« La SNCB occupée. Entre Collaboration et Résistance », à « Train World », à Schaerbeek, jusqu’au 28 Juin

écrit par YvesCalbert
le 21/06/2026

Bien loin de la beauté de précédentes expositions à « Train World », telle « L’Orient Express », en 2022, jusqu’au dimanche 28 juin, la présente exposition« La SNCB occupée. Entre Collaboration et Résistance »nous invite à un devoir de mémoire de la « SNCB », se reposant sur les recherches menées par le « Centre d’Etudes Guerre & Sociétés contemporaines », quant au rôle des « Chemins de Fer belges », pendant la Seconde Guerre mondiale.

Sous l’occupation allemande, les trains continuèrentt à circuler en Belgique, la « SNCB » se devant d’assurer l’approvisionnement en matières premières et en denrées alimentaires, tenant ainsi entre ses mains le sort de la population et de l’industrie, … ce qui fut défendu par Narcisse Rulot (1883-1978) – alors directeur général de la  « SNCB », diplômé de l’ « Université de Liège », comme ingénieur civil des mines -, qui réussit à convaincre le colonel allemand Hans Nagel (1882-1964) de libérer du matériel roulant & des lignes pour les transports belges.  Ayant refusé d’exécuter certains ordres allemands, tels que le travail obligatoire du personnel de la « SNCB » &  l’intégration de canons antiaériens sur les trains, il finit, en février 1944, par être arrêté par l’occupant, lui qui  n’intervint pas quant à la déportation de Juifs, de Roms & de prisonniers politiques. 

A la Libération, mis à l’écart de la direction générale, il est néanmoins reconnu comme membre du « MNR »  (« Mouvement National Royaliste »), une organisation de résistance armée, l’auditeur militaire belge considérant  Narcisse Rulot comme un patriote belge, ne pouvant être condamné pour collaboration anti-belge, ceci illustrant parfaitement toute la confusion entre collaboration & résistance ...

… Mais la « SNCB » n’avait d’autre choix que de fournir des services ferroviaires dans le cadre de l’effort de guerre  du Reich, en cette période complexe, pleine de contradictions entre collaboration et résistance, ce dilemme  demeurant d’actualité. Jusqu’où peut-on aller dans la compromission avec une dictature pour servir l’intérêt général  ? De quelle manière était-il préférable de résister ?

Les chiffres sont sans appel pour la « SNCB », qui a procédé, entre le 04 août 1942 et le 31 juillet 1944, à la déportation, via 28 convois, vers l’Allemagne & ses camps de l’Est, de 25 843 Juifs et Roms, ceci sans compter l’envoi de ces milliers de travailleurs forcés & prisonniers politiques belges, vers différentes camps allemands.

L’expo revient, ainsi, sur ces réalités chiffrées, à l’appui de statistiques, apportant une nuance sur le rôle joué par quelque 97 862 cheminots, 2 060 travailleurs ayant été sanctionnés pour comportement antipatriotique, 730  personnes ayant été licenciées, alors que 6 799 cheminots ont été reconnus comme résistants.»

L’organisation de cette exposition fait suite la demande des représentants de la Communauté juive et de la  « SNCB » elle-même, le Sénat et le Gouvernement fédéral ayant décidé, en janvier 2022, de mener une enquête scientifique sur « Le rôle de la ‘SNCB’ dans les convois ferroviaires et les déportations durant la Seconde Guerre mondiale ». Cette enquête fut confiée au « CegeSoma » (« Centre d’Etude Guerre et Société » des « Archives de l’Etat ») & à son directeur, Nico Wouters, la « SNCB«  ayant apporté sa pleine contribution, en offrant l’accès à ses archives historiques et en faisant appel, via ses canaux de communication, à des témoins susceptibles de détenir des informations utiles ou des archives privées.

L’exposition commence dès la vaste salle des guichets de l’ancienne gare de Schaerbeek (édifiée sous la conduite de l’architecte belge Franz Seulen, en 1887), avec 12 panneaux posant le contexte international, entre 1919 et 1939 , qui nous conduisit à la Seconde Guerre mondiale, un montage d’images étant projeté sur 4 écrans, alors que nous découvrons une « Kübelwagen », un véhicule militaire allemand, fabriqué par « Volkswagen », une immense photo de l’acteur-réalisateur britannique Charlie Chaplin  (Charles Spencer Chaplin/1889-1977), dans son film « Le Dictateur » (Etats-Unis/1940/125’/film nommé, en 1941, pour l’attribution de 5 « Oscars »), étant affichée avant la sortie de cette salle des pas perdus

Scénographié par l’auteur belge de bandes dessinées, François Schuiten (°Bruxelles/1956), ce musée, inauguré en septembre 2015, par le roi Philippe, nous permet de découvrir de nombreuses locomotives et voitures ferroviaires,  nous proposant, actuellement, pour cette exposition, plus de 200 objets & documents, en rapport avec la  collaboration  et la résistance, durant la seconde guerre mondiale.

Dès la 1ère salle, un court-métrage historique, en noir et blanc, nous replonge à l’époque de l’occupation de la Belgique, dans les années ’40, sous lequel, à l’attention de nos jeunes adolescents, l’automate d’un officier allemand nous adresse la parole, nous disant, notamment que « le Reich allemand est devenu le maître de l’Europe ».

Grâce au contenu de la 2e salle, nous comprenons pourquoi et comment l’entreprise des « Chemins de Fer belges » pu continuer son fonctionnement sous l’occupation, entre collaboration et résistance, cette section de l’exposition étant, également, consacrée au « train fantôme », un convoi qui n’atteignit jamais sa destination finale.

Le 02 septembre 1944, tracté par une locomotive de « Type 12 », un train de la « SNCB » devait déporter & mener vers la mort 1 500 prisonniers politiques, détenus à la prison de Saint-Gilles. A la suite d’actes de sabotage & de  multiples atermoiements, qui n’avaient pour autre objectif que d’empêcher le convoi d’atteindre sa destination, le 3 septembre 1944, ce train est finalement renvoyé vers Bruxelles. Il s’agissait du dernier convoi de déportation  organisé par les nazis durant l’occupation de la Belgique.

Au sein de la 3e salle, nous découvrons une voiture ferroviaire de la « Croix-Rouge », ayant servi, notamment, en 1944, au rapatriement de prisonniers et déportés belges.

Des objets ayant appartenus à des prisonniers sont exposés, tels une trompette & un violon, que nous découvrons là où une oeuvre, propriété de la « SNCB », du peintre belge Paul Delvaux (1897-1994) nous est habituellement proposée.

Plus loin, c’est une marionnette, vraisemblablement de Tijl Uilenspiegel, que nous admirons, créée, dans le camp de concentration de Bergen-Belsen, par le costumier-décorateur-régisseur anversois, du « Koninklijke Nederlandse Schouwburg », Lon Landau (1910-1945), lui qui, arrêté en 1943, ayant assisté à la libération du camp, décéda dans les heures qui suivirent, emporté par la fièvre typhoïde, alors qu’il avait pu aménager un théâtre de marionnettes,  pour les enfants juifs détenus. Perpétuant sa mémoire, un « Prix Lon Landau » récompense, désormais, un  étudiant, en master, de création de costumes, qui s’est distingué dans le domaine de la scénographie, à la  « Koninklijke Academie voor Schone Kunsten«  d’Antwerpen.

Alors qu’il se destinait à une carrière artistique, mobilisé à 19 ans, blessé, évacué à Paris, José Fosty (1919-2015), la Belgique ayant capitulé, il se mit à distribuer des journaux clandestins. Ayant été dénoncé, en 1942, il est arrêté par la Gestapo et emmené au camp de concentration de Buchenwald, où il réalisa, en cachette, de très nombreux dessins au trait, esquissés au crayon, sur des supports de fortune. Ainsi, il témoigna de la vie des prisonniers au camp, écrivant, lisant, dormant ou travaillant. Libéré, ayant côtoyé, à Paris, Jean Cocteau (1889-1963) & Fernand Léger (1881-1955), il fit don de 151 de ses dessins au « Cabinet des Estampes », deux d’entre eux étant exposés à « Train World ».

A souligner qu’à proximité, prouvant que les « Chemins de Fer belges » ne niaient pas cette triste réalité historique, depuis la création de cet intéressant musée, nous trouvons un wagon de la « SNCB », qui servit à la déportation de Juifs & de Roms, vers les camps allemands, où nombre d’entre eux trouvèrent la mort, tels des membres de familles dont les photos sont exposées …

… Juste à côté de ce wagon de triste mémoire, sur une façade de la reconstitution d’une ancienne maison de garde barrière, des images défilent, nous montrant des personnes, qui, tour à tour, disparaissent de l’écran, les lieux où ils se trouvaient demeurant, ensuite, des décors sans personnages. Au pied de cette façade, nous découvrons ces 16 personnes, ayant posé pour dix photos. Parmi elles, avec émotion, nous découvrons les sourires, pleins de vie, de  Renée, 4 ans, & Nathalie, 3 ans, qui, comme les 14 autres personnes seront déportées, aucune n’ayant pu revoir notre pays ...

… Mais la résistance des cheminots existe, comme nous le prouve le contenu de la 4e salle. Ainsi, en rapport avec de nombreux sabotages, des détonateurs, jumelles, pinces coupantes, sabots et autres sont exposés, alors que nous pouvons visiter l’intérieur d’un wagon postal allemand, nous présentant son centre de tri postal, des images de la destruction de ponts de chemins de fer, par des cheminots, étant projetées, un second grand écran nous montrant à quel point plusieurs gares belges avaient été bombardées, … même si les trains continuèrent à circuler, jusqu’au dernier jour de la guerre.

Aussi, un hommage est rendu à l’attaque du 20e convoi de déportés, le premier à utiliser des wagons de marchandises, au lieu de voitures ferroviaires de troisième classe, au départ de la caserne Dossin, à Mechelen, vers Auschwitz-Birkenau, par trois jeunes résistants belges, Jean Franklemon, Youra Livschitz & Robert Maistriau,  qui parvinrent à arrêter ce convoi sur le territoire de la commune d’Haecht. Jamais un convoi de Juifs n’avait été arrêté, nulle part en Europe occupée. Au total, 238 Juifs s’échappèrent de ce convoi, 90 d’entre eux étant  repris &  26 abattus, par les gardes allemands. Si l’un des trois jeunes résistants perdit la vie, ses deux camarades, arrêtés et déportés, retrouvèrent la liberté, à la Libération.

Devant les voitures du luxueux train royal de la « SNCB », un panneau nous propose les photos de Charles de Gaulle (1890-1970) & Winston Churchill (1874-1965), prises lors de venue à Bruxelles, en 1945, à l’occasion de la  Libération, le premier ministre britannique ayant été le premier, à cette occasion à appeler à la création d’Etats-Unis d’Europe.

Comme le veut la tradition, nous terminons notre visite, assis dans de confortables fauteuils de voitures de 1ère classe de trains internationaux, assistant à la projection d’un montage, en noir et blanc, nous montrant l’importance de la présence des « Chemins de Fer belges », durant la Seconde Guerre mondiale, cette exposition étant réalisée par la « SNCB », en partenariat avec la « Kazerne Dossin », le « War Heritage Institute », le « CegeSoma », le  « Musée des Résistances », « l’asbl MNEMA » et la « Fondation Cité Miroir ».

Soulignons que le commissaire de la présente exposition, l’historien Nico Wouters, est, aussi, l’auteur de l’ouvrage  « Le Rail belge sous l’Occupation » (Ed. « Racine »/broché/2024/496 p./244 x 158 cm), le directeur de « Train World », Thierry Denuit ayant déclaré, au sujet de la présente exposition : « L’idée était que son travail ne reste pas une brique de près de 500 pages, mais que le contenu scientifique puisse être transformé en une exposition grand public« . Mission réussie !

C’est à la fin 2023, qu’un groupe de sages, au sein de la « SNCB », fut constitué, afin d’assurer un suivi du rapport  de Nico Wouters, plusieurs recommandations ayant été émises, au niveau fédéral, parmi lesquelles l’organisation d’une exposition, … qui fermera ses portes dans une petite dizaine de jours.

Assurément, en famille, d’autant plus en cette époque troublée, l’exposition « La SNCB occupée. Entre Collaboration et Résistance », se doit d’être visitée.

Ouverture : jusqu’au dimanche 28 juin, du mardi jusqu’au dimanche, de 10h à 17h (dernières entrées à 15h30).  Prix d’entrée : 15€ (11€, dès 65 ans & pour les PMR, dès 18 ans / 0€, pour les moins de 18 ans). Réservations :  https://trainworld.be/fr/billets/. Contacts : 02/607.13.13 (du lundi au vendredi de 09h à 12h & de 13h à 16h) &  info@trainworld.beSite web : https://trainworld.be/.

Notons que la « SNCB » coopère également avec la « Kazerne Dossin », à Mechelen, musée–centre de recherche sur la Shoah et les Droits humains, en nous proposant un « Discovery Ticket », avec une réduction de 50%, sur le trajet, pour accéder à ce lieu de recueillement, de souvenir et de commémoration. Soulignons que jusqu’à 4 enfants de moins de 12 ans peuvent accompagner gratuitement un adulte. 

Par ailleurs la présente exposition sera présentée, durant l’été 2027, à la « Cité Miroir », à Liège. Néanmoins, afin de la découvrir au sein de ce superbe musée des « Chemins de Fer belges », nous recommandons de vous rendre à la gare de Schaerbeek, avant le dimanche 28 juin, à 16h30, heure de fermeture de l’accueil de « Train World ».

Yves Calbert.

Portrait de YvesCalbert
Yves Calbert

Yves Calbert