BD : "Black Squaw", une Série d'Alain Henriet et "Yann", éditée par "Dupuis"

écrit par YvesCalbert
le 21/06/2020

Bessie Coleman (Atlanta, Texas/1892-Jacksonville, Floride/1926) est la première femme noire au monde à pouvoir  piloter un avion et la première personne d’origine afro-américaine et amérindienne à obtenir, en 1921, une licence de pilote.

Dixième d’une fratrie de treize enfants, aux Etats-Unis, victime de la ségrégation raciale, elle n’est acceptée par  aucune école de pilotage. C’est en France, à l’« Ecole de Pilotage Caudron du Crotoy », qu’elle obtient, en 1921, son diplôme de pilote. Au retour dans son pays, devenue un phénomène médiatique, elle participe à de nombreux spectacles aériens trouvant la mort lors d’un entraînement pour l’un d’eux.

Impressionnés par cette forte personnalité et particulièrement intéressés par l’aviation, le dessinateur liégeois, né à Gosselies, Alain Henriet (°1973), diplômé de l’« Académie es Beaux-Arts » de Liège, et le scénariste marseillais  « Yann » (Yann Lepennetier/°1954) viennent de terminer le tome 1, « Night Hawk », d’une nouvelle série éditée par« Dupuis », « Black Squaw », qui se complétera de 5 autres tomes, répartis en 2 cycles de 3 tomes.

Synopsis : « Aux Etats-Unis des années ’20, au coeur de la prohibition, Bessie Coleman, jeune métisse aux origines cherokee et afro-américaines, se rêve aviatrice depuis l’enfance. Mais les écoles de pilotage sont un luxe inaccessible lorsque l’on naît femme, pauvre et noire dans l’Amérique de la ségrégation raciale et du Ku Klux Klan.

…   Farouchement déterminée, Bessie rejoint le monde du crime organisé, des distilleries clandestines et  des importations illégales : puisque l’époque est propice à tous les trafics, c’est au sein de la pègre et recrutée par Al Capone en personne qu’elle exercera ses talents… »

C’est avec plaisir que nous découvrons des pages présentant des cases de différents formats, certaines pouvant même se chevaucher partiellement, voire déborder jusqu’aux limites des pages, offrant un dynamisme particulier à cet ouvrage, parfaitement dessiné, avec de superbes gros plans du visage, et des yeux en particulier, de Bessie Coleman, des feed-back, au travers e ses rêves, sur son enfance, les textes introduisant quelques phrases, dans leur langue, propres aux Américains, ou rédigées dans un français… couleur locale.

Ainsi, nous lisons, page 17 : « T’as intérêt à te pouiller chaud’ment ! C’t un temps de poudrin de chouquetes ». « Me pouiller ? », demande l’aviatrice. Réponse : « Ben !?… Te pouiller ! Te paquer ! T’vêtir… S’pa » ! » … Quant au « poudrin de chouquetes », il s’agit du blizzard, en parler saint-pierrais…

Plus loin, en page 39, « corneille obstinée », le nom de Bessie, en langue cherokee, réplique à des enfants  racistes : « Bande de petits ‘rattlesnakes’ (crotales/ndlr) », l’un d’eux venant de lui dire : « Avec ta peau, t’as plutôt la couleur à vivre courbée dans les champs d’coton, plutôt que d’jouer à saute-mouton dans les nuages ! »

En outre, au sein de cet ouvrage, nous ressentons fort bien, comme si nous y étions, les remous de la vie en mer (p. 06), la vie au sein d’une famille noire (p. 34) ou encore les conditions climatiques hivernales (p. 24 à 29), vivant un combat aérien (p. 42-43), comme s’il s’agissait d’une aventure de « Tanguy et Laverdure », aviateurs de fiction édités par « Dargaud », créés, en 1961, par Albert Uderzo (1927-2020), pour les dessins, et Jean-Michel Charlier  (1924-1989), pour les scénarios.

A noter que la complémentarité franco-belge des deux auteurs s’était déjà bien exercée dans leur précédente série, « Dent d’Ours », également centrée sur l’aviation, qui nous replongeait, déjà, dans l’histoire, autour des années ’40, cette fois, « Dupuis » s’étant, aussi, chargée de l’édition, de 2013 à 2018, de 6 albums, répartis en 2 cycles de 3  albums.

Cette série permit à« Yann » de remporter, à Bruxelles, en 2013, le « Prix  Saint-Michel du meilleur Scénario », pour son tome 1, « Max ». Auparavant, il avait déjà remporté deux autres« Prix Saint-Michel », 32 ans plus tôt, en 1981, celui « de l’Espoir », pour « Huis mois dans l’enfer des hauts de pages », dessiné par un autre Marseillais, Didier Conrad, ainsi qu’en 1986, le « Grand-Prix Saint-Michel », pour « Plus ne m’est rien », le tome 1 de la série  « Sambre », dessinée, avec brio, par« Yslaire » (Bernard Islaire).

Au « Festival d’Angoulème », il reçut à deux reprises l’« Alph-Art du meilleur Album français », en 1989, pour  « Marie Vérité », le tome 3 de la série « Théodore Poussin », dessiné par le Rouennais Frank Le Gal ; et, en 1993, pour « Jack », le tome 2 de la série « Basil et Victoria », dessiné par la Marseillaise« Edith » (Edith Grattery).

Plus près de nous, au XXIè siècle, en 2018, avec des dessins de son compatriote Olivier Schwartz, il fut le lauréat de deux Prix, celui « du meilleur Polar », au« Festival de Cognac », ainsi qu’en Norvège, du« Prix Sproing de la meilleure Bande dessinée étrangère », pour« Le Groom vet-de-gris ».

En outre, il a scénarisé plusieurs albums de différentes séries, telles « Lucky Luke » (3 albums), « Spirou »  (5  albums), « Marsupilami » (7 albums) et « XIII Mystrery » (1 album), sans oublier qu’il a scénarisé les tomes 36 (le dernier album dessiné par Grzegorzet Rosinski) et 37 (dessins de Fred Vignaux) de la série « Thorgal », étant l’unique scénariste des15  derniers tomes, de 2011 à 2020, répartis en cinq cycles, des « Mondes de Thorgal » et de « La Jeunesse de Thorgal »).

… Mais revenons au tome 1 de « Black Squaw » – évoquant la ségrégation raciale aux Etats-Unis, à l’époque d’Al Capone (Alfonso Capone/1899-1947) -, arrivé en librairies ce vendredi 12 juin, alors que de nombreuses  manifestations ont été organisées dans plusieurs pays, suite à l’ignoble assassinat, le lundi 25 mai, de George Floyd , à Minneapolis.

Même s’il s’agit d’une fiction, cette BD devrait se révéler didactique pour les adolescents et les jeunes, certains ignorant tout de la prohibition et/ou du Ku Klux Klan, d’autant que les 50 pages dessinées, se complètent d’un fort intéressant « making of » de 06 pages, nous présetant la vie réelle de Bessie Coleman, une de ces pages étant consacrée au KKK, dont les membres, en action, sont reconnaissables à leurs grandes cagoules pointues, leurs  robes blanches et les croix enflammées quils portent, leur hiérarchie, allant du « klansman » à l’« imperial  wizard », nous étant révélée.

Même s’il s’agit d’une fiction, cette BD devrait se révéler didactique pour les adolescents et les jeunes, certains ignorant tout de la prohibition et/ou du Ku Klux Klan, d’autant que les 50 pages dessinées, se complètent d’un fort intéressant « making of » de 06 pages, nous présentant la vie réelle de Bessie Coleman, dont l’un des frères fut, réellement, l’un cuisiniers d’Al Capone, une de ces pages étant consacrée au KKK, dont les membres, en action, sont reconnaissables à leurs grandes cagoules pointues, leurs robes blanches et les croix enflammées quils portent, présentant la hiérarchie, allant du « klansman » à l’ « imperial wizard ». 

… Et même parmi les adultes, qui connait les « lighthorsemen », membres de la police tribale indienne, dans les territoires de indiens autonomes de l’ Oklahoma, exerçant dès 1844 ? Présentés au sein de ce « making of »,  nous les voyons, en action, sur les pages 21 et 22 de cet album des plus réussis…

A notre collègue Jean-Claude Herin, pour « Sud Info », « Yann » confia : « Ce qui m’attire le plus, qui me fait rêver, ce sont des personnages « bigger than life », des êtres qui ont une destinée exceptionnelle, surtout si leur histoire personnelle entre en résonance avec la grande Histoire, ou si elle est emblématique d’une volonté hors du commun et d’une force de caractère incroyable, qui leur permet de surmonter les difficultés, les coups du sort, les chausse-trappes, les injustices et les handicaps que le destin leur réserve… »

Quant à Alain Henriet, il lui confia : « C’est vrai que je reçois beaucoup de documentation de ‘Yann’, comme à chaque descriptif, mais j’en cherche encore dix fois plus pour chaque détail afin d’étoffer et d’enrichir ce que je vais dessiner. Je suis d’ailleurs totalement inondé de documentation dans mon bureau. Voyez-vous Gaston Lagaffe avec sa grotte en livres ? Moi c’est la même chose mais en documention. Car j’aime que tout soit crédible, que chaque élément décrit par ‘Yann’ semble authentique et à sa place. »

Pour ce qui est du personnage de Bessie Coleman, il poursuit : « Je voulais d’abord qu’elle soit jolie, agréable, qu’elle dégage quelque chose de sympathique. Pour m’inspirer, j’ai effectivement été voir des actrices, des mannequins et autres jolie femmes. J’ai gardé les photos de toutes celles qui me plaisaient le plus et, de là j’ai créé mon idéal féminin pour incarner le rôle de Bessie Coleman. »

N’hésitons donc plus à acquérir cet album, « Night Hawk » (Alain Henriet & « Yann »/Ed. « Dupuis »/cartonné/56 p./24,1 x 32 cm), dont la mise en couleurs est réalisée par une Liégeoise, la compagne d’Alain Henriet, « Usagi »  (Patricia Tilkin/°1975), formée à l’ « ÉSAVL » (« Ecole Supérieure des Arts de la Ville de Liège ») et à l’ « ARBAL »  (« Académie Royale es Beaux-Arts de Liège »). Site web de l’éditeur : http://www.dupuis.com.

Yves Calbert.

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