chanteux-Van Gottom
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