Houffalize - Cartes postales - Rédaction et contenu

Ecrit par un homme. A ses collegues de bureau. Banal, sauf: il fait plus calme ici qu'a Bruxelles. Puis, noter ttes les instructions au sujet de son tabac.  Ecrit par un homme. Rare: contient une chronique de la vie houffaloise. Retraite (aux flambeaux), bal etc.

Houffalize - Cartes postales - Rédaction et contenu
Introduction

Quand on veut étudier des manuscrits du début du XX e siècle, il y a un acquis : l’écriture sera lisible. Et belle. Pour le dire en mots venus du grec, c’est de la calligraphie.
On va d’abord s’intéresser à l’orthographe de l’épistolier.
L’instruction obligatoire récente avait comme mission essentielle lire et écrire.
Des deux, seul écrire sans fautes donne un statut social : il en demeure une trace tangible.
Les touristes qui séjournaient à Houffalize avant 1936 devaient-ils écrire sans fautes ?
A priori oui, du moins leurs cartes postales : ils avaient un certain niveau d’instruction, allaient écrire un texte court et simple, qui serait lu et relu avec curiosité et affection, mémorisé même, par les destinataires.
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Les accents
Nous avons toujours été étonnés par les nombreuses fautes d’accentuation que présentent les textes des cartes postales. Pas normal.
Nous avons donc consulté à ce sujet le professeur Michel Francard. (1)
Nous en retenons qu’à l’époque un certain laxisme, du moins dans une correspondance assez informelle comme celle des cartes postales, s’explique.
Le caractère aigu ou grave des accents sur beaucoup de mots a fait l’objet de bien d’atermoiements au cours du siècle.
Sauf, ajoute le professeur, dans les cas de différentiation comme a/à.
Quand même, pourrait-on affirmer que des hommes qui signent Arséne ou Eugéne ont repris l’accent de leur acte de naissance ? À voir !
Ceci dit, on passerait des heures à admirer la calligraphie des accents circonflexes de Pâques, Pentecôte, hôtel. À croire même que les épistolières en parsemaient leurs écrits comme d’autant d’accroche-cœurs.
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Un vocabulaire élémentaire
La richesse du vocabulaire, c’est aussi un élément déterminant pour estimer le niveau d’instruction des personnes. Et les touristes de l’époque appartenaient à la classe la plus instruite.
Or, surprise, le vocabulaire est pauvre.
En fait, les textes sont de la même banalité que ceux d’aujourd’hui.
Mais à l’époque, c’était le seul moyen d’entretenir sa famille de son arrivée, des activités de son séjour, de la date prévue pour le départ, d’instructions à suivre dans tel ou tel cas. Jamais une allusion à une communication téléphonique. Quant aux NTIC, même Jules Verne (+ 1905, un an après Raeymackers) ne les avait pas prévues !
Vocabulaire pauvre. Textes banals. Psittacistes. On s’attendait à mieux.
Sauf exceptions. Dans les messages écrits par les hommes, plus extravertis.
Une exception fabuleuse, de la main d'une femme, fera l’objet d’un prochain article.
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Longueur et complexité des phrases
Par là, nous visons le style, le recours à une rhétorique propice à susciter l'intérêt, à exprimer les nuances.
L'exiguïté de l'espace d'écriture, les tarifs de l'affranchissement, les conditions matérielles hors des habitudes domestiques ne facilitent pas la logorrhée.
Les propositions subordonnées, introduites par un pronom relatif approprié, par exemple, toujours appréciées, sont parcimonieuses.
La première condition d'un langage relevé est la richesse du vocabulaire. Nous en avons parlé.
Puis vient l'objet du texte, qui est banal, en général peu enthousiasmant.
La prosodie, le rythme, les figures de style? Rien à signaler.
C'est peut-être parce que les gens lisaient moins. L'index privait les catholiques, majoritaires, de grands auteurs de romans et de poèmes. Les bibliothèques publiques de prêt étaient rares. L'organisation du marketing et autres techniques relationnelles des éditeurs, embryonnaires. Les contions d'éclairage peu performantes. Les faiblesses d'acuité visuelle, rarement corrigées.
Et n'est pas Madame de Sévigné qui veut.

René Dislaire © Houffalize, le 11 novembre 2017

(1) Michel Francard. De Bastogne, professeur émérite et ancien vice-recteur de l’UCL, lexicologue et, entre autres, chroniqueur linguistique au journal Le Soir

Du même auteur :
Articles sur « l’envers des cartes postales » de Houffalize, première partie du XXe siècle.
* 1. Houffalize : l’envers des cartes postales - (2017)
* 2. Houffalize – Cartes postales – Rédaction et contenu – vocabulaire, orthographe et style
* 3. Belle époque et années folles